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Full text of "Gazette du bon ton : arts, modes & frivolités"

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GAZETTE 



DU 



Bon Ton 

. ARTS MODES 
& 

FRIVOLITÉS 

LUCIEN VOGEL, Directeur. 
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LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX- ARTS 

13, Rue Lafayette. 









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TABLE DES MATIERES 

DEUXIÈME SEMESTRE 

(Mai 1913 à Octobre iyi3 ) 

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TABLE DES ARTICLES 



Pages 

AMAZONES Roger BOUTET DE MONVEL. 299 

Dessins de Bernard BOUTET DE MONVEL. 

ART DE FAIRE LES LIVRÉES. (L'). Baron DU ROURE DE PAULIN. 336 

Dessins de Maurice TAQUOY. 

ART DE FAIRE UN BOUQUET (L') Gabriel MOUREY. 257 

Dessins de CARLÈGLE. 

AVANT LE MATCH 220 

Dessin de GOSÉ. 

CAPRICES DE LA LIGNE (Les) Gabriel MOURE Y. 2b 9 

Dessins de SACHETTI. 

CEINTURES. . Emile SEDEYN. 233 

Dessins de Paul MÉRAS. 

CE QU'IL FAUT FUMER ET COMMENT .... Emile HENRIOT. 345 

Dessins de Pierre BRISSAUD. 

CHAPEAUX DE JARDIN Jean-Louis VAUDOYER. 229 

Dessins de Georges LEPAPE. 

COSTUME DE BAIN (Le) . ' Jean SILVÈRE. 241 

Dessins de Pierre BRISSAUD. 



205 

353 
207 



Pages 

COSTUMES DE SPORT Roger BOUTET DE MONVEL. 279 

Dessins de Bernard BOUTET DE MONVEL. 

DE LA COIFFURE NOZIÈRE. 

Dessins de GOSÉ. 

DE LA MODE NOZIÈRE. 

Dessins de SACHETTI. 

DE LA VOILETTE Emile HENRIOT. 

Dessins de GOSÉ. 

FETICHES (Les) p ierre de TRÉVIÈRES. 36g 

Dessins de GOSÉ. 

FOURRURES D'HIER ET D'AUJOURD'HUI. Francis de MIOMANDRE. 360 

Dessins de STRIMPL. 

FOURRURES ET CHAPEAUX DE FOURRURE ÉLIANTE. 325 

Dessins de STRIMPL. 

FRUITS DANS LA MAISON (Les) Claude-Roger MARX. 341 

Dessins de ROUBILLE. 

GANT (Le) René BLUM. 373 

Dessins de MAGGIE. 

GITES DE MANŒUVRES (Les) Henry BIDOU. 321 

Dessins de Pierre BRISSAUD. 

GOUT AU THEATRE (Le) Lise-Léon BLUM. 245, 276, 214 

Dessins de A.-E. MARTY. 

JEUX EN PLEIN AIR (Les) j. G. 269 

Dessins de A.-E. MARTY. 

MANCHONS D'ÉTÉ Pierre de TRÉVIÈRES. 261 

Dessins de Georges LEPAPE. 

MANCHONS NOUVEAUX 330 

Dessins de STRIMPL. 

MANTEAUX (Les) Jacques BOULENGER. 365 

Dessins de Bernard BOUTET DE MONVEL. 

MARIAGE A LA CAMPAGNE (Le) Henry BIDOU. 193 

Dessins de Pierre BRISSAUD. 

MODE ET LE BON TON (La) . . . NADA. 221, 254, 286, 309, 350, 381 
Dessins de MARTIN et de SOULIÉ. 



Pages 

PETIT MANUEL DE LA CORRESPONDANCE PUÉRILE ET 

HONNÊTE Pierre de TRÉVIÈRES. 315 

Dessins de MARTIN. 

PETITS PANIERS Emile SEDEYN. 311 

Dessins de MAGGIE. 

PIEDS NUS ET JAMBES NUES Jean BESNARD. 248 

Dessins de MAGGIE. 

POUR CHASSER Jacques BOULENGER. 293 

Dessins de Maurice TAQUOY. 

PRÉSENCE ET UTILITÉ DE LA PRÉSENCE DES ENFANTS 

DANS LES -MARIAGES Emile HENRIOT. 201 

Dessins de MAGGIE. 

PRINTEMPS FAIT FLEURIR LES COLLERETTES (Le). . Claude- 
Roger MARX 279 

Dessins de MARTIN. 

RÉCEPTIONS A LA CAMPAGNE ..... Jean-Louis VAUDOYER. 289 

Dessins de A.-E. MARTY. 

ROBE TACHÉE (La) ■ 223 

Dessin de MARTIN. 

ROUTE EST BELLE, BELLE, BELLE ! (La). . . . André PICARD. 265 
Dessins de GOSÉ. 

RUBAN (Le) DRÉSA. 217 

Dessins de ERTÉ. 

SEPT VERTUS CAPITALES (Les) : L'IGNORANCE Marcel 

BOULENGER 226 

Dessins de Bernard BOUTET DE MONVEL. 

SOURCILS (Les) GALAOR. 305 

Dessins de Georges LEPAPE. 

SOUS LE CASQUE Pau l CORNU. 377 

Dessins de Guy ARNOUX. 

TRUNKS AND BAGS Emile HENRIOT. 273 

Dessins de Maurice TAQUOY. 

UNE ROBE D'APRÈS-MIDI . . . : 349 

Dessin de Paul MÉRAS. 



UNE ROBE POUR DEAUVILLE 253 

Dessin de Paul MÉRAS. 

UTILE PRÉCAUTION (L') 255 

Dessin de A.-E. MARTY. ' 

VERRES DE VENISE (Les) Albert FLAMENT. 331 

Dessins de George BARBIER. 

VOILES (Les) j ean GIRAUDOUX. 197 

Dessins de A.-E. MARTY. 



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N" 3 Planches 

AH ! LE BEL OISEAU ! — Robert Dammy 12 IX 

AH ! QUEL BEAU TEMPS ! — George Barbier 8 VII 

ALLONS ! DU COURAGE !... — Pierre Brissaud 8 III 

APRÈS-MIDI D'UN FAUNE (L') — Drésa 8 VI 

ARRÊTONS-NOUS ICI — A.-E. Marty 10 X 

AU CLAIR DE LUNE — Georges Lepape 9 VII 

AU JARDIN DES HESPÉRIDES — George Barbier 11 IV 

AU PADDOCK — Maurice Taquoy g IX 

AU POLO — Maurice Taquoy 8 X 

BEL ÉTÉ (Le) — Strimpl g m 

"BELLE VISCONTESSE" (La) — Guy Arnoux 9 II 

BONNE CHASSE !... — Pierre Brissaud 10 IX 

CERISES (Les) — Georges Lepape 7 IX 

CITRONS (Les) — Georges Lepape 8 VIII 

COMMENT ME TROUVEZ-VOUS ? — Drian 12 II 

COUP DE VENT (Le) — Robert Dammy 10 IV 

DERNIÈRE ROSE (La) — Gosé 12 V 

DES RUBANS — Georges Lepape 7 II 

DIEU ! QU'IL FAIT FROID... — Georges Lepape . . . * 12 IV 

ENTRACTE (L') — Maurice Taquoy 12 VI 

ÊTES-VOUS PRÊT? — Drian I0 III 

EST-CE LUI ? — Bernard Boutet de Monvel 8 IX 

FIDÉLITÉ RÉCOMPENSÉE (La) — Maurice Taquoy 10 VIII 



N°« Planches 

GOUTER AU JARDIN (Le) — A.-E. Marty 10 I 

IL FAIT TROP CHAUD — Georges Lepape I0 VI 

J'EN TIENS UN ! — Guy Arnoux 8 II 

JE SUIS PERDUE — Pierre Brissaud 8 IV 

JEU DES GRACES (Le) — George Barbier 7 VIII 

JEUNE AMAZONE (La) — Bernard Boutet de Monvel . . 10 II 

JEUNE MAMAN (La) — Maggie n m 

LAQUELLE? — Georges Lepape u V 

MARE AUX BICHES (La) — A.-E. Marty , n IX 

MARIAGE AU CHATEAU (Le) — Pierre Brissaud 7 I 

"MEET" (Le) — Pierre Brissaud 12 VII 

MES INVITÉS N ARRIVENT PAS — Gosé 11 VI 

MON PAUVRE GAZON — Pierre Brissaud 11 VIII 

MINIATURE ANCIENNE (La) — Bernard Boutet de Monvel. ... 7 X 

N'EN DITES RIEN... — George Barbier 10 V 

OISEAU BLEU (L') — Drésa 9 V 

ON NOUS REGARDE! — Georges Lepape g I 

PONEY FAVORI (Le) — Maurice Taquoy u VII 

PUIS-JE ENTRER? — Guy Arnoux 11 II 

QUATRE A SEPT, OU UNE HEURE DE MUSIQUE — Pierre 

Brissaud V 

QUE C'EST BEAU LA MER !... — Pierre Brissaud X 

RETOUR DU BOIS (Le) — Paul Méras . . 7 III 

ROBE ROSE (La) — Robert Dammy 7 VII 

SECRET JOLI (Le) — A.-E. Marty 9 IV 

SERA-T-IL VAINQUEUR? OU LES ANGOISSES D'UNE JOUEUSE 

— Gosé 9 VIII 

SOIRÉE TOSCANE (La) — A.-E. Marty 12 VIII 

SOURIS (La) — Drésa . : 11 X 

SUR LA FALAISE — Gosé 10 VII 

SUR LA TERRASSE — Gosé 7 IV 

TAIS-TOI, MON CŒUR!.. — A.-E. Marty 7 VI 



N° 3 Planches 

TIENS, DÉJÀ DE RETOUR!.. — Bernard Boutet de Monvel. ... 12 I 

TRAVESTIS DANS LE PARC (Les) — Pierre Brissaud 11 I 

TROIS ROBES NEUVES (Les) - Georges Lepape 8 I 

UN PEU... — George Barbier g VI 

UN PEU D'OMBRE, ENFIN! — A.-E. Marty 8 V 

VASE BRISÉ (Le) — Strimpl I2 III 

"VOICI DES FLEURS, DES FRUITS, DES FEUILLES ET DES 

BRANCHES" — George Barbier. .' I2 x 



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© * * * @ 



DU 



Bon Ton 




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LE MARIAGE A LA CAMPAGNE 



TTL est dix heures, dix heures et demie tout au plus, l'heure 
de la grand'messe. Les voitures sont devant le perron. 
Rose descend en parure de mariée. Elle voit ce que ses 
yeux ont toujours vu, l'allée des tilleuls, le chêne rompu par 
la foudre, le coin de la pièce d'eau, les bois lointains. Elle 
connait cet air frais qui passe sur son visage. Les gens du 
village sont là, au moins ceux qui tiennent 
au château par quelque raison. Mais 
qui n'y tient point ? 

L'église n'est point éloignée. C'est 
une petite église romane, avec un clocher 
refait beaucoup plus tard, des murs badi- 
geonnés, et un joli vitrail qui verse une 
pluie de rubis. On a étendu des tapis 
sur le seuil disjoint. Les enfants du pa- 
tronage, qui ont grandi en même temps 




193 




que Rose, et qu'elle a instruits, ont tendu l'égli- 
se tte de feuillage piqué de fleurs. Il n'y a 
pour tout concert qu'un harmonium; mais 
peut-être un grand artiste jouera-t-il; et l'on 
ne s'étonnera point que le vieux chantre s'ac- 
compagne sur un serpent de cuivre, grave, 
puissant, incertain et discord. 

Est-elle pauvre cette église ? Rose ne le 
sait pas. Elle l'a vue depuis son enfance, et 
quand elle était toute petite, on la tenait 
debout sur le banc, fermé par une petite porte 
et garni de velours rouge, qui appartient à ses 
parents. Cette pauvreté est joyeuse et riche de 
soleil. La porte du transept est restée ouverte, et l'on voit 
passer un flot de lumière; un lilas balancé par le vent, 
approche et dérobe un large paquet de ses feuilles épaisses. 
Il n'est venu que des amis choisis et anciens. Rose ne 
remarque même point le contraste entre ces toilettes parées 
et la simplicité rustique de la maison 
divine. Ce contraste est lui-même na- 
turel et ordonné par les coutumes anti- 
ques. Le voile de point d'Angleterre 
rejeté derrière la tête n'est point acheté ; 
sa couleur un peu rousse s'est faite dans 
cet air même, au fond du tiroir où il 
était plié. Le missel est ancien, mais on 
sait quelles mains l'ont feuilleté. Ici la 
vieillesse des choses est sainte, et ne sent 
pas le bric à brac. Et le prêtre qui fait l'éloge des familles 
n'improvise pas leurs mérites inconnus sur des notes qu'on 
lui a fournies. 




194 




Je sais bien que cette simplicité, toute 
précieuse qu'elle soit n'est pas du goût de 
tout le monde. Et il est assuré que la ville 
offre plus de facilité pour le prélat et pour 
le lunch. On y peut choisir entre la grande 
église et la petite chapelle. La chapelle a 
l'air aristocratique. Il faut une autorisation 
pour s'y marier, et c'est un privilège. Rece- 
vez le sacrement dans cet oratoire, il sem- 
blera tout de suite que vos aïeux l'ont fondé 
un jour qu'ils revenaient de guerre. La 
cérémonie a je ne sais quoi d'intime. On 
s écrase, et il y a de la grandeur à assembler 
trop de monde dans un endroit trop petit. Malheureusement, 
les chapelles, dans ce monde où tout change, n'ont pas une 
existence assurée. On s'y marie; dix ans après, elle se trouve 
désaffectée, changée en théâtre badin; et on y retourne pour 
voir des danseuses. 

Les personnes magnifiques ne sauraient être 
satisfaites que d'une cathédrale, ou tout au moins 
d'une basilique. On en sait qui ne se console- 
raient point de marcher vers un autel qui ne 
fut pas immense et chargé de verdure. Il leur 
faut être précédés par les mollets blancs de 
deux suisses, et accompagnés par l'orgue qui 
tonitrue le prélude du 3 e acte de Lohengrin. Il 
leur faut l'ample sacristie, les photographes, les 
curieux. 

Leur triomphe c'est le mariage qui n'est 
ni à la ville, ni aux champs, mais dans la 
propriété de Seine- et- Oise. Voilà l'endroit rêvé. 




195 



Une maîtrise entière a été amenée en fourgon, et l'Opéra 
s est déplacé. Les invités viennent en automobile. La 
mariée, usant de la liberté qu'on a hors de Paris, lance 
une mode ; la robe courte en brocart, ou naguère le lys au 
lieu de l'oranger. Les garçons d'honneur, choisis parmi les 
plus petits, sont déguisés en pages Louis XIII, à la mode 
américaine. Deux amis du marié ont fait partie de déjeuner 
d'abord dans une guinguette où la chère est exquise. Ils 
surveillent les événements par un rideau de tulle rouge. Ils 
entendent sonner les cloches. « Nous avons le temps de 
boire le café » disent-ils, et ils ratent le défilé. 

Henry BlDOU. 



^V 




LES VOILES 



r TNE mariée? Je me réjouis de savoir ce qu'est une mariée 
mieux que le dictionnaire Larousse, qui entend par ce 
mot d'abord un oiseau de nuit, puis un insecte, et en troi- 
sième lieu, un jeu de cartes appelé vulgairement guimbarde. 
Pour nous, qui ne jouons que le jeu appelé vulgairement 
bridge, la mariée est la jeune fille qui, ayant décidé de 
s'unir à un amant (1), abdique toute fausse retenue, réunit 
dans un lieu public ses amies, ses confi- 
dentes, ses parents eux-mêmes, et leur 
annonce sa volonté inébranlable d'aban- 
donner la maison où elle est née pour le 
logis de ce jeune homme. Sur ce que doit 
être la mariée, l'opinion est unanime : elle 
îdre, jeune, jolie — elle même 
est de cet avis; personne 
ne s'est jamais plaint, mal- 
gré le proverbe, qu'elle 
fut trop belle, — si ce 
n'est peut-être le mari et 
beaucoup plus tard. Par 
mallie ur, la même una- 
nimité touchante ne règne 
pas en tout ce qui la con- 
cerne. Les cinquante 
Danaïdes, le soir de 

(1) Mot désuet, signifiant 
"fiancé". 




A.t.MA^'- 



197 




leurs noces, massacrèrent leurs cinquante époux, 
qui avaient, dit la légende, critiqué les plis de 
leur tunique, et le voile de mariée, de nos jours, 
a donné naissance à une bien regrettable polé- 
mique que c'est mon but, pour éviter d'aussi 
pénibles conséquences, d'exposer sans prendre 
parti : 

Le voile de la mariée doit-il, ou 
ne doit-il pas la voiler ? 



THÈSE EN FAVEUR DU VOILE 

— Il le doit, répond le premier groupe. 
Nous avons pour nous la tradition : le ma- 
riage est une sorte d'enlèvement, un rapt. 
Le brigand cache sa victime. Nous avons 
pour nous la bienséance : mettre un voile 
autour du visage de la mariée, c'est en poser un sur tous 
les yeux curieux qui l'étudient. Nous avons pour nous 

l'élégance : quelle scène délicieuse 
que la toilette de la mariée ! Le 
voile est bien un vêtement, le plus 
léger, le plus indépendant et la 
mariée doit l'aimer comme les fem- 
mes aiment, dans la toilette, le 
bijou qu'elles mettent le dernier et 
que le premier elles retirent. Ce n'est 
pas un symbole, ce n'est pas, Fan- 
tasio, le dernier lambeau d'une en- 
lance rêveuse : "c'est, au fond, la 
première voilette . 



198 






THÈSE CONTRE LE VOILE 

— Erreur, reprend le second groupe, le 
voile est justement un symbole. Tous les actes 
et tous les objets d'une cérémonie qui inaugure 
une existence sont des symboles. L'orgue, l'an- 
neau nuptial, le suisse, la belle-mère elle même, 
ce jour-là, sont des symboles. Dire que le voile 
de la mariée a un but pratique, c'est vouloir 
affirmer que le voile tendu à l'église, dans certaines pro- 
vinces, au-dessus des deux époux, est destiné à les pro- 
téger des plâtras ou de la pluie. La mariée doit être vue; 
il ne faut pas que des spectateurs malveillants puissent pré- 
tendre que c'est toujours la même qu'on marie. Une mariée, 
voyons, n'est pas un parricide. N'êtes-vous pas à la lois 
troublés et apaisés de voir ses yeux, fixés si obstinément sur 
l'autel qu'elle y arriverait tout droit même 
sans l'allée de chaises; sa bouche fermée, 
mais qui articule sans relâche, de peur de 
bégayer en le prononçant, le plus petit 
mot de notre langue ; — tout son front ; — 
un peu de sa chevelure ? 
Invoquer contre nous l'an- 
tiquité c'est faire preuve 
d'une mauvaise foi qui serait 
éhontée, si elle n'était de 
l'ignorance : Le mariage 
n'est plus un rapt, depuis le jour justement 
où le rapt n'est plus un mariage, et d'ailleurs 
dans quel attirail, je vous le demande, furent 
enlevées les sabines? Certes, les anciens étaient 





199 




formalistes, en ce qui concernait la coiffure de 
la mariée; ils exigeaient que la raie des cheveux 
fût tracée par un fer de lance trouvé dans le 
corps d'un gladiateur, qu'elle cueillit elle-même la 
couronne, qui toujours devait être de myrte ou 
de feuillage d'asperge. Mais pour le voile, juste- 
ment, ils permettaient la fantaisie : le crêpe de 
joie pouvait être safran, vert, bleu, pourpre. 
Il pouvait flotter, il voilait tantôt le front, et tantôt 
l'occiput. Pourquoi voiler la mariée, cet être nouveau, 
cet être nouvellement libre, et non comme chez les Arabes, 
ceux qui dans son entourage ne sont plus déjà pour l'assis- 
tance et pour elle même que des ombres, ses parents et 
ses domestiques? Si, comme chez les dits Arabes, le mari 
entend voiler et cloîter sa femme tout le reste de sa vie, libre à 
lui. Mais le jour du mariage, elle nous appartient. 



Jean Giraudoux. 





% *^ 



ET UTILITE 
ÉSENCE DE^ 
DANS LES 



ENFANT! 



A yant conçu le projet d'écrire la Physiologie 
du mariage, M. de Balzac se plut à noter 
qu'il y avait vingt-et-une raisons pour qu'un 
homme se marie, dont la meilleure était d'avoir 
toujours une femme sous la main; et une vingt- 
deuxième le zèk, qui était la raison du duc de 
Saint- Aignan, lequel ne voulait pas commettre de 
péchés. C'était bien vu; mais il me paraît que 

1' illustre 
écrivain 
s'est trom- 
p é dans 
son total, 



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car il y en a une vingt- 
troisième qu'il ne cite point : c'est 
à savoir que l'on se marie aussi quelque- 
fois dans le dessein d'avoir des enfants. 
Or l'omission est singulière, et frappe chez 
un si grand psychologue. Et beaucoup de jeunes 
conjoints, s'autorisant d'un tel exemple, la par- 
tagent, sans doute. C'est donc pour prémunir 
contre cet oubli ces intéressantes personnes qu'il 
faut inviter beaucoup de petits enfants dans 
les mariages. Leur présence donnera peut-être 
aux intéressés l'envie d'en avoir, à supposer 
qu'ils n'en aient point déjà l'envie. Et ce sera 
tout bénéfice : c'est d'abord agréable de les faire, 
et la patrie en a besoin. D'ailleurs cette année, 



les tournures se 



portent par devant, 
et le ventre aussi. 

Ce sera très joli 
aussi, car les petits 
garçons et les pe- 
tites filles, quand ils 
ne sont pas encore 
entrés dans l'ingra- 



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titude de l'âge, ce sont 
des objets ravissants. Par leur 
taille, qui est exiguë, et leur bonne 
volonté à se laisser attiffer, ils se prêtent 
à mille habillages extravagants et fantai- 
sistes. On peut les vêtir tels qu'on les voit 
dans certains portraits; les costumer comme 
s'il s'agissait de bals masqués et de carnava- 
lades, en dandys, en écossais, en marins, en 
jeunes lords, voire en lorettes, à la façon de 
Gainsborough et de Sir Josuah Reynolds. Les 
pantalons de ces jeunes élégants peuvent être 
trop courts et finir au genou, ou s'évaser en 
pied d'éléphant; leurs cha- 
peaux afFecter la forme des 
tromblons 
les plus 
insolites 
ou des bo- 
livars les 
plus tru-. 
culents; 
à moins 



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2o3 



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qu'ils n'empruntent leur 
souplesse à la paille tressée ; les 
demoiselles enfin, joindre à leurs robes 
à paniers, à volants ou à ruches, à leurs 
jaquettes et à leurs jupons courts, le charme 
\(9) toujours sûr de n'être pas du tout majeures. 
D'aucuns pourraient porter, par exemple, si j'ose le 
dire, la queue de la robe de la mariée; ces deux là, 
les gants et le chapeau de monsieur son maître. J'en 
voudrais voir — ce seront des petites filles — semer 
des fleurs sous les pas des nouveaux époux. Et pour 
parfaire la ressemblance avec les hyménées antiques, 
je souhaiterais enfin que certains, pour servir à la 
fois de conseil et d'exemple, fussent là, vêtus en 
amours. 

Emile Henriot. 



Il 



204 




DE LA COIFFURE 



1T^\ANS mon adolescence, j'ai connu des femmes, un grand 
nombre de femmes, qui portaient des bandeaux plats. 
C'était l'époque où l'idéalisme triomphait. L'Œuvre donnait 
les premières pièces de M. Maurice Maeterlinck. Il est 
vrai que la chevelure de Mélisande se dénouait et descendait 
jusqu'au bas de la tour pour que Pelléas la pût couvrir de 
baisers en murmurant : 

— Ah ! tes cheveux ! tes cheveux ! Ils 
m'aiment plus que toi ! 

C'est que M. Maeterlinck est né dans 
un pays où les chevelures sont abondantes. 
Les Parisiennes, qui furent alors conquises 
par la pureté de l'art, s'accommo- 
dèrent plus facilement du 
cheveu rare. Elles sen- 
tirent que la 
folie 





2o5 




des baisers avait quelque chose de farouchement 
sensuel. Elles furent résolument pauvres en 
cheveux, comme elles étaient maigres. 

La réaction violente qui se produisit contre 
le symbolisme fut fatale à ces coiffures. Les 
mondaines ne les avaient d'ailleurs jamais 
acceptées. Les salons furent toujours hostiles 
au symbolisme : c'est pourquoi ce mouvement 
d'art est resté assez pur. 

Les défenseurs de la vie et de la santé n'eu- 
rent pas de peine à le discréditer. Leurs théories sinon leurs 
œuvres obtinrent un grand succès. On ne revint certes 
pas au réalisme, aux robes qui mettaient en valeur les 
hanches de la femme : oh ! la tournure qui illustre si bien 
les contes d'un Armand Silvestre ! Mais la femme prit 
un aspect sportif. La coiffure fut une torsade facilement 
nouée et dégageant la nuque. Mais il 
fallut revenir bientôt à des aspects plus 
frivoles. C'est alors que s'abattit sur les 
têtes féminines le feu d'artifice des bou- 
clettes et le poids serpentin des nattes 
épaisses. A cette époque on eut le droit 
de déclarer : 

— La coiffure, c'est les cheveux des 
autres ! 

Cédant aux langueurs de l'Orient, 
la Parisienne se transforma en Persane. 
Les chapeaux furent des turbans. Ils au- 
raient écrasé l'édifice hautain d'une coiffure. 
Donc la chevelure s'abaissa. Elle pesa 
lourdement sur le front; elle descendit 




206 




caressante, sur la nuque. La femme eut un 
aspect un peu servile doucement brutal 
qui ne déplaisait pas aux hommes : ils 
avaient l'illusion d'être les maîtres, les 
sultans : car nous sommes très naïfs. 

Mais tout lasse. Il faut avouer d'ail- 
leurs qu'on avait abusé de la splendeur 
orientale. Le trop grand nombre des bals 
costumés acheva de nous en fatiguer. 
Aujourd'hui la Parisienne ne sait plus trop 
quelle attitude elle doit prendre. Elle hésite 
entre les paniers du dix-huitième siècle, entre la robe qui 
dévoile la jambe comme au temps du Directoire. Elle n'a 
pas été séduite, autant qu'on l'aurait pu prévoir, par les 
broderies bulgares. Les victoires des alliés ont porté le 
dernier coup aux turqueries; mais ils n'ont pas imposé à 
nos élégantes leurs costumes. 

Cependant la coiffure nouvelle a quelque chose de 
belliqueux. Au moment où triomphaient les grands natura- 
listes, nous avons souvent rencontré dans leurs romans dés 
héroïnes casquées de chevelures blondes, brunes ou rousses.. 
Le casque qui eut le don de m' agacer, quand 
je lisais des ouvrages d'ailleurs admirables, 
semble avoir, de nouveau la faveur de la 
femme. Elle Veut avoir une figure audacieuse 
et c est pourquoi elle se couronne d'une 
crinière. La nuque est dégagée. Les cheveux 
forment une masse qui doit donner l'illusion 
d'avoir été rapidement formée d'un tour 
de main, sans que la Parisienne se soit 
attardée longtemps devant son miroir : elle 




207 



ne veut point avoir l'air de s'at- 
tarder à des soins de petite 
coquette. Elle tient en mépris 
les mièvreries. Elle est une sorte 
de Walkyrie qui est toujours 
prête à de nobles luttes. Oio ! 
Toio ! Ho I Ou bien un coup de 
clairon : Taratataratataratata ! 

Et, ainsi coiffée, elle res- 
semble à ces rêveuses que 
Stevens voulut énigmatiques et qu'il appelait sphinx. Elle 
fait songer à d'anciennes planches de M.. Helleu et, ce qui 
vaut mieux, à des compositions ironiques de flops. Cette 
chevelure que retient un peigne aux dents puissantes et qui 
semble avoir été brusquement attachée et qu'on dirait prête 
à se répandre de nouveau évoque des visions d'intimité et, 
malgré soi, on murmure les vers de Baudelaire : 





Exta.se ! Pour peupler, ce soir, l'alcôve obscure 

Des souvenirs dormant dans cette chevelure, 

Je la veux agiter dans l'air comme un mouchoir. 



NOZIÈRE. 





LES CAPRICES DE LA LIGNE 

' ES évolutions de la mode féminine seraient 
bien faites pour déconcerter les observateurs 
raisonnables, s'il y avait encore aujourd'hui des 
gens capables de faire raisonnablement quoi que 
ce soit . . . même observer ; ce qui, étant donné 
la rapidité avec laquelle fonctionne le kaléidos- 
cope de la vie moderne n'est, après tout, point 
si facile qu'on l'imagine, et nécessite une force 
de résistance en même temps qu'une puissance 
et une souplesse d'assimilation dont il faut se 
garder de croire que tout le monde 
soit doué . . . Pourquoi, d'ailleurs, la raison inter- 
viendrait-elle en cette affaire, où, à aucune époque, 
depuis qu'il y a des femmes et que leur coquet- 
terie naturelle leur interdit d'aller nues, per- 
sonne n'a songé à se plaindre qu'elle n'y 
intervint pas? Ah! que tout est donc pour le mieux 
dans le meilleur des mondes possible ! Et louons 
la cause efficiente qui veut qu'il y ait tout à coup 
entre la façon de se vêtir et de se parer qu'avaient 
les femmes il y a deux mois à peine, et celle qu'elles 
ont depuis huit jours, autant de différence qu'entre la 
façon de se vêtir et de se parer qu'elles avaient sous 
le Directoire, et celle qu'elles ont eue sous le second 
Empire? Il en est de la mode comme de la météo- 



rologie ; et il ne faudrait pas plus s'étonner que la 
crinoline fît fureur demain, que d'être obligé de 
faire du feu en pleine canicule. Qui aurait l'humeur 
assez maussade pour n'en pas être satisfait? 
Quant à moi, tout changement m'est toujours le 
bienvenu, grâce auquel le spectacle de la 
vie s'agrémente de nouveauté et d'imprévu. ~- i 

Voici donc transformée la ligne de la 
Femme habillée. Là où nous étions accoutumés à la 
voir se creuser, soudain elle se renfle; là où elle se 
gonflait, maintenant elle s'aplatit. Ce que l'on dis- 
simulait, on le montre ; ce que l'on déguisait, on 
l'étalé ; ce sur quoi l'on glissait, on l'ac- 
centue. Fort bien; que nous reste-t-il à 
faire, sinon d'en tirer pour nos yeux et 
notre imagination le plus de joie possible ! 
Elles allaient naguère 
toutes droites, strictement serrées dans 
des fourreaux qui de la taille aux pieds 
ne présentaient la moindre inflexion; 
elles n'avaient plus ni hanches, ni bas- 
sin, et là où d'ordinaire s'épanouissent 
les rondeurs de ce que l'on appelle 
couramment le ventre, nous étions tous 
surpris et enchantés, puisqu'elles le 
voulaient ainsi, de voir qu'il n'y avait 
plus rien, moins que rien, rien de rien. 
Mais l'esprit a soufflé... D'où? nul ne saurait le 
dire et que nous importe d'ailleurs? Toujours est-il 
que, du jour au lendemain, elles ont eu un ventre. 
Il leur a poussé subitement, à sa place habituelle, 









comme par miracle, en même temps que les 

jeunes pousses verdissaient les branches 

noires aux arbres des squares et des avenues 

que le printemps visite les premiers. Et ce fut 

comme une révélation. Où donc, hier, 

le cachaient -elles? N'insistez pas. . . 

Elles seraient bien trop embarassées 

pour vous répondre. Et puis, est-ce que cela vous 

regarde et allez-vous imiter ces trop curieuses fillettes 

qui crèvent les yeux à leurs poupées pour savoir ce 

qu'il y a derrière et ne peuvent, après, se consoler 

d'avoir constaté qu'il n'y a rien? O hommes de peu 

de foi ! 

Le fait, d'ailleurs, n'est point nouveau. La mode, 
jf A comme l'histoire, n'est qu'un éternel recommencement. 
Ouvrez les Ridicules du Temps de celui que l'on appelait 
à l'époque où il n'y avait pas encore de prince ni des poètes, 
ni des conteurs, ni des cri- 
tiques, le « Connétable des 
Lettres françaises », Jules 
Barbey d'Aurevilly, et vous 
y trouverez un chapitre, non 
des moins mordants, en vé- 
rité, de ce terrible livre, con- 
sacré au « Petits Ventres ». 
C'est que ces petits ventres 
contre lesquels fulminait l'au- 
teur des Diaboliques n'étaient 
pas de vrais petits ventres, 
mais de faux petits ventres, 
des petits ventres artificiels, 




9 H 




des petits ventres... de caout- 
chouc! Et s'appelait: des termes. 
« Autrefois, les femmes si vous 
vous le rappelez, mettaient, vous 
savez où, un quelque chose qu'elles 
appelaient crânement (le mot est con- 
sacré) un polisson. Eh bien, en le chan- 
geant de côté, il devient un ferme... Et il y 
a des demi-termes pour les très jeunes filles ! 
C'est à dégoûter vraiment de la virginité! » 
Nous n'en sommes heureusement pas encore 
là . . . Les ventres à la mode sont, jusqu'à 
preuve du contraire, de vrais ventres, d'au- 
thentiques ventres : l'heure 
du ventre postiche, espérons- 
f^"^ T l e > ne reviendra point. La 

y femme moderne saura se dé- 

fendre d'un tel ridicule. Et puis, elle est ce 
que n'était pas la femme du temps où régnait la 
Comtesse de Castiglione, sportive et le sport a 
tué les postiches. 

Qu'elle porte les fourreaux étroits et courts 
qu'elle portait il y a quelques semaines, ou les 
robes drapées, serrées aux genoux et fendues du 
bas, qu'elle porte à présent, ce qu'elle veut et 
à quoi elle excelle toujours, quelle que soit la 
mode, c'est nous offrir de ses charmes et de 
sa beauté la vision la plus séduisante et, à 
tout prendre, la plus véridique. Elle marchait 
naguère, à tous petits pas, à trotte -menu; 
elle aura maintenant plus de désinvolture 



v 




et plus de liberté; elle dissimulait son ventre, elle l'avoue. 

Ce qui n'a pas changé, félicitons-nous en, c'est la franchise 

et la probité de son décolletage. Pourvu que cela continue 

et qu'il n'aille point se passer ce qui se passa en 1867, lors 

de la vogue des petits Centres. 

Et puis, en même temps que le ventre, il re- 
devient à la mode de laisser voir la nuque ! Que 
les dieux soient loués et. les modistes à qui nous 
devons enfin de caresser du regard les rondeurs 
des cous dégagés parmi la pénombre dorée ou 
ténébreuse des fins cheveux, la ligne troublante 
de la naissance des épaules... 

Pour ce qui est de l'allure générale du corps 
féminin, telle que la commandent les printanières 
façons de se vêtir, il est assez difficile d'en donner 
une idée avec des mots. A quoi bon 
même s'y essayer. Les savoureux 
croquis, si fibres de mouvement, si V-< 
désinvoltes, un peu excessifs par- 
fois, si véridiques toujours, du des- Jj 
in sinateur Sachetti qui illustrent 

ces notes ne disent -ils pas 
mieux que je ne le saurais les séduc- 
tions nouvelles, les charmes et la grâce 
imprévus, inédits des femmes de ce prin- 
temps de 1913 qui, comme tous les 
printemps, est le plus beau et le plus 
lumineux de tous les printemps... 



Gabriel Mourey. 





ai3 





LE GOUT AU THEATRE 

TQARIS s'est orné d'un nouveau théâ- 
tre. La chose vaut qu'on en parle, 
car c'est d'un grand théâtre de musique 
qu'il s'agit, de quelque chose comme un 
second Grand Opéra, et depuis plus 
d'un quart de siècle pareil événement 
ne s'était produit en France. Aujour- 
d'hui comme alors, l'opinion s'est pas- 
sionnée, bien qu'à tout prendre les 
deux édifices aient été conçus dans 
des partis complètement différents. 

Bâti en plein cœur de Paris, 
l'Opéra devait être avant tout le mo- 
nument fastueux, le point qui arrête 
et frappe l'étranger, le centre d'où 



214 




*3H2â 






tout un quartier élégant rayonne. A l'in- 
térieur, même préoccupation d'apparat et 
de splendeur. On a voulu, on a réalisé un 
très beau palais qui se trouvât, par surcroît, 
un théâtre de musique et de danse. Le 
théâtre des Champs-Elysées répond à la 
préoccupation opposée. Cette fois, les 
architectes sont passés, si l'on peut dire, 
du dedans au dehors, et la fonction a 
déterminé strictement l'organe. Leur effort 
central a été de calculer une salle d'ar- 
chitecture commode et de bonne sonorité, 
où l'on pût voir et entendre du plus grand 
nombre possible de places. La salle une fois conçue, on 
l'a tranquillement enveloppée d'escaliers confortables, de 
halls vastes et sans ornements. Discrètement, une masse 
cubique de marbre, percée de quelques fenêtres a recou- 
vert le tout. Et l'on devinerait malaisément un théâtre 
dans ce monument géométrique, monochrome, que vient 
agrémenter une seule frise de bas-reliefs dans la manière 
antique. Ajoutez que nous ne sommes plus au milieu du 
grand mouvement de Paris. Nous sommes dans une avenue 
discrète ; près des Champs-Elysées il est vrai, mais à 
l'ombre quand même, ou tout au moins dans la pénombre. 
Voilà, je pense, quel fut le dessein de M. Gabriel Astruc, 
et on ne peut que le féliciter d'avoir conçu une construction 
de cette importance d'un point de vue tout utilitaire — au 
sens excellent du terme et pour ainsi dire « intérieur ». 
Ce qui, en réalité, a pu déconcerter les observateurs 
susceptibles, ce n'est pas le théâtre, c'est sa discordance 
avec le public destiné à le remplir. 



2l5 



Si ces murs nus et cette salle aux courbes sobres 
conviennent parfaitement à l'exécution de Beethoven et de 
Bach, ils conviennent beaucoup moins aux jeunes et char- 
mantes petites dames qu'on y rencontre. Dans ce théâtre 
qui donne l'impression d'une Sorbonne ou d'un temple, il 
eût fallu voir passer de jeunes Grecques simplement drapées, 
ou peut-être d'austères et graves artistes. JVlais cela n'est 
pas la faute de M. Astruc. Le public veut être flatté dans 
ses prétentions sérieuses sans renoncer cependant au train 
habituel de sa parade. Il était déconcertant de voir tant 
d'aigrettes sur les têtes ; et les modes persanes, qui sont 
devenues les nôcres, détonaient tout spécialement dans ce 
cadre pur. Mme I. D. coiffée d'un turban blanc, faisait 
penser, avec son profil net et son torse presque nu, à une 
odalisque du Bain Turc d'Ingres. Mme G. E. casquée d'or 
et enveloppée d'une rigide dalmatique brochée or, faisait 
penser, avec sa petite tête brune un peu dure, à une 
Cléopâtre amie de la musique. Avec sa coiffure pendant 
sur chaque oreille et cachant le front jusqu'aux sourcils, 
Mme X. évoquait les sphinx égyptiens. 

Lise-Léon Blum. 






LE RUBAN 



1VTON, madame, non, vous ne 
détestez pas le ruban ! . . . 
Vous le délaissiez hier parce que 
la mode n'en exigeait point la 
parure, mais vous l'aimerez 
demain... Il le faudra... Et je 
vais vous en dire, s'il vous plaît, les raisons. 
Mais d'abord l'aimez -vous si peu que cela? 
Interrogez le fond de votre cœur. N'avez -vous 
point toujours, en franchise, une petite volupté à 
rouvrir quelque vieux tiroir et à enlacer vos doigts 
lins dans un fouillis soyeux de couleurs qui fut 
la rubannerie d'une grand'mère? Ne raffolez-vous 
pas des images pomponnées du dix-huitième siècle? Ne 
goûtez -vous plus une branche de rosier se courbant, alourdie 
de fleurs et de feuillage, hors d'une corbeille ; un lambeau 
de ciel bleu ; une flamme qui monte comme un serpent 
d'or ... ? 

Ah, madame, vous voyez bien que vous l'aimez toujours 
ce ruban ! C'est dans votre chair et dans votre âme de 
femme depuis tant de générations cette passion du ton 
délicat, magnifique et charmeur qui flotte et vole sur un 
fond dont il fait chanter la nuance opposée ! 

Mais je m'aperçois que toutes les raisons que je puis 
offrir sont contenues là. Un ruban, madame, c'est, pour 
vous comme c'était pour vos aïeules, l'éternelle façon de 
jouer avec un peu de ciel, un peu de fleurs ou un peu 
de flamme en parant votre beauté de la grâce de ces 



217 





choses divines. Souvenez -vous de 
toutes les belles dames du temps 
passé ! Allez-vous les railler? Oserez- 
vous dire que la douce Lavallière 
avait mauvaise idée à étager sous sa 
gorge blanche une vivante passe- 
menterie en cascade ? Que là Mon- 
tespan n'ajoutait point à son port 
déjà royal par les bosquets de tresses d'or ajustés 
à ses falbalas ? Que les Finettes de Watteau pourraient 
se passer du petit velours couleur de nuit au coin de leur 
coiffure blonde? Voyez-vous la Pompadour sans tour de 
cou d'azur, sans nœuds voltigeant sur son « devant de gorge » 
et sans « engageantes » attachant la dentelle sur la blan- 
cheur de ses bras? Et que penser des contemporaines de 
Marie- Antoinette, de ces modèles charmants de Moreau le 
Jeune, si vous les dépouilliez en votre esprit de leurs 
« bouillons » et de leurs « choux » ? 

Voilà deux vilains mots à la vérité mais je ne les emploie 
que parce qu'ils sont restés et qu'ils me font comprendre ; la 
mode, aux beaux siècles, changeait tous les jours les surnoms 
des nœuds galants en même temps qu'elle en 
variait l'arrangement. On écrirait l'histoire 
sentimentale de la France en énumérant seu- 
lement dans l'ordre toutes les espèces de 
rosettes et de bouffants dont s'armaient nos 
grand'mères pour conquérir nos grands-pères. 
Ah la belle liste que ce serai t-là! Ah le beau 
livre! Qui se souvient de vous, attention marquée, 
œil abattu, plaintes indiscrètes, désir prouvé, composition 
honnête, petites Hapeurs...! 




218 




-«fer 




La coquetterie, madame, 
n'était certes pas dans l'enfance 
à ces époques. J'ose même pré- 
tendre que ce sentiment -là — 
ce soi-disant défaut, qui est 
peut-être la plus précieuse qua- 
lité de la femme — avait atteint 
alors à une perfection que nous n'avons pas 
retrouvée. C'était de la science et c'était de l'art mêlés; les 
étoffes n'avaient pas plus de somptuosité et l'on ne dessinait 
point des formes avec une adresse plus rare, mais on savait 
employer le ruban. Oui, voilà où j'en voulais venir; voilà ce 
qu'il faut reconnaître avec humilité. Un nœud, un flot, une 
bordure étaient pour vos mères, madame, ce qu'est pour un 
peintre le coup de pinceau brillant qui met la vie dans une com- 
position. Elles étaient de grandes artistes à leur manière. Or 
nous abandonnons maintenant presque complètement le meil- 
leur de leurs moyens. Pourquoi? Par quelle aberration? On 
ne fait pas de plus vilains rubans qu'autrefois, au contraire ; 
même on a de nouvelles habiletés pour y mêler cent couleurs 
qui ont toutes les fraîcheurs de la nature, toute la légèreté 
de la plume et tout l'éclat des pierres précieuses. 

Mais j'ai beau jeu à demander une chose 
pour laquelle déjà, en cachette, vous soupirez. 
La mode nouvelle est là qui vous presse. Qui 
sait si bientôt je ne vous supplierai pas, par 
un retour singulier, de modérer quelque peu 
une passion de rubannerie où je vous aurai en- 
gagée, en vous demandant tout humblement — 

quoi ? une première « faveur » . 

DrÉSA. 




219 




AVANT LE MATCH 

Jaquette et chapeau pour le tennis et pour la plage 

Modèles James et C° 
220 Champs-Elysées 



LA MODE ET LE BON TON 



^^ 



IpAUT-IL que les femmes soient exquises, 
pour nous faire trouver jolies les choses 
dont elles se parent ! 

Je croise, aux courses, deux petites 
femmes, qui tiennent beaucoup plus du 
boy annamite que de la femme, tant leur 
accoutrement est inattendu ; mais puis-je 
ne pas être désarmée de toute mon ironie 
lorsque sous leur chapeau hérissé je vois 
si cocasses minois plus peints qu'une toile 
du salon, et plus rieurs que la gaieté 
même ... 1 

pN voulez-vous, du rouge et puis du 

bleu? Il y en a des pots entiers, si 

simplement et si joliment mis, que cette 

ruse n'en est plus une et que 

personne n'est trompé. 

— A vous parler franche- 
ment, mieux vaut encore les 
femmes peintes que les femmes 
teintes, car à se rappeler celles d'il y a 
quinze ans, on n'évoque que teints bla- 
fards sous perruques rose vif (!) C'était 
moins heureux. 

Donc, l'une des femmes en question 
portait une ceinture noire, très 
basse sur les reins, servant à 
draper une soie souple "corail" 
qui remontait en deux pointes 
accentuées sous le bras. Là, 
le reste du corsage était im- 
prévu et charmant, fait d'un 
nuage de tulle brodé plus trans- 
parent qu'une voilette. 

L'autre petite femme sans se 
soucier du vent, rieuse et gam- 
badant comme jeune chèvre, 








laissait voir sa jambe jusqu'au genou, de 
par la fente heureuse de sa jupe...! Là 
encore, la robe était faite de deux tissus : le 
haut en satin drapé et surdrapé, 
(ô Nietsche, que n'as-tu pas 
influencé?) le bas, par contre, 
en mousseline vaporeuse, don- 
nant l'aspect à la toilette un as- 
pect de pas fini vraiment inouï, 
\ « 5 1 quelque chose comme la robe 

ironique du clown voulant nous 
' » prouver ce qu'est la dernière 

^M, mode. 

TL est très chic du reste, d'avoir sa robe 
, ou trop ouverte, ou trop légère, de façon 
à laisser voir avec une inconscience exquise, 
tout ce que Dieu nous donna de joli et de 
tentant... A l'heure du Tango, l'inconve- 
nance dépasse la mesure, ce qui fait bondir 
d'horreur les femmes aux attaches lourdes, 
alors qu'au contraire, jouant des pieds et. . . 
des jambes, les autres, ravies du dépit 
qu'elles provoquent s'exhibent à qui mieux 
mieux. 

Moi, je m'amuse et demeure ravie, il y 
a de quoi. Sans cet amour de la danse, 
nous n'aurions pas vu revivre 
tant de jolies légèretés, tant de 
transparences révélatrices. 

Si Bouguereau revenait sur 
terre, dirait-il encore qu'il n'y a plus de 
jolies modèles...? Il y en a, à ne plus 
savoir où regarder; aussi souhaitons les 
voir longtemps encore, avant le retour aux 
fâcheuses modes de 1878, que certain 
couturier essaie de nous faire reprendre en 
ce moment. N'est-ce pas plus joli de voir 





telle qu'elle était, certain jour de cette 
semaine, Madame Beaugnies, drapée dans 
sont vêtement de gros tissu vert, très 
étroit des chevilles et très large des jambes 
avec col et revers en mousseline 
de soie blanche? Elle était d'une 
souplesse et d'une proportion 
parfaite, campée sur ses petits 
souliers à boucles d'acier, et 
la main libre, dans un gant trop lâche, 
en suède naturel, sans boutons. Pas de 
col à sa robe de soie verte, rien que trois 
rangs de petites perles retombant en 
cascade. 

jpTT Madame Lucien Klotz d'une beauté 
si prenante et si peu officielle (grand 
Dieu, merci) n'était-elle pas exquise, dans 
sa simplicité de serge bleue : une petite 
veste très courte, dont le peu de basques, 
dans le dos, semble encore remonté par 
un gros nœud de taffetas, à pans frangés, 
d'une cocasserie charmante. Le gilet aperçu 
dans l'écartement des 
devants, formait blouse, 
ses revers chevauchant 
le haut de la veste, et 
le bas, serré à la taille, 
sous une haute ceinture 




PLUS habillée, à une 
matinée de contrat, 
Mme F. de Yturbe, por- 
tait un surplis de tulle 
brodé sur une jupe de velours d'été, noir, 
qui allait à sa silhouette menue; véri- 
table robe d'enfant de chœur, travaillée 
et taillée pour parer les jolies impies, qui 
piquent, d'une fleur triomphante, la ceinture 
et qui dégagent le haut des jambes, sous 
une pluie de perles et de chaînes de 
diamants. 

TDOUR abriter ces robes légères contre 
les regards attentifs de la rue, on ne 




peut se passer de manteaux ; légers, courts, 
vaporeux, presque pas de mantaeu, quoi ! 
Celui de Madame Rémy Salvator fait 
d'un bournous noir à gland d'or est bien 
chic; celui en tissu éponge à dessins, de la 
Comtesse Kergolay, est plus enveloppant 
et plus pratique. 

AM USANT au possible, parceque très 
nouveau avec son allure de 1880, le 
chapeau de Madame de Gournay : une 
petite forme genre amazone, chargée en 
couronne et montant haut sur 
le côté, de plumes d'autruche 
blanches ... 1 Qui donc portait 
depuis nombre d'années, des 
plumes d'autruche blanches...? 
Audacieuse et réussie la ten- 
tative de Madame de Gournay 
qui, avec sa belle allure, nous 
ferait accepter plus d'étrangeté 
encore. 

QOMME toute et pour me résumer; 
toujours des écourtés qu'accentuent la 
transparence des tissus et leur légèreté ; 
les épaules maintenues très larges, rien du 
corsage ne collant au corps, rien ne faisant 
penser qu'il y a là, coupe savante et étu- 
diée. Le buste est lâché -cour parler fran- 
chement. 

IPOUJOURS de très petits chapeaux, sur 
lesquels le tulle jette une auréole divine; 
la démarche étroite, le buste rejeté très en 
arrière ; les gants très longs et la bourse 
d'or, portée près de l'épaule, avec le bras 
gauche replié ; l'autre bras fait balancier. 

IpOUR les femmes que le dégagé de 
l'encolure offusque, n'ayant plus à 
montrer des lignes de la vingtième année, 
le ruban de velours noir, auquel est suspendu 
le disque de diamants, est une des heureuses 
trouvailles de la saison. 

NADA. 




LA ROBE TACHEE 



ir A poussière de juin, une averse imprévue, 
^ et voilà compromis le charme fragile de la 
plus jolie robe en taffetas... 

Rose, elle aurait vécu ce que vivent les 
roses, et même moins, sans Pouyanne, le 
médecin de la robe. 

Pouyanne a son secret pour traiter avec 
ménagement les étoffes délicates. Spécialisé 
dans les travaux de luxe, il sait détacher et 
remettre à neuf les toilettes les plus suaves, 
sans déflorer leur couleur et sans détruire 
leurs lignes. 

Consultez POUYANNE, teinturier 



PI. I. — Pour le mariage à la campagne, l'habit du marie peut êlre de drap bleu à 
boulons d'or; la mariée est Vêtue d'une robe de charmeuse crème recouverte de point d'Angleterre. 

PL IL — Des rubans nouveaux de soie imprimés ou rebordés. 

PL III. — Robe d'après-midi en charmeuse noire, la casaque est en liberty, avec un grand 
gilet de piqué blanc. 

4* 

PL IV. — L'une des deux robes de garden-party de "Worth est en tulle plissé avec 
tuyauté en pareille; le corsage de Chantilly noir forme ceinture dans le bas; l'autre robe en 
mousseline blanche garnie d'une bande brodée s'ouvre sur un devant de tulle plissé continuant 
dans la jupe. 

PL V. — Robe de Chéruif en taffetas broche avec un effet de panier froncé sur le devant, 

le corsage est en mousseline de soie. 

4» 

PL VI. — Robe de lingerie de Dceuillet en broderie anglaise et Maline sous un fourreau 
de crêpe salin noir, la guimpe et les manches sont de linon et la ceinture de salin. 

PL VII. — Robe d'après-midi de Doucet en gaze de soie à double Volants plissé sur un 

jabot de tulle blanc. 

■4 e 

PL VIII. — Robe de Faquin en petit crépon de soie à pois blanc; le corsage garni de 
Velours noir s'ouVre sur un devant de tulle blanc et la jupe est à double tunique. 

PL IX. — La robe de Paui Poiret est en crépon blanc brodé garni de Tussor. Le chapeau 
qui l'accompagne est en paille d'Italie garni d'un ruban de soie et de petites fleurs en broderie. 

PL X. — Robe de dîner de Redfern en charmeuse. La tunique est de Blonde garnie d'une 
ceinture Bayadère de Circé sur un corsage en tulle plissé. 

Imp. G. Kadar. Lucien Yogel, Directeur-Gérant. 




j.. n..~ f 




DES RUBANS 



Gazette du Bon Ton. — N° 7 



Mai i 9 i3. — PI. Il 




LE RETOUR DU BOIS 

Robe de promenade - 




LA TERRASSE 

d aprèsKoaicli de ^Worél 



Gazette du Bon Ton. — 7V° 7 



Mai i 9 i3. — Pi IV 




QUATRE A SEPT 

ou 

UNE HEURE DE MUSIQUE 

Robe de réception d« 



Gazrfh du Bon Ton, — 7V° 7 



Mai 191 3. — PI. Y 




5-TOI, MON CŒUR!.. 

Lolbe de lingerie de Dœuillet 



Gazette du Bon Tari. — N° j 



Mai i 9 i3. — PL Yl 




LA ROBE ROSE 

Toilette de gardem-paréy de Douceè 



Gazrfte du Bon Ton. — N" 7 



Mai 191 3- — PL Y 11 




LE JEU DES GRACES 

Rooe d après-midi de Paqui» 



Gazdh du Bon Ton. — N" j 



Mai 191.3, — PI YIJJ 




Toilette 



Gazelle du Bon Ton. — N° 7 



Mai iqi3. — PI. IX 




LA MINIATURE ANCIENNE 



Robe «le dîner de Redterm 





rT\ 



JLes beptt Vérins Oapiiales 

L'Ignorance 

YTOUS voici vêtue, madame, et à ravir. Vous êtes parfai- 
tement délicieuse, vous avez le chapeau qui convient, 
les souliers qu'il laut, les bas complémentaires, les gants 
appareillés, les bijoux assortis, le parfum harmonique, et 
nous n'ignorons même pas — tout se sait — que votre petite 
chemise et votre pantalon de linon... Enfin, vous êtes 
achevée. 

Ou, du moins, votre enveloppe périssable, votre dépouille 
mortelle se trouve ainsi parachevée. Mais votre âme, ma 
pauvre enfant, y avez-vous songé? Espérez-vous donc passer 
pour une femme élégante, si vous n'avez pas une âme à la 
mode, c'est-à-dire ornée d'opinions qui se portent, et de 
vertus choisies ? Il y a lieu, par exemple, de s'écrier que l'on 
se meurt de volupté en contemplant un meuble ancien. En 
même temps, l'on a les vapeurs si l'on entend jouer du 
Gounod. 




Toutefois ce ne sont là qu'opi- 
nions. Or, l'on peut se procurer 
partout, et bien facilement, celles qu'il 
est convenable de confesser publi- 
quement : car elles sont contenues 
dans le Gaulois, le Nrsiï-Tork Herald, et 
quelques autres journaux que vous 
savez bien. Pour cinq sous chaque 
matin, vous pouvez acheter autant de 
bon esprit que vous voudrez. 

Néanmoins, ce n'est pas tout 
que les opinions. Les vertus comptent 
aussi, et à quel point, Monseigneur Bolo a dû vous le 
dire! Vous avez donc un pressant besoin de connaître 
avec précision les mérites distingués qui feront de 
vous une femme élégante et accomplie, une femme 
qui peut hanter les meilleurs golfs, une femme forte, 
une femme charmante, une femme enfin dont les ma- 
trones disent sans hésiter : « Elle est gentille, cette 
petite, et si bien élevée. Que fait le mari? 

— Il ne fait rien. 

— C'est un homme bien 
agréable ». 

Bref, l'idéal. 

Or, commençons par le 
commencement : la première 
de toutes les vertus, madame, 
c est l'ignorance, une ignorance 
entière et comme angélique, 
presque l'état de nature. 

Mon Dieu, je ne vais pas 




226 




composer ici un éloge de l'ignorance. 
L'heure du thé-conférence n'a pas sonné, 
et d'autre part je ne songe pas encore 
assez sérieusement à l'Académie pour vous 
débiter un sermon. Qu'il me soit seu- 
lement permis de noter les principales 
catastrophes qu'évitera bien aisément une 
ignorante, et quelques-uns des avantages 
dont elle pourra en revanche profiter. 
Simples remarques, dont vous ferez ce qu'il 
vous plaira : par exemple du papier pour 
essayer vos fers à friser. 

Tout d'abord, une femme qui ne sait rien ne peut 
avoir l'air « bas bleu », ainsi que l'on dit. Elle ne « pose » 
pas: comment ferait-elle? Il n'est point déjà si facile de 
« poser » : cette fière attitude exige en effet une certaine 
assurance. En outre, il faut parler avec une aisance rela- 
tive et assez correctement, il faut du moins finir ses 
phrases. Je pense même que la « poseuse » est par définition 
une personne qui, de temps à autre, émet un jugement, 
formule une phrase, ingénieuse ou niaise, mais 
une phrase enfin qu'elle conduit jusqu'au bout... 
Hélas! vous n'ignorez pas combien ce genre 
de femme — qui parle ! — a mauvaise répu- 
tation dans la bonne société, où le suprême 
bon ton consiste à se taire. Une ignorante 
observe du moins une réserve du meilleur 
goût, attendu qu'elle n'a pas le choix. 

Car on commettrait une grosse erreur en 
se figurant, selon le préjugé commun, qu'une 
ignorante parle, parle, et bavarde sans fin. 




227 



Tant qu'on ne discute qu'au sujet de la pluie et du beau 
temps, soit ; mais, même dans les salons tout à fait 
comme il faut, il arrive que l'on s'entretienne d'autre 
chose. Et alors, vaille que vaille, quiconque ne sait rien, 
n'a vraiment pas grand' chose à dire : c'est forcé. Et c'est 
tout à fait distingué. 

En outre, l'ignorante se voit assurée de ne commettre 
aucune erreur touchant les dates, les faits, les noms propres, 
etc. C'est aux dames instruites qu'il appartient de prendre 
le Pirée pour un général turc, et M. de Pomairols pour 
un poète contemporain. 

Ajoutons que la bienheureuse ignorante ne connaît pas 
l'incertitude. Aucun maître, aucun livre ne lui ayant enseigné 
qu'il y a parfois deux avis excellents à propos d'un même 
sujet, elle vit dans une aimable quiétude, et répète sans 
trouble ce qu'elle entend dire autour d'elle. 

Ainsi va-t-elle déclarant : 

« Je ne salue plus Mme X. — Mais pourquoi? — 
Elle porte des chapeaux à trop petits bords ». — Et 
voilà. 

Cette tranquillité d'esprit communique à l'ignorante 
un air de grande rectitude morale 
et de véritable noblesse d'âme. On 
lui prête tout de suite la par- 
ticule — avant même qu'elle ne l'ait 
prise. 

Maintenant, si vous préférez 
ergoter, libre à vous, mais je vous 
avertis qu'il n'y a rien de si bohème. 

Marcel Boulenger. 




228 




EAUX DE JARDIN 



QI tu vas dans ton jardin pour t'y promener 
sagement, le long des allées, sans rien 

faire que regarder autour de toi les jeux de 

l'ombre et de la lumière, les couleurs des 

fleurs, les vols des papillons, il n'est pas 

nécessaire de mettre, sur ta tête, avant de K 

sortir, un chapeau. Ton ombrelle te suffira i 

bien, qui verse sur ton jeune corps une clarté 

à la fois tamisée et lumineuse, une clarté 

qui te couvrira de reflets roses, dorés ou lilas. 

Mais si, te refusant à l'oisiveté, tu veux, dans ton 
jardin, lire, jouer avec tes chiens 
ou tes enfants, écheniller tes 
rosiers, couper des fleurs pour 
tes bouquets, il faudra bien que 
tu te protèges du soleil autrement qu'avec 
une ombrelle, et c'est alors que tu devras 
user des vastes et clairs chapeaux dont 
voici les dessins. 

Sous celui-ci, qui est une souple paille 




v&f> 



H 



»v- 



229 




'v_._- 



d' Italie enroulée d'une gaze 
de couleur, tu ressembleras à 
l'une de ces Belles déjà légen- 
daires, qui firent la gloire de la 
treille de Compiègne, à l'époque 
où Winterhalter peignait ses 
grands portraits agréables et 
pompeux. Il se peut que cette pompe te rebute. Choisis 
donc, dans ce cas, ce « galurin » sans prétention, tu n'as 
qu'à faire prendre, chez l'épi- 
cier où ton fils achète ses 
pipes en sucre, un chapeau en 
paille à panier; cela te coûtera 
dix sous. Coupes-en le fond et 
remplace-le par un bonnet de 
coton. Veille à ce que ce 
bonnet soit rayé ou de cou- 
leur violente. Evite qu'il soit 
blanc; car tu ressemblerais à 
Mme Denis, et il est encore 
trop tôt pour cela. Que dirais-tu, toi qui es rose et 
potelée comme un chérubin à fossettes, de ce cabriolet 
puéril et « coco », taillé dans une cretonne à personnages? 

^ _ Il te plaira sans doute de 

semer ton occiput d'une vi- 
gnette six et dix fois 
s. répétée, où une bergère 
\ accepte d'un berger 
un champêtre pré- 
sent. 
Si, obligée à un 




a3o 





été sédentaire, tu veux t'offrir, parfois, 
l'illusion du voyage sans sortir de ton 
jardin, couvre tes blonds chignons, 
ma chère, d'un chapeau qui vient 
d'ailleurs. Voici, pour plaire à Bar- 
res, un chapeau 
lorrain , 
et, pour 
séduire 

Boylesve, un chapeau de Touraine. Il y a aussi les cha- 
peaux plats, garnis de galons de velours, que portent 
les Niçoises. Tu ressembleras un peu, là-dessous, à 
une réclame pour le lait d'amandes, mais le plus doux 
lait d'amandes est moins doux que ta peau. 

Je puis te signaler encore ces casques faits d'écorce 
exotique; ils sont ornés de petits coquillages blancs, et les 
négresses du Soudan, sous ces casques, font les fières. 
Paul Adam en a de très beaux, qu'il a rapportés de 
là-bas. Avec ce casque-là, tu pourras te promener dans 
ton verger et faire peur aux oiseaux. 

Tu as aussi, à ta disposition, des chapeaux qui te 
feront voyager dans le Temps, au lieu de te faire voyager 
dans l'Espace. Voici le chapeau de la reine de Golconde, 
couvert de petits grelots; celui où frissonne un feuillage 
gris et fin, et qui coifiait (tu peux le 
croire) Olive, l'amie charmante de Joa- 
chim du Bellay; voici le chapeau 
des demoiselles de Saint-Cyr, aux 
royales garnitures ; celui que 
portait Cécile Volanges, et dont 
Valmont défit les trop inno- 





cents rubans ; voici le bonnet de 
Mimi Pinson, que tu orneras de 
cerises; et, un jour où tu auras 
eu, avec ton mari, quelque expli- 
cation presque brusque, tu pourras, 
pour lui donner à penser, arborer 
la coifïure d'Emma Bovary et dire 
que tu vas à Rouen. 

Enfin, si malgré leur variété, aucun de ces chapeaux 
ne te tente, ne saurais-tu en fabriquer un, en deux secondes 
avec le journal du matin? Les marchandes de quatre saisons 
en portent de tels, le long des rues. Je t'assure que cela 
peut ne pas du tout être laid, surtout si tu y épingles une 
fleur: quelque clématite, quelque rose, toute fraîche encore 
des larmes de la nuit, et qui mourra doucement contre ta 
tempe, heureuse d'échanger contre les tiens ses enivrants 
parfums. 

J.-L. Vaudoyer. 





ceinture: 



Que nos contemporaines, en cet an de grâce, aient 
décidé de ceindre la soie floue, ce n'est pas une raison 
d'évoquer la Grèce et les temps antiques. A cet endroit, 
nous ne saurions devenir vraiment athéniens qu'après la 
disparition de l'agrafe perfide et de son complice le bouton 
à pression. 

Saluons cependant comme un 
présage heureux la faveur nouvelle 
de ces ceintures qui se dénoueront 
sans entraîner le moindre dénoue- 
ment. Elles apportent une affir- 
mation agréable du retour aux 
lignes souples dans le vêtement 
féminin. Elles confirment la réac- 
tion si courageuse du sens de la 
grâce contre l'exclusivisme du sens 
pratique. 

Eh oui ! ce ne sont là que 
de vains ornements, des futilités 
coûteuses et qui de rien ne servent. 




2 33 




Elles s'épanouissent pour s'épanouir. Elles r 
Elles n'assurent point la défense des côte 
ceintures d'hier, — veau glacé, antilope 
inflexible la batiste ou le shantung des cet 
passer, comme on se passe de beauté, — comi 
que résident leur séduction et leur charme. 

Il est certain pourtant que les moi 
qu'elles vont, à présent qu'est fait le premie 
est un élément si seyant, si gracieux du S 
subir des exils passagers, s'il ne fallait (g 
mobiles encore qu'elles-mêmes. Mais chaqu: 
mations si caractéristiques ! 

Nous ne reverrons pas les lourdes ceû 
Empire, dont le poète a dit : 



.11 



« Imitant un serpent dêi 
« Sur ta gorge resserre; 

Non. Ce qui distingue les ceintures i 
bien moins leur richesse que leur grâce, m 
elles sont faites de tissus légers et claij 
aux vives couleurs. Remarquez qu'une» 
ornement sévère, qu'une ceinture embelli 
trop lourde apporte une impression de ï 
actuelles est tout différent. Elles ne tendei 

Proches parentes de l'écharpe, elles l 
au contraire l'allure dégagée d'un corps 
conspirent avec lui pour déplacer les lignes; 
tel costume, ou bien elles tempèrent d'ifli 
Le difficile sera d'observer la note juste, 
belles ceintures, aussi difficiles à porter J 
sont pour l'autre sexe les trop jolies 



234 



njnt point, comme on dit, les appas, 
dont même pas le rôle précis des 
[ qui rayaient d'une horizontale 
fyennis. On pourrait fort bien s'en 
lisse d'amour. C'est d'abord en cela 

1913 appelaient la ceinture, et 
ifclamer avec insistance. La ceinture 
ftinin qu'on s'étonnerait de la voir 
L^ner les femmes des décrets plus 
me reparaît, c'est avec des transfor- 

>J Renaissance, ni celles du premier 

r >r, 

prt, 

ml, la robe » 

lli, en plus de leur inutilité, c'est 
.('A sied à la grâce d'être aimable, 
ttfent des dessins ou des carreaux 
Û satin uni devient facilement un 
rmts ou taillée dans une matière 
!îf effet cherché dans les ceintures 
Dhe. 

nisa nonchalance. Elles accentuent 
«lin. Amies du mouvement, elles 
0Ï>cient résolument à la fantaisie de 
Oi douce la hardiesse de tel autre, 
âfertain que nous verrons de trop 

*'. le même léger ridicule) que le 




2 35 




Et voilà encore une raison 
d'aimer les ceintures. Elles ont de 
la personnalité. Bien plus de per- 
sonnalité que les robes, au moins 
autant que les chapeaux. Si nous 
vivions encore aux environs de 
1890, chaque ceinture, avant peu, 
refléterait un état d'âme. 

Les ceintures que je vois 
passer n'entraîneront pas ma mé- 
ditation vers des sommets verti- 
gineux. Elles sont charmantes, et 
je devine sous leur apparente sou- 
plesse plus d'un artifice dont il 
n'est point déplaisant d'être la 
dupe. Celle-ci, qui s'enroule mollement autour d'une taille 
dont elle ne maîtrise pas la nature onduleuse, et cette 
autre, dont le strict ajustement impose l'exemple d'une 
discipline crânement acceptée, — ne dissimulent- elles 
point quelque armature traîtresse? J'aime pourtant l'air 
innocent de leurs plis gra- 
cieux, et le sans-façon adroi- 
tement prémédité du nœud 
qui les attache, ou qui paraît 
les attacher. Si les ceintures 
ont un secret, vous pensez 
bien que ce nœud-là n'ira pas 
le trahir. Vous sentez bien 
qu'il est faux... Vous n'en êtes 
pas certain? Moi non plus. 

Emile Sedeyn. 







2 36 




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DE LA VOILETTE 



Voilette. Diminutif de voile, petit voile. Littré dit même, 
assez dédaigneusement, ce me semble : « Espèce de petit 
voile que les femmes portent sur leur chapeau ». Il dit aussi 
ceci, qui est mieux : « Voilette, (voi-lè-t') s. f. Terme de 
marine. Petite voile latine qu'on grée sur la vergue de 
mestre, dans les mauvais temps ». J'aime davantage cette 
explication. — Mais pourquoi faut-il qu'à ce mot charmant et 
léger : voile, je pense tout de suite à un brick de plaisance, 
qui emporte de belles et silencieuses voya- 
geuses, par une mer calme, 

entre deux azurs où souffle 

la brise? — Parce que je 

suis poète? — La raison ne 

me suffit pas. — Tant pis, 

passons. 

Voilette implique du 

mystère : celui d'un visage 

qu'on ne voit pas bien, dont 





2^7 




les traits s'affinent, s'estompent, s'im- 
matérialisent, dont les cheveux se 
nimbent, sous un tissu léger. — L'in- 
connu, le charme un peu ambigu des 
rencontres que l'on fait, de belles per- 
sonnes qu'on ne connaît pas. — Le piquant 
du masque, à Venise, au bal. Va-t-on le 
soulever? — Non. Il faut rester sous l'im- 
pression de l'informulé. Le rêve s'en 
accroît, docile et incertain. — Car, si pour 
avoir soulevé ce masque, l'on restait déçu, 
— à jamais déçu? 

Il y a aussi le plaisir de regarder un 
bel objet dans sa vitrine — de beaux 
oiseaux des îles derrière leur grillage. On 
voudrait les caresser, lisser 
leur plumage. On ne peut 
les toucher que du regard. 
— La voilette, sur un visage émouvant, 
a ce mérite : elle le protège, elle le renferme, 
jalouse. Quand une main charmante fait le 
geste de la dénouer, c'est mieux que le 
bonheur : c'en est la promesse. Aimons 
la voilette. 

Aimons-la légère, claire, impalpable, 
arrêtée court sous le menton, tendue sur le 
nez, nouée sur la nuque, fin réseau qui tient dans ses 
mailles, prisonnière, une colombe. Aimons-la discrète, 
flottante, sombre, à gros dessin, ou à pois épais, triple, 
voire: celle-là convient aux rendez-vous équivoques, aux 
escapades, au mystère. N'y a-t-il pas un plaisir un peu 




2 38 




trouble à songer que c'est ce petit 
masque de rien du tout qui défend 
contre le scandale? A quoi tient la 
réputation ! — Très faible défense, 
contre un gros danger. 
Il y a encore tous les souvenirs de la 
mythologie — et d'ailleurs l'écharpe d'Iris 

— une voilette exagérée , sans aucun 
doute; — le voile qu'agite la princesse 
Yseult, du haut de sa tour, pour appeler 
Tristan ; — les voiles de la Sulamité — 
et ces voilettes qui sentent l'ambre et le 
santal, où les moukhères cachent leur 
visage, Almaïdée, Zobéide ou Fatma; — 
il y a ceux de Pénélope, et ceux de 
Phèdre, qui lui pèsent si fort; et celui 
que prit sur la fin de sa tendre carrière 
Mademoiselle de la Vallière, probablement 

de ceux qu'elle 

- Il y a le voile 
de la pudeur qui est pourpre, sui- 
vant M. de Musset; et ceux de la 
nuit qui sont bleus, suivant quelques 
autres. Il y a enfin le voile du 
palais — mais ceci est une autre 
affaire — c'est même une affaire de laryn- 
gologiste. — Ne nous égarons pas. Reve- 
nons aux dames. 

L agrément de toute chose est dans 
utilité. La voilette sera donc un objet agréable, 
et il faut la soigner. J'ai dit comment je la 

2^9 



par rep en tance 
avait enlevés. - 




son 



voulais. Dirais-je comment 
il la faut ôter ? — Point, 
donc ! Me prenez-vous pour 
un plaisantin? 

Il y a encore la façon 
ravissante qu'Elles ont de 
la soulever, jusque sous le 

nez, pour délivrer la bouche, lui permettra de 
prendre la nourriture de la cinquième heure : 
tea, toastes, buns, — ou autre chose. — 
Il y a aussi celles qui boivent dans un grand 
verre, à travers elle, avec une paille. Très 
piquant. — H y a enfin, pour l'amant pressé, la 
petite volupté préparatoire de sentir, entre ses 
lèvres et une peau tiède, ou d'autres lèvres, 
les fils de ce tissu parfumé mais souple. Vais-je t'in- 
voquer, cher François Coppée? 

La voilette sert aussi à protéger les peaux délicates, 
quand il fait du vent. 

Emile Henriot. 





LES BAINS 



<z* DE MER 




COSTUME DE BAIN 

TC« T d'abord il est bien entendu, 
n est-ce-pas ? que ceux... je 
veux dire celles qui se baignent 
se soucient moins de leur agré- 
ment que du nôtre. 

Donc merci, jeunes femmes 
aimablement altruistes , ( sans 
doute, il en est d'autres moins 
jeunes; mais convient-il de les 
remercier aussi ?) qui, sous ces 
vagues prétextes de température, 








p -><^3 



241 




d'hygiène, voire de sport, daignez nous 
offrir l'été venu, le spectacle, si parisien 
encore que maritime, de 1' « heure du 
bain ». 

Spectacle renouvelé, rajeuni par la 
vogue. Car n'oublions pas qu'en telle 
villégiature, longtemps la plus élégante, 
le mépris dans lequel on tenait la mer était 
devenu tel que celle-ci en avait reculé, 
de dépit ou de dégoût, 
jusqu'aux derniers loin- 
tains. Et c'est depuis peu 
seulement qu'un original 
l'ayant découverte, à quelques centaines de 
mètres de là, s'amusa à la « lancer ». 

Donc, à présent sur les milliers et les 
milliers de kilomètres de ses côtes, il existe 
un petit coin privilégié où il est devenu 
vraiment élégant de se baigner. 

Oui, mais dans quels costumes ?. . . Voilà 
le sujet de graves réflexions. Les peintres ont 
bien leurs petites idées, là-dessus, qui chaque 
année, sous ce titre choisi sans efforts d'ima- 
gination : Baigneuse, ou encore : Baigneuses, nous exhibent, en 
des poses diverses, des personnes plus ou moins vêtues de 
leurs chevelures, plus ou moins éparses. Mais ce 
costume, classique, je le veux bien, est-il pratique?., 
est-il même facile à porter?. . 

D'autre part, haïssons le spectacle de cette 
dame, tellement habillée qu'elle a l'air d'entrer 
dans l'eau, par mégarde, au lieu d'aller faire ses 





242 





visites. Elle a des bas et, je le parierais, un 
corset. Bannissez, madame, cet accessoire, dont 
vous pouvez si bien vous passer. Vous en 
tombez d'accord; mais vous me chuchotez que 
votre meilleure amie, Mme X . . . Pauvre 
Mme X ! . . Mais n'existe-t'il pas de petits 
« soutien-gorges », qui... n'insistons pas. Et, 
par grâce, ne nous privez pas de 
la blancheur éclatante de vos 
jambes sveltes. Songez à Isadora 
Duncan; et n'ayez pour protéger 
la plante de vos pieds, que des 
cothurnes de toile. 

Pour l'étoffe de vos costumes, n'hésitez 
qu'entre les soies lavables et les « pongée ». 
Quant aux formes... 

Ce sarrau droit, tel que celui de Clau- 
dine, dégagera votre encolure, plaquera autour 
de votre buste, avec l'harmonieux mouvement 
d'une chlamyde. Une passementerie de fil 
assortie le bordera. Et, s'il vous plaît, rien de 
plus. La culotte s'arrêtera au genou. 

Préférez-vous qu'elle descende juqu'à la 
cheville? Bon. Ce n'est pas pour rien que l'art persan, la 
mode persane, les fêtes persanes ont fait 
irruption chez nous. Prenez sans craindre les 
critiques — car personne, soyez en sûre, ne 
songe plus à se demander «comment il est pos- 
sible d'être persan » — cette longue culotte bouf- 
fante, à laquelle s'ajuste ce petit corsage assorti 
aux manches également longues. Et rien ne 

243 




sera plus discret ni plus chaste. 
On dira que vous êtes fort pu- 
dique... ou un peu maigre. 

Verte, rouge, et du reste dans tous 




les tons violents que vous préférerez, voici 
la blouse du moujik, boutonnée de côté, aux 
basques amples et que serre à la taille une 
simple corde. Et puis, si vous êtes tradi- 
tionaliste — on peut l'être pour le bain comme pour le 
reste! — il vous reste le classique costume de soie noire ou 
bleue marine que rajeunira un jeu de ceintures variant à 
l'infini et toutes pareilles à celles que vous portez actuel- 
lement sur vos robes de jour. Serre-têtes de toutes couleurs, 
variant avec l'heure et le temps. Point de chapeaux, sauf 
sur les plages méditerranéennes, où survit la tanagréenne 
capeline niçoise, véritable pétase grec, attaché sous le menton. 

Vous ayant donné tous ces détails, je ne puis m'empêcher 
de penser qu'Homère a vraiment bien fait d'être de son 
temps, pour chanter l'épisode de Nausicaa? 

Et on prétend qu'il était aveugle ! 

Jean SlLVÈRE. 




- ??>u..O n«*. 






I 




JLE GOUT AU THEATRE 



A PRÈS des reconstitutions dont quelques-unes furent 
piquantes, tel le Barbier de Sé^ilîe avec les nettes et 
chatoyantes illustrations de M. Fernand Ochsé, le théâtre 
des Champs-Elysées a monté la Pénélope de M. Gabriel 
Fauré, œuvre pure et profonde d'un parfait musicien. 
M. K.-X. Roussel, qui est quelque chose comme le Corot 
de l'école néo-impressionniste, a composé les décors 
dans sa manière à la fois réaliste et poétique. Derrière 
des premiers plans volontairement neutres — salle de palais 
ou grève au bord de la mer — il a placé des fonds, exécutés 
avec le fini de tableaux véritables et qui 
ne sont plus, comme à l'ordinaire, l'ac- 
cessoire ou le complément du décor, 
mais en deviennent l'élément essentiel. 
Que ce soit l'apparition de la mer bleue 
dont les petites cabanes à toits de 
tuile cernent le dessin, ou la mer plus 
triste qu'on aperçoit à travers les cyprès 
quand s'ouvre la porte du palais d'Ulysse, 




245 



nous assistons pour ainsi dire à une brusque intrusion de 
la nature dans l'action. Venue du fond du décor, cette 
impression de nature vivante traverse la scène, l'occupe 
peu à peu tout entière et gagne jusqu'aux spectateurs. 
Mlle Bréval dont le port et la marche sont tragiques se 
meut, harmonieusement drapée, dans ces décors augustes et 
champêtres. Louons aussi le metteur en scène : à la fin 
du deuxième acte, à l'heure où Ulysse se fait reconnaître 
de ses bergers, M. Durée a trouvé un admirable effet de 
progression, puis de mouvement. 

Ensuite Mme Loïe Fuller et M. Ochsé ont illustré 
par une mise en scène complètement nouvelle la musique 
discontinue, entêtante et précieuse de M. Debussy. 

Puis les Russes sont revenus fidèlement avec leurs 
costumes avivés, leurs décors scintillants, leurs danses 
ardentes et voluptueuses. La mesure n'était pas encore 
pleine; l'admirable Boris Godouno~ti, Y Oiseau de Feu, le Spectre 
delà Rose, les blanches Sylphides ailées et les nègres impé- , 
tueux de Shéhérazade ont retrouvé l'accueil favorable 
auquel nous les avons accoutumés. 

Mais la grande nouveauté, le spectacle inattendu et 
déconcertant qui suscita les polémiques et les querelles 
lut le Sacre du Printemps dont les décors dus à M. Rœrich, 

la chorégraphie à 
M. Nijinsky, et la 




246 





musique à M. Stravinsky 

sont également sensationnels 

et bizarres. Est-ce absurde et 

négligeable? est-ce un effort, 

un pas en avant, un stage 

nouveau de notre goût. Je 

n ose conclure : j'ai vu 

des hommes de sentiment 

sincère, des artistes vrais applaudir, j'ai vu une salle 

divisée par deux courants contraires ; et ce partage tout 

au moins indique que nous touchons à un moment dan- 
gereux de notre culture esthétique. 

Il se pourrait que MM. Rœrich et Nijinsky eussent 
retrouvé vraiment la vision et le mouvement d'un 
âge de l'humanité. Il se peut aussi que l'émotion 
de certains spectateurs soit venue du contact avec 
cette sensibilité primitive, exprimée et recréée devant 
eux. Sans doute l'humanité a-t-elle besoin, à de 
certaines heures, de retrouver les sensations de son 
enfance. Cette heure-là va peut-être sonner pour 
nous puisque les plus raffinés, les plus subtils, les 
plus cultivés de nos contemporains s'émeuvent au « Sacre 
du Printemps » ? 



Lise Léon Blum. 




AE MA(\TY. 



247 




PIEDS NUS ET 

Y E "Bon Ton" ne voit aucune raison d'abandonner 
à eux-mêmes les petits enfants, à l'instant de leur 
départ pour la villégiature. 

Que mettrez-vous, chers mignons, dans la jolie mallette 
si bien proportionnée à votre taille exiguë ? — Eh bien, 
croyez-nous, n'y mettez point trop de choses; vous ne serez 
habillés tout l'été que pour la forme, surtout si, comme je 
l'espère, la mer est votre destination. — Vous vous bai- 
gnerez vingt et une fois, c'est l'ordre de la Faculté et, 
ce faisant, vous exhiberez crânement vos petites formes 
potelées : votre air dégagé et aussi la délicatesse de votre 
peau suffiront à écarter chez les spectateurs toute idée 
que ce simple appareil est celui de la misère. Vous ris- 
querez tout au plus d'être pris pour de vrais amours. 

Toutefois, petites filles, pour calmer les alarmes de 





JAMBES NUES 



votre naïve pudeur, nous vous permettrons un coquet 
maillot, fait de la soie qui vous plaira le mieux, noire 
si vous avez déjà le goût d'une sobre élégance très admis- 
sible. Il faut aussi protéger contre le sel une jeune cheve- 
lure respectée du coiifeur; loin de nous, pour cela, le bonnet 
froncé qui fait ressembler à mère-grand et vive la fantaisie 
des turbans, des mouchoirs noués à la mode castillane, 
multicolores ou blancs parsemés de fleurettes. Mais ne 
réservons pas toutes nos élégances pour le bain; la journée 
est longue sur le sable, pêcher la crevette, creuser la grève 
sont des sports qui exigent pieds nus et jambes nues le 
plus haut possible. Jupes ou culottes seront donc si courtes 
que mieux vaut n'en pas parler. 

Jean Besnard. 





PRINTEMPS 
FAIT 
FLEURIR LES COLLERETTES 



Les Pâtes Pâquerettes, a dit Gautier 
dans un de ses poèmes. 

Les Pâles Pâquerettes 
Pour fêter te printemps ont mis leurs collerettes 

Lisez les pâles Parisiennes. Le printemps retentit 
comme une fête et voici que les corps libres sortent de leurs 
prisons d'hiver. Nos modes, vraiment, participent des 
saisons, elles obéissent aux lois mêmes de la nature. Ne 
dirait-on pas que, sitôt qu'apparaît le soleil, 
semblables aux bourgeons, les corsages s'en- 
tr ouvrent : une à une les enveloppes tombent, 
la tige jaillit victorieuse et les fleurs éclosent. 
Tels nous apparaissent les visages des femmes heureuses 
de quitter les serres chaudes. 

De toutes les lignes, celle du cou est peut-être la plus 
émouvante : ligne mobile et pensive car elle révèle les 
moindres ébats d'âme : chaque regard, chaque sourire, 





2Ô0 





chaque perception la font se re- 
dresser ou s'infléchir. Trop long- 
temps la pudeur tyrannique exigea 
que les guimpes martyrisent la 
nuque fragile. On ne saurait assez 
médire des odieuses petites baleines, corset 
cruel enserrant la gorge et la couvrant de blessures. Mais 
aujourd'hui, délivrés, jaillissent du corsage les cous précieux 
que rien ne dissimule. Le col jaloux a fait place à la 
collerette. 

La collerette est au visage de la femme ce qu'est le 
calice à la fleur; elle le suit, elle l'encadre plutôt qu'elle 
l'emprisonne. Prolongeant le corsage, elle l'achève avec 
subtilité. C'est un peu d'écume brodant les vagues qui 
viennent doucement déferler sur la chair. Transition délicate 
entre la peau et l'étoffe, la collerette doit être légère et 
spirituelle. Qui, mieux que le tulle, saura sourire avec malice 
et voleter, fringant, ingénu, libertin, amoureux ailé, qui 
autorise toutes les générosités, toutes les audaces. Tandis 
que l'an passé les jabots retombaient avec une grâce non- 
chalante, que les mousselines s'inclinaient sur le corsage, 
le tulle agile, transparent se redresse, encadre la nuque, 
s'élève derrière elle. Tantôt c'est une manière de col Robes- 
pierre : zigzaguant en decrescendo, il permet au corsage 
qu'il orne de s'échancrer en pointe ou de s'arrondir large- 
ment; tantôt on dirait la 
corolle égale d'une pâquerette ; 
chaque fronce a l'air d'un pé- 
tale blanc qui se relève. Toutes 
les harmonies, toutes les fan- 
taisies sont permises avec cet 





2Ô1 





ami de la fantaisie: tulle blanc 
sur fond noir ou tulle noir sur 
satin blanc, tulle uni ou piqué, 
simple plissé ou ruches débor- 
dantes. Que le tulle triomphe, 
il n'a point pour cela condamné les formes 
plus anciennes, auxquelles, en les rajeunissant, chacune 
peut rester fidèle : voici le tour de cou de satin, la plume 
et la fourrure; douces à la peau, chenilles blanches, 
chenilles noires, s'enroulant avec volupté sous le menton, 
sitôt que descend la fraîcheur (un gland de couleur 
agréablement les complète). Certaines garderont leur pré- 
dilection à ces « claudines » éclatantes avec l'énergique 
petit nœud de velours, qui révèlent une âme indé- 
pendante. A d'autres siéront mieux encore des coupes 
plus masculines : gilets unis ou semés de pois de cou- 
leur, devants de corsage rigides dont une sorte de fichu 
Marie- Antoinette ou bien un liséré agrémentent la 
sévérité. 

Mais que le présent accorde au tulle toutes les 
consécrations. N'est-il pas le roi des flirteurs ? Il est 
indiscret, c'est son devoir. Vive le joyeux touche-à- 
tout. 

les manches s'arrêtent au coude ou des- 
cendent jusqu'au poignet; aimez qu'il ba- 
varde autour d'elles. Voici 
que les plissés enveloppent 
les mains : tant pis s'ils 
goûtent à la sauce. 

Claude Roger Marx. 



Oj 



ue 






pweKAS 



Une Robe pour Deauville 



Modèle Buzenet. 



253 




LA MODE ET LE BON TON 

** #* 




(f EST un éblouissement, 
une fête de l'Eden! Les 
femmes vêtues de robes 
claires et coiffées de capelines, 
sous un ciel éclatant, sont parmi 
les plus jolies choses que nous puissions 
contempler sur la terre ; c'est aussi mer- 
veilleux que les fleurs exposées à l'expo- 
sition de l'Horticulture, 
c'est aussi gai qu'un essaim 
de papillons, butinant en un 
coin de parterre. C'est cela 
l'été et c'est aussi l'hymne 
grandiose de toute la nature 
en robe de gala, qui . semble 
se confondre avec le ciel. 

T E noir et le blanc persistent dans les 
combinaisons des robes d'été, malgré 
tout ce qu'on en a dit. 

Une veste longue, en toile blanche, 
arrondie par devant, se garnit d'une 
haute bordure noire, de dessin byzantin, 
brodé en soie. 

Un petit vêtement, très écourté et très 
froncé, rappelant les 
mantes du XVIII e , s'en- 
levait cocassement en 
blanc, sur une robe toute 
noire. 

Jolie, l'idée très nou- 
velle dans l'emploi d'un 
châle de Chantilly : dis- 
posé de biais, à peine 
drapé en corsage, extrême- 
ment décolleté, les pointes 
descendaient de côté, sur la hanche, se 
rejoindre sur une jupe de charmeuse 
blanche. Ceci pour l'après-midi, bien en- 
tendu, accompagné d'une immense forme 





de crin noir, piquée d'un 
nœud de velours noir en ailes 
de moulin. 

Des pans de soie blanche 
brodée de couleurs, et coupés 
en bannière, retombent sur certaines jupes, 
par derrière ; c'est plus original que joli et 
cependant très porté. 

]Q)E plus en plus les corsages s'ou- 
vrent, dégagent les épaules et la 
poitrine, sur laquelle scintille la nouvelle 
montre, au bout d'un fil de diamants : elle 
est minuscule, risiblement petite, au 
milieu d'un grand dis- 
que de cristal, cerné et 
piqué de brillants. On ne 
porte plus un rang, mais 
bien trois et quatre 
rangs de perles au cou, 
de même que le ruban avec 
gants longs a fait revivre la 
"gourmette". Les mousselines 
peintes sont exquises, et habil- 
lent avec fragilité les jeunes 
filles aux formes graciles. 

|T E ne vois partout que chapeaux de tulle. 
' Cette vapeur met une douceur exquise 
aux visages féminins. 

Au milieu de tout cela 
pourrai-je dire ce qui est à la 
mode...? On porte du Louis 
XVI, du byzantin et de la 
Renaissance alternative- 
ment; mais hélas, non, 
vous répondrai-je, en 
même temps... 
Mais oui ! 
Le Bon Ton 





2S4 




L'UTILE PRECAUTION 

L'élégante emporte, dans son sac de voyage Sormani, ses 

parfums familiers, ses bijoux, ses objets de toilette et tout 

ce que nécessite le souci quotidien de sa beauté. 

Modèle Sormani. 
2 55 



EXPLICATION DES PLANCHES 

PI. I. — Les trois robes neuves sont l'une, à gauche, en Shantung recouverte d'une tunique 
en marquisette; la seconde, au milieu, en lingerie plisse'e avec le casaquin en crépon japonais; la 
troisième, d'organdi et de Voile de soie, est garnie d'une fleur de laine. La robe de l'aïeule est 
de soie brochée. 

* 

PI. II. — Costume pour le bain en tissu éoonge, garni de ganses de lame et d'un col en 
linon de couleur brodé. 

* 

PI. III. — Robe de campagne en crépon chinois imprimé. La Veste est en grosse toile. 

PI. IV. — Robe d'été draoée de tbéruit, en Shantung avec la ceinture en mousseline de 
coton imprimée. 

+ 

PI. V. — Robe d'après-midi de Dceuillet, en crêpe de Chine imprimé. Intérieur et basques 
de linon blanc brodé. Petit col garni de Velours noir. 

PI. VI. — Robe de Douce f en mousseline transparente; la jupe, ouverte par devant, tombe 
en plis jusqu'aux pieds; dans l'ouverture une fausse jupe à deux Volants. Le corsage est garni 
également d'une guimpe croisée de mousseline. 

PI. VII. — Cette robe de Paquin est en foulard imprimé, garnie d'un col et de parements 
en tissu éponge; la ceinture est de cuir rouge. 

PI. VIII. — Robe de jardin de Paul Poiret, en crève chinois avec ceinture rebrodée. 

PI. IX. — Robe du soir de Redfem, en foulard de soie recouverte d'une grand* tunique 
de dentelle à l'aiguille. 

PI. X. — Robe d'après-midi de Worth, en crépon de laine côtelé. La blouse est garnie 
d'un col brodé de soie, d'un jabot de tulle. Le gilet est en tussor granité. 

Imp. G. Radar. Lucien Yogel, Directeur-Gérant. 




LES TROIS K&E5 NEUVES 






Gazette du Bon Ton. — N° S 



" 



Juin 1913. — PI- I 




eiite robe pour la campagne 



Gazelle du Bon Ton. — W° S 



Juin iqi3. — PI. II 




ALLONS ! DU COURAGE !.. 

Costume pour le tain 



Gazette du Bon Ton. — 7V° 8 



Juin 191 3. — PL 1U 




JE SUIS PERDUE 

Robe d'été de Cliéruié 



Gazette du Bon Ton. — 7V° 8 



Juin 191 3. — PL ÏY 




UN PEU D'< 



.E, ENFi: 



-midi de Uœuii 



Gazette du Bon Ton. — »N° S 



Juin igi3. — PI. Y 




PRES-MIDI D'UN FAUNE 

riobe de promenade de Douce £ 



Gazelle du Bon Ton. — 7V° 8 



Juin i 9 i3. — PL Yl 




QUEL BEAU TEMPS ! 

Lobe d'après-midi de Paquin 



Gazette du Bon Ton. — A'° 8 



Juîn i 9 i3. — PL YU 




LES CITRONS 



Gazrtk du Bon Ton. — 7V° S 



Juin iqi3. — PI. YW 




EST-CE LUI? 

Lobe de dentelle de Redfern 



Gazrfte du Bon Ton. — 7V° S 



Juin igi3. — PL IX 




AU POLO 

vobe a après-mniai de yvortli 



Gazette du Bon Ton. — N" S 



Juin 1913. — PI. X 




~xr 



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bourg 



Venise 



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E venais d'écrire ces mots en tête de la feuille blanche où 
je me proposais de consigner pour les lectrices de notre 
Gazette quelques réflexions et suggestions sur cet art exquis 
et précieux, quand m'est arrivé un charmant petit livre 
portant sur sa couverture jaune, du plus beau jaune bouton 
d'or, ce même titre, l'Art du Bouquet, par N.-C. Clairoix. Je le 
feuilletai aussitôt et aussitôt me convainquis que le mieux 
que j'eusse à faire était, tant il m' apparut riche en aperçus 
ingénieux, en notations raffinées, en utiles préceptes, de vous 
en donner une idée; avec l'espoir que vous m'en garderez 
de la reconnaissance, car il est dû à la plume de quelqu'un 
qui possède à fond son sujet et pour acquérir l'expérience 
dont il nous apporte les fruits, n'a pas hésité, comme le 
dit très joliment M. J.-C.-N. Forestier dans sa préface, 
« à ôter ses bagues pour soigner ses fleurs ». 

Que de choses, en effet, vous y apprendrez touchant 
les meilleurs manières de composer et d'arranger un bouquet, 
selon la forme, la couleur, la décoration du vase destiné à 



2Ô7 



le contenir, selon la place qu'il doit occuper dans un apparte- 
ment, et, cela va sans dire, selon les traits dominants, les 
caractères distinctifs, l'allure, le port, les tonalités des fleurs 
elles-mêmes, et selon la saison. 

Si, par exemple, les vases au goulot largement ouvert 
conviennent mieux aux fleurs amples sur tiges un 
peu raides, ceux à goulot étroit se prêtent, en 
revanche, plus avantageusement, aux branches 
d'arbustes et aux fleurs légères et de tiges 
souples. Sur le rôle des paniers et des cor- 
beilles, soit de vannerie, soit de porcelaine ou de 
faïence, des troncs d'arbres ou des vases en 
bambou, des jardinières plates, des vases sus- 
pendus, des vases de 
métal ou de grès, le gra- 
cieux auteur de XArt du 
Bouquet nous apporte aussi 
toutes les précisions et 
toutes les lumières. 

Le livre lu, votre 
initiation sera accomplie 
aux mille façons, toutes 
plus plaisantes les unes 
que les autres, de jouir 
de tous ces trésors du règne vé- 
gétal, où la nature nous permet si 
généreusement de puiser sans cesse. 
A chaque saison sa joie. 

Nous ne nous occuperons ici 
que des bouquets d'été. Dans de 
petits vases, des corbeilles en 





2 58 




cristal, de minces tubes en verre ou des gobelets 
à ouverture évasée les pois de senteur font mer- 
veille, seuls ou mélangés, bleu de lin avec des 
capucines rouge-feu, ou violet pourpre avec des 
roses blanches « bouquet de la mariée ». Retenez 
ces jolies recettes : dans un viel huilier bleu et 
blanc de Moustiers, deux iris d'Kspagne, une ou 
deux capucines orange ; — dans un vase de cristal 
vert absinthe, deux asters bleu à cœur jaune, une 
branche noirâtre de pétilla de Nankin, un souci 
orange ; — dans une corbeille plate en terre 
i cuite vernissée, une masse de zinnias; — dans un 

V vase de tons bleu et blanc, des glaïeuls rouge 

minium vif; — dans un vase de cristal à pied 

un peu évasé, comme un grand verre à boire, une toufîe 
de bleuets ; — dans un vase de poterie verte commune, deux 
grappes de sorbier, quatre ou cinq scabieuses pourpres 
violettes, ou deux branches d'érable negundo et deux grappes 
de sorbier orange avec leur feuillage vert foncé; — 
dans une flûte de cristal, des glaïeuls rose carminé et des 
véroniques mauve. 

Et il y a le chapitre sur l'ornementation des fenêtres 
intérieures en hiver, et celui sur la décoration de la table, qui 
n est pas l'un des moins captivants, étant donné, surtout, 
les ingénieuses et neuves 
idées qu'il nous suggère 
pour la saison où nous 
voici. Que dire, par 
exemple, de cette utili- 
sation des soupières et 
des récipients à cou- *</lf 




2Ô9 



vercle qui consiste, une fois le couvercle enlevé, à disposer 
en couronne tout autour, des fleurs légères, azalées mollis 
roses, iris mauves ou jaunes, etc? sur lesquelles on replace 
ensuite le couvercle pour les maintenir. Les jolis arrange- 
ments, aussi, que l'on peut composer avec les feuillages 
des bois et des jardins d'été, avec les fleurs des champs, 
avec les fougères mâles, avec la vigne vierge; sur des 
carrés de miroirs plats ou d'étoffes brodées, essayez, encore, 
de disposer régulièrement des fleurs d'un ou plusieurs tons 
en semis entouré d'une bordure. La véronique et la gerbe 
d'or font de délicieux bouquets de table et la rose Crimson 
Rambkr se prête à toute sorte de combinaisons imprévues 
et charmantes... pourvu qu'en tout ceci l'on tienne minu- 
tieusement compte d'harmoniser les tonalités des fleurs avec 
celles du linge et de la porcelaine, de ne pas faire se 
heurter les couleurs des unes et des autres, afin d'em- 
bellir comme d'une œuvre d'art, avec ces matériaux 
divers aux- quels les 

fleurs don- a nent leur 

unité et ^.^^ .. jtfhftM/îfk /Lyyy J -^ leur char- 

^j|> mité et le 
L* ^ ^ lieux où 
vons. 



me, l'inti- 
décor des 
nous vi- 




Gabriel 
MOUREY 




MANCHONS D'ETE 



y ES poètes, les artistes se sont aimablement moqué de nous 

en chantant la grâce divine des gestes féminins... 

Les gestes de la femme ? Quelle duperie ! Je ne crois 
pas qu'il existe un être plus avare de ces « manifestations 
extérieures » ! 

Réfléchissez un peu : le mol infléchissement du cou gêné 
par les collerettes, la tendre inflexion du visage contrarié 
par les Gainsboroughs, les Reynolds !... Le buste et les 
hanches soudés par le corset... 

Il y avait bien l'immatérielle légèreté de la démarche, ce dé- 
hanchement lascif et tentateur 
que les Anciens comparaient à 
la promenade ailée d'une déesse 
parcourant les nuées... 

Mais, hélas ! nous avons admiré, depuis, 
la robe entravée, les souliers -cothurnes, 




261 




le col JVlédicis et toutes ces ar- 
mures mystérieuses qui font des 
Parisiennes habillées quelque ri- 
gide et précise poupée... Et le 
déplacement rapide des mon- 
daines rappelle plutôt quelque 
danse de guerre des peuplades 
canaques... 

Je sais bien que nos com- 
pagnes ne marchent plus — si l'on ose dire. Les avenues, 
les boulevards, malgré les persévérants efforts de M. Hen- 
nion, sont inabordables, la poussière suffocante, les heurts 
des badauds inadmissibles... 

Et puis, aujourd'hui, qui n'a pas son auto? 
C'est entendu, nous avons perdu pour toujours la jolie 
vision d'une femme retroussant d'un geste alerte sa jupe 
sur de fins mollets et traversant 
la chaussée. Tout cela est déplo- 
rablement second-Empire... 

JMais il restait encore quel- 
ques heureuses occa- 
sions de charmer nos 
regards... 

Examinez actuel- 
lement une réunion d'élégantes : figures ten- 
dues, bustes figés, immobilité, raideur, atmos- 
phère cristallisée parmi le parfum du thé et 
la langueur des valses tziganes ; certes, le 
cinéma est plus amusant ! . . . 

En visite, même contrainte, au théâtre, 
immobilité parfaite, et dans l'amour même 



Av 



é>\ 





262 




quelle fléchissante passivité ! . . . 
Et, comme si elles pouvaient 
craindre encore qu'un irrésistible 
entraînement fît décrire à leurs bras 
souples, à leurs mains fines quelques 
gestes harmonieux, les femmes, par 
surcroît, ont inventé les sacs, les 
réticules et les manchons... 

Les poignets fixés, les paumes emprisonnées, les élé- 
gantes se montraient assurées de ne plus enfreindre cette 
règle primordiale qui veut que « la distinction consiste 
en un détachement absolu de la Vie!... » 
L'hiver venu, sous la voilette, parmi 
la chaude prison des fourrures, les 
mains encloses dans le manchon, les 
mondaines sûres d'elles-mêmes ne re- 
doutaient rien. 

Mais l'été? La légèreté des linons, des 
organdis, des étamines laissait craindre quelque folle évasion... 
Alors les belles Indolentes ont créé les manchons d'été... 
Fantaisies délicates et d'un charme inattendu, étuis 
parfumés, dentelles rares, brillantes passementeries, bro- 
deries bulgares, et vous, Macramé, si fort à la mode... 

L'histoire, la légende furent 
mises à contribution: sacs tcherc- 
kesses et manchons mongols, 
réticules montmartois, mousselines 
impondérables, fourrures esti- 
vales, pailles colorées, perles de ff | B 
jais, roses efïeuillées... 

Les Parisiennes sont désor- 





2 63 




mais heureuses : elles auront, cet été, leur 
attitude consacrée d'idoles immobiles et se- 
reines. 

Nos belles amies illustrent à souhait un siè- 
cle frivole qui vit naître la télégraphie sans fil et 
la peinture cubiste... O rectitude du jugement... 

Mais hélas ! comment admettre que les fem- 
mes soient si peu prodigues de leur grâce. Il y a 
dans la vie tant de jolis gestes à accomplir : 
cueillir des fleurs, caresser son griffon bruxellois, 
sans compter tant d'autres gestes d'un charme 
plus personnel et plus secret... Mais voilà: 
les dames ne veulent point « faire œuvre de 
leurs dix doigts » comme on dit dans les bons 
Manuels d'éducation. 

L'activité, c'est vulgaire, brutal, commun... 

Je hais le mouvement qui déplace les lignes... 

a déclaré leur Poète favori, celui qui aimait les divans, la 
mélancolie et les chats... Ah! comme les femmes craignent 
les gestes ! Si les mondaines osaient, elles garniraient 
volontiers leurs tailleurs de poches masculines... 

Seulement il est bien difficile de 
mettre, avec élégance et chic, ses 
mains dans ses poches... Essayez 
voir un peu ... 

Pierre de TrÉVIÈRES. 





JLa route est belle, belle, ht 



i\ atÉFIONS-NOUS quand nous entendons exprimer — sans 
musique — cette opinion par l'homme qui tient le volant. 
Car cela ne veut pas dire qu'elle va, montant puis descen- 
dant, épousant le contour sinueux d'eaux vives, ouvrant 
entre des rideaux d'arbres des perspectives attendrissantes 
ou sublimes, mais, bien au contraire, qu'elle 
s'allonge toute droite à perte de vue entre des 
haies rectilignes, des poteaux télégraphiques, 
des bornes kilométriques et qu'on peut « faire 
de la vitesse » ! 

Faire de la vitesse, rêve du 
chauffeur ! 

Il y a des fous. Des engins mons- 
trueux, tumultueux, les emportent au 
ras du sol comme balayés par un 
souffle de tempête. Aux arrêts ils s'extirpent 
comme ils peuvent, généralement avec peine, 
de la profondeur des baquets où ils se 
maintinrent; et ils exhibent alors des sil- 




2 65 



? 




houettes un peu effarantes de simplification; 
une sorte de cagoule cache les cheveux, les 
yeux, le nez, les oreilles; et sous les plis de 
ce « parapluie du chauffeur », quel sexe, 
donc, s'il vous plaît, se dissimule ? 

Heureusement on peut faire de l'auto de 
façon plus « humaine » et sans renoncer à 
toute grâce, toute élégance, tout souci de 
plaire. N'est-ce pas, madame?., et que jamais, 
sans cela, vous n'eussiez toléré ce sport... 

Il est vrai qu'ici, de bonne ou mauvaise 
grâce, la mode doit composer avec le sens 
pratique. C'est bien fâcheux. Mais que voulez 
vous? La route impose ses lois 
despotiques: elle ordonne de coif- 
fer jusqu'au fond de la tête un 
chapeau presque sans bords que 
le vent n'aura point licence d'ar- 
racher. Et ce sera, si vous voulez, cette com- 
mode casquette à pattes rabattantes, ou ce 
« jokei » à longue visière, dont on a sûrement 
pris le modèle sur la tête de quelque voyageur • 
en diligence des pages de Gavarni; préférez- 
vous ce casque antique de Minerve, ou ce 
petit « pétase » de Mercure — qui avait, lui, 
dû sûrement prévoir l'âge et l'u- 
sage de l'auto — et auquel il ne 
manque que des ailes ? Libre à 
vous de leur ajouter, encore qu'il convienne d'être 
très réservé, je vous en préviens, sous le rap- 
port des fantaisies : cocardes, petits nœuds 





266 



aplatis en ruban d'argent, piquet de ces 
modestes fleurs des salons qui poussent à 
présent entre les doigts appliqués de femmes 
du monde industrieuses : voilà tout ce qui 
s'admet, paraît-il... Et naturellement des 
voiles, beaucoup de voiles, des voiles qui, 
avec des airs de flotter, auront mission d'as- 
sujettir. 

Quant à ces manteaux, qu'on revêt par- 
dessus le tailleur, il faut bien se résigner 
aussi, hélas ! à ce qu'ils fassent bêtement 
leur office de manteaux qui est d'envelopper, 
de protéger contre le froid, la pluie, la 
poussière. D'un tissu aussi souple 
et chaud que possible, de tons 
neutres, ils ont, ces manteaux, je 
rougis de le dire, double rangée de 
boutons, de vrais boutons qui s'a- 
daptent, est-ce croyable ? à de 
vraies boutonnières; le prodigueux 
c'est qu'ils se permettent même des poches, oui, 
des poches où on peut fourrer son mouchoir, ses 
gants, ses lunettes... que sais-je? même les mains 
au besoin!., nous voilà en plein paradoxe, en 
pleine féerie ! . . 
Et s'il vous déplaît, mesdames, de ressem- 
bler trop, ainsi, à vos maris — au fond, je vous 
comprends — rien ne vous empêche de fémi- 
niser le tout par la fantaisie de revers et d'un 
col en cretonne à fleurs par exemple. v 

Restent les pieds, les pieds qui n'ont rien 






267 



à faire en auto pendant des heures qu'à se glacer, 
dès que tombe un peu de fraîcheur ou d'humidité. 
Et ce ne sont pas vos guêtres estivales, de toile 
blanche ou bise, qui les protégeront. Je vous 
Sm signale l'exemple de cette dame de mes amies qui 
a dressé son barzoï à se coucher complais amment 
sur les siens et ceux de ses invités. L'invention a 
du bon. Mais avez-vous un barzoï et saurez-vous le 
dresser? Une couverture doublée de fourrures rem- 
placera à peu près, au besoin, cette chaufferette 
vivante. 
^i/fj Êtes-vous de celles qui craignent pour leur 

teint la caresse du moindre rayon de soleil?.. 
Sachez alors qu'est ressuscitée — pour combien de jours? 
— > cette frêle et minuscule ombrelle « marquise » qui 
semble à elle seule tout un mélancolique petit symbole du 
second empire. Ce joujou désuet est sorti des vitrines, pour 
que vous puissiez vous offrir le caprice d'évoquer une 
seconde Stevens ou Constantin Guys et le « tour du lac, 
— en accomplissant le tour de France. 

André PlCARD. 





LES JEUX DE PLEIN AIR 

LES JEUX ET LES JOUEURS 



I 



L n'y a pas deux façons de jouer. 
Il n'y en a qu'une, qui est d'être gai. La distinction entre 
jeux de plein air et jeux d'intérieur est artificielle. Des joueurs 
suffisamment gais trouveront le moyen de jouer au volant, 
aux barres et aux quilles dans un salon plein de vitrines. 
Inversement, ils sauront jouer au whist dans le rond-point 
d'une roseraie, ou aux échecs sur le flanc d'un vallon. Ce 
n'est donc pas sur les jeux de vacances, mais sur la gaieté de 
vacances qu'il faut renseigner nos lecteurs. 

Il n'y a qu'une façon d'être gai en temps de vacances : 
c'est de l'être de façon continue. La prévenance, le rire aux 

269 




éclats, le ba- 
vardage , les 
chantonne- 
ments et le 
sifflotements, 
qui ne sont 
à la ville que 
des épisodes 
ou des acci- 
dents, doi- 
vent aux jar- 
dins devenir des habitudes. Je n'ai pas lu « l'Homme qui 
rit », de Victor Hugo, mais il doit y avoir dans chaque 
villa un invité de ce genre. Il doit y avoir aussi « la 
jeune fille qui fredonne », « l'oncle qui sourit ». Guerre aux 
importuns qui tenteront d'expli- 
quer un visage maussade par une 
migraine ou par une contraction, 
comme ils disent, de leurs vaso- 
moteurs. De fin juillet à fin sep- 
tembre, il ne doit plus y avoir de 
vaso-moteurs. L'homme sain ne doit 
plus souffrir, dans son corps, 
qu'une seule et large artère, qu'un 
seul et large poumon, qu'un seul et 
large cœur. Il sera toujours temps 
de sentir toutes ses veines et toutes 
ses rides à l'époque où, comme le 
criminel revient au lieu de son crime, 
l'année revient à l'hiver. Je n'o- 
serai même pas condamner l'abus 




270 





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des bons repas et des plaisan- 
teries de château. Ceux-là, au 
fond, seront ridicules aux échasses 
et au cerceau qui ne savent pas 
installer le soir une poire de son- 
nette électrique sous l'oreiller de 
l'invité, ou placer au fond de sa 
cuvette une poudre invisible qui 
change en liquide violet et frémis- 
sant l'eau qu'il y verse pour sa 
toilette. 

LES GAGES 



Je conseille aux joueurs d'in- 
troduire dans chaque jeu des pénitences et des gages. Les 
premières sont sans 
intérêt, elles portent 
des noms ridicules, 
tels que la Planche, 
l'Aune d'Amour, la 
Statue et le Roi de 
Maroc. Mais elles 
justifient la remise des 
gages, qui est l'épi- 
sode le plus char- 
mant de tous les jeux 
et le plus révélateur. 
C'est aux gages 
qu'on reconnaît le ca- 
ractère des joueurs. 
Il y a ceux qui don- 




271 



nent comme gage un objet qui leur est cher et ceux qui donnent 
une clef ou une boîte d'allumettes. Il y a ceux qui ne peuvent 
arriver à trouver sur eux, ainsi pris à l'improviste, l'équivalent 
d'un bijou, et qui, rencontrant dans la rue leur meilleur ami 
partant pour l'Amérique, seraient obligés de lui dire : « Atten- 
dez, je vais chez moi vous cherclier un souvenir ». Il y a ceux, 
celles surtout, qui, frémissants de la cruauté de la rançon, ne 
songent pas pourtant à refuser leur agrafe favorite, leur 
collier de perles, leur bague de fiançailles, qui ne sont pas 
bien sûrs de les regagner, et souhaiteraient de tout leur cœur 
une pénitence facile. Prenez-les pour amis. Le jour de votre 
mariage, ils vous offriront autre chose qu'un vase en étain 
ou un service à salade. La race est généreuse, et noble, et 
sûre, de ceux qui jettent dans le bonheur des autres, par 
amitié et par esprit de sacrifice, comme le tyran antique jeta 
sa bague dans la mer, leur bijou le plus sacré. 

J. G. 




7*rr. 




"ir E premier plaisir du voyage, c'est chez soi qu'on y goûte, 
la veille du départ. On a fui déjà. La pensée est loin, 
tout entière occupée de ces merveilleux « ailleurs » où l'on 
sera si bien — malgré l'exil : tristis dXul. Et pour pallier, dans 
le voyage, ce qu'il y a de mélancolique et d'incertain, 
nonobstant les joies, on emporte avec soi quelques objets 
inutiles, mais qui composent une atmosphère : écritoire, 
album de photographies, un petit vase où mettre une fleur, 
dans l'hôtel vague où l'on descendra. Je n'oublie point le 
nécessaire : de la cravate à la chaussette, par la culotte et 
le veston. Ces menus objets ont été disposés sur le lit. 
Par terre la valise bâille, et la malle aussi. C'est de ces 
meubles qu'il sied de causer aujourd'hui. 

Il faut voyager à son aise. Point d'impedimenta fâcheux. 
Le gros bagage comporte la malle — ou les malles : voir 



273 



plus bas. Le plus menu, dont il faut user au débarqué, 
voire dans le train, contiendra tout entier dans la valise. 
C'est important qu'elle soit confortable et belle. En cuir, 
s'entend : vache ou truie. Avec une grosse poignée sur le 
dessus, et des courroies, très larges. Elles sont inutiles, 
mais elles font bien: l'essentiel. — Un chiffre, en noir — 
simple. Ni or, ni clinquant : vous auriez l'air du Brésilien. 
N'oubliez pas qu'une valise doit être souple dans sa partie 
supérieure. Le fond seul est rigide, étant la base et le soutien. 
— Sac à parapluies et à cannes, en cuir aussi, net et luisant. 
S'il en dépasse le pommeau d'un club (ou deux) — cela 
sera aussi très bien. Je voudrais encore qu'aucun de ces 
objets ne parût trop neuf. La beauté du cuir provient de 
son culottage. Impitoyable, avant 
le voyage, soumettez au soleil, 
à la pluie, le sac ou la valise 
acheté la veille, pour qu'il luise 
et témoigne ainsi un fréquent 
usage. C'est l'honneur de ces 
meubles d'avoir fait beaucoup de 
chemin; et je sais certain raffiné 
qui montre fièrement sur ses 
bagages toutes les étiquettes 
multicolores des hôtels d'Italie 
et d'Espagne où il a passé, et 




M-r^. 




274 




M. T. 



qu'il conserve : ce sont ses chevrons. 

Les dames toutefois ne doivent se servir que de sacs à 
main parfaitement vierges de tout clinquant. On en fait qui 
se nomment « Hold ail » et qui sont charmants : en maroquin 
ou en chevreau délicat, de nuances variées. Ils ont l'air de 
petits traversins portatifs, et l'on y met tout, indifféremment : 
de quoi écrire et de quoi lire, de quoi se laver et de quoi 
se poudrer le nez ou rougir ses lèvres, de quoi faire briller 
ses ongles, d'autres choses encore; avec une petite place pour 
l'imprévu : le voyage en est plein. 

Faut-il négliger la malle? — Sans nul dommage si l'on 
va chez les Patagons. — Mais dans les pays civilisés, de 
quel droit, sous prétexte qu'elle voyagera dans un fourgon, 
la malle ne serait-elle pas magnifique et ravissante, elle aussi? 
— Une malle plate, et carrée, et longue, pour qu'un pantalon 
y puisse tenir étendu sans qu'il soit besoin qu'on le plie. — 
L'extérieur, de cuir ou de bois ; l'osier ne 
vaut rien. 

Ces considérations ne sauraient valoir que 
pour les personnes qui ne sont point des ambas- 
sadeurs, lesquels n'usent, comme chacun sait, que 
de valises diplomatiques., Mais ceci est un 
autre rayon. 

Emile Henriot. 




zyS 




A&.MAtVY. 



LE GOUT AU THEATRE 



"jTJTEUREUSE époque où chaque jour apporte une nouveauté! 

On avait composé jusqu'ici des poèmes faits pour être 
déclamés, puis des poèmes faits pour être chantés. Voici 
qu'un écrivain, le plus fastueux et le plus lyrique, compose 
des poèmes faits pour être décorés et dansés. De même 
qu'un livret d'opéra doit inspirer le musicien, M. d'Annunzio 
a mis tout son art souverain à inspirer un peintre de 
décors, un metteur en scène et une danseuse. 

M.. d'Annunzio a réussi. Il a fourni à Mme Rubinstein 
un type parfaitement approprié à son esthétique savante 
et singulière : cette mystérieuse Pisamîk qui fut courtisane, 
qui fut nonne et qui mourut étouifée sous les fleurs. Dans 
l'histoire d'une île ensoleillée et ardente — Chypre au 
XIV e siècle — il a trouvé pour MM. Léon Bakst et 
Wsewolod Meyerhold la matière magnifique de tableaux 
sauvages et délicats. Ce fut le port de Famagouste avec 
sa mer bleue, son fond de ciel rouge sang, ses bateaux aux 



276 



Cfr 




voiles rouges, l'éparpillement des cor- 
saires et Mme Rubinstein droite, étroite 
et pâle dans ses haillons bleus et violets 
semblables à des bandelettes. Vint en- 
suite, en manière de repos, le couvent 
des petites nonnes; au fond l'imprécise 
église, masquée de cyprès rouges et 
violets ; au centre, le puits de fer léger 
sur la margelle duquel viennent ba- 
biller les petites religieuses, dans leur 
costume bleu liséré de blanc. Puis, pour achever, le palais 
de la reine avec ses arcs vert-émeraude, sa mosaïque rouge, 
grès à lourds turbans blancs. Nous avons 
Rubinstein protégée par un lourd manteau 
traîne, puis dévêtue pour la danse, gardant 
pie fourreau lamé d'or relevé sur un ample 
pantalon rouge; nous avons vu Mme Ru- 
binstein dansant sa danse morbide et mor- 
telle; nous avons vu Mme Rubinstein 
étouffée sous les pivoines très rouges ap- 
portées à cet 
efïet par de 
terribles nè- 
gres coiffés, 
cette fois, de 
hauts shakos 
violets à pois 
d'or. 

M. Bakst 
a fait école. 
C'est évidem- 



ses ne- 
vu Mme 
à longue 
un sim- 




277 



ment sous son influence que s'est formé le décorateur nou- 
veau que vient de nous présenter le théâtre des Champs- 
Elysées. Pour l'œuvre posthume de Moussorgsky, la 
Kholanchina, que M. Astruc a pris la belle initiative de 
révéler au public français, M. Fedorowsky a composé des 
décors dont l'exotisme naïf s'accorde parfaitement avec ce 
drame populaire et liturgique. Mais, dans l'harmonie pieuse 
de l'ensemble, il faut détacher le ballet du troisième 
tableau. Tout est rouge, jusqu'aux cierges du lustre, jus- 
qu'au banc où viendront s'asseoir, vêtues elles-mêmes de 
mousseline à fleurs rouges, les servantes du vieux prince 
Khovantky. Devant elles surgiront les danseuses; et ces 
formes légères et remuantes, couvertes 
de souples étoffes roses et rouges font 
penser à de belles azalées aux corolles 
multipliées. 

Plus nous nous familiari- 
sons avec l'art russe plus nous 
en percevons la complexité. 
Toutes les formes de la jeu- 
nesse y sont contenues : la gaieté, 
la solennité, la candeur. 
Parfois, par la fantaisie, 
il fait penser à l'opéra-buffa 
italien, puis il nous ra- 
mène soudain, par une 
impression d'humanité fraî- 
che et grave, aux époques 
pures de la foi. 

Lise Léon Blum. 





ff 




COSTUMES DE SPORT! 



qpENNlS, golf ou yachting, par où commencer ? Mettons que 
nous commencions par le tennis et le yacht. 
C'est pourquoi, si j'étais homme, je me rendrais incon- 
tinent chez mon tailleur et lui commanderais par avance 
toute une profusion, tout un lot de pantalons en kaki, en 
flanelle, voire au besoin en cachemire. 

— Ah! ne me parlez point d'économie! 




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H BERNARD 
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3 79 




J'en aurais de blancs et j'en aurais 
de gris; j'en aurais de gris avec des 
rayures blanches et des blancs avec 
des rayures grises ou noires; enfin 
je tiendrais par-dessus tout à ce que 
les dites rayures lussent très nettes, 
bien larges et qu'il régnât entre 
elles un espace convenable. 
Pour les souliers — il ne saurait être en été 
question de bottines — j'en voudrais de même à foison; 
j'en voudrais de blancs, faits de toile ou de peau, et 
j'en voudrais aussi de jaunes, d'un beau cuir jaune 
foncé, patiné par l'usage, assoupli par des frictions 
énergiques et savantes. Avec le soulier blanc, la chaus- 
sette blanche. Point d'hésitation possible à cet égard. 
Et ne craignons pas d'opposer tour à tour au cuir 
jaune une chaussette brune, parfois violette, bleue ou 
grenat. Dès qu'il est parlé de sport, l'imagination a 
droit de se donner carrière. J'en dirais 
autant du linge et volontiers je prô- 
nerais avec les rayures ou les pois, le 
rose ou le rouge, le beige ou le bleu. 
Des cols bas, si vous le jugez seyant, 
et mous — pour le tennis la chose ne 
fait pas question — mais sur un 
yacht, je reviendrais de préférence 
au col empesé, renonçant au piqué 
sans empois, inutilement chaud et né- 
gligé. 

Reste la coiffure, et puisque nous 
en sommes à discuter sur ce point, je 





280 



vous conseillerais d'abandonner une fois pour toutes le 
chapeau dit « panama » aux pêcheurs à la ligne de Bou- 
gival et de Charenton. Ce couvre-chef est tombé dans 
une pitoyable disgrâce et, de longue date, les lois du 
bon ton les plus rudimentaires nous ont prescrit de le 
remplacer soit par un canotier — on porte cette année 
la coifïe un peu haute et les bords étroits — soit par un 
chapeau d'étofïe — on en fait de charmants et de toutes 
nuances, gris et beiges, clairs ou foncés, à carreaux larges 
ou menus — soit par la casquette en « homespum », ou 
bien encore en drap bleu foncé à courte visière de cuir. 

Ni trop large ni trop étroit — je parle du veston — 
et point non plus trop court ou trop long. A cela vous 
me direz que naguère l'usage commandait de s'affubler de 
vestes pendant jusqu'à mi-jambe et taillées sur le modèle 
d'un sac. Que voulez-vous, cette année la mode a changé 
ses lois ; elle exige que nous portions des vestons de longueur 
moyenne, plutôt courts, surtout elle ordonne que nous ayons 
la taille placée haut — j'insiste — le 
plus haut possible, et des jambes à 
n'en plus finir. Donc, arrangez-vous, 
faites pour le mieux et tant pis pour 
les disgraciés qui failliraient à la 
règle. Restent les menus détails et 
là, Messieurs, je dois m'en rapporter 
à votre jugement personnel, à votre 









instructive délicatesse. Il va de soi que le veston croisé 
convient davantage aux hommes pourvus de larges épaules 
et le veston droit à ceux d'entre nous qui sont très fluets. 
Il va sans dire également que pour le veston droit il im- 
porte que les revers soient minces et allongés, très abattus, 
que le dit veston se boutonne par quatre boutons — je dis 
quatre et non trois — que ces boutons se trouvent légère- 
ment rapprochés les uns des autres — que ]a cou- 
leur bleue n'a point mauvaise grâce, non plus que 
la couleur brune, et qu'il est des gris adorables, 
des rayures exquises, des damiers à se mettre à 
genoux devant — affaire de goût, je le répète — 
il va sans dire, enfin, qu'un veston bordé d'une 
ganse, comme pourrait l'être une jaquette, ofïre 
un spectacle risible et dont il importe de se 
garder comme de la peste. 

Et maintenant un mot des toilettes féminines. 
Evidemment, pour le tennis, nous ne saurions 
sortir de la chemisette et de la jupe, j'entends 
de la jupe large et plate. Ne me parlez point de 





: '■■■? ïWWtt* <~r^:\n -ffi«r- 



jupes à petits plis et, je vous le demande en grâce, point 
davantage de costumes en flanelle. J'opte franchement pour 
la toile, une toile fine, légère, impondérable. Les corsages 
décolletés en cœur ne seraient point, je l'avoue, de nature à 
me déplaire et je crois au surplus que j'en aurais également 
avec cols rabattus et cravates. 

En ce qui touche au yachting, la question du costume 
est plus simple encore et l'uniforme est de rigueur 
pour ainsi dire. Seules deux couleurs sont ad- 
mises, le blanc des nuages et le bleu des flots. 
Blanches ou bleues, Mesdames, vous ne pouvez 
paraître autrement sur le royaume d'Aphrodite. 
Donc arborez ici des costumes de flanelle, de 
lainage, de ratine ou de serge, que vos jupes soient 
plates et droites, vos jaquettes sobres et nettes, 
que sur vos têtes charmantes se pose la casquette 
du yachtman ou le feutre blanc agrémenté d'un 
voile de mousseline, que si le vent s'élève, un 
grand manteau descendant jusqu'à terre vienne 
vous protéger contre ses attaques, enfin qu'autour 




2 83 



de votre chemisette vous ne manquiez pas de porter 
gravés sur une ceinture de daim blanc le pavillon et la 
devise de votre bateau. 

Bon! j'oubliais le golf! — Dieu sait pourtant qu'il 
occupe une belle place dans nos occupations modernes. Je 
ne parle point ici de la tenue d'hiver, des lourdes bottines 
clouées, des hautes guêtres, de la jupe en épais « Scoth 
tweed » alourdie par une bande de peau dans le bas, en 
prévision de la boue. Ce à quoi je veux faire allusion, c'est 
aux modes estivales, à la jupe toujours simple et toujours 
de même forme, avec ou sans poches, en serge blanche ou 
bleu marine, à la blouse tailleur, ample aux entournures, 
au col souple et rabattu, à la cravate de nuance vive, aux 
souliers jaunes, enfin au rustique petit chapeau de paille 
déniché dans une vitrine de Bond street. 

Pour les hommes une seule tenue, le « Norfolk ». Et 
songez, je vous prie, à toutes les formes dont est susceptible 
ce vêtement magique. Dois-je vous dire qu'un brodequin 
n'est point tolérable avec des culottes, que 
la guêtre à mi-jambe et le soulier s im- 
posent naturellement et que de toute né- 
cessité la culotte doit affecter les allures 
d'une culotte de cheval? D'aucuns, je le 
sais, ont naguère adopté la culotte franche- 
ment bouffante; mais ceux-ci, passez moi 
l'expression, m'ont toujours eu l'air de 
zouaves « à la manque ». Et d'ailleurs ne 
donnent-ils pas comme excuse qu'ils trou- 
vent cette mode plus « pratique » ? Allez donc 
avec de pareilles gens discuter d'élégance ! 

Roger BOUTET DE M.ONVEL. 






Un Chapeau de ruban pour l'été 

Modèle Charlotte HENîMRD 



LA MODE ET LE BON TON 



T es agents de police de Rochester, nous 
dit-on, sont préposés à l'examen minu- 
tieux de toute femme se risquant dans les 
rues, afin de sévir contre l'excentricité ou- 
trée des jupes collantes et plus... fendues; 
contre les blouses transparentes etc., etc. 

Qi nos Chambres s'avisaient d'une pareille 
mesure, il faudrait ne plus voir au- 
cune femme dans nos rues avant le temps 
que toutes elles mettraient à se refaire une 
garde-robe, attendu que de la plus modeste 
à la plus somptueuse parmi nous, toutes 
adoptent en plein jour, des transparences et 
des collants tels, que c'est à se demander si 
parfois elles ne perdent pas la raison. 

IPj) 'abord l'été venu leur a fait porter des 
robes de mousselines sans fond de jupe 
ni jupon, et le soleil malin s'amuse à mon- 
trer en transparence les plus jolies jambes 
et un peu plus, à moins que ce ne soit le 
tout très vilain. . . Mais le délicieux de l'in- 
conscience féminine, c'est que du moment 
qu'une chose est à la mode cela suffit pour 
que les femmes l'adoptent, sans s'arrêter 
une seconde à l'idée qu'elles ne sont peut- 
être pas faites pour cette forme ou cette 
couleur. 

(f^)n se décolleté, on montre ses jambes, et 
cela même si l'on est grand'mère, bos- 
sue ou bancale, surtout si l'on est tout cela 
réuni. Aussi, parfois, quand de sang-froid 
on regarde, assis à l'écart, évoluer toutes les 
femmes d'une réunion sélect, on a un peu 
l'impression d'être en Chine où, à l'heure 
actuelle, paraît-il, on copie et on porte, unis 
aux modes asiatiques, les modes europé- 
ennes, comme par exemple la blouse décol- 
letée et le panama. 

Ce qui n'empêche pas que nous voyons 
toujours et malgré tout de jolies choses, 
comme le surplis de dentelle blanche sur 



fond noir, qu'on porte presque uniformé- 
ment, avec la barrette de velours noir de 
M. le Curé, mais une barrette que dans sa 
folie des grandeurs, l'abbé a piquée d'un 
paradis gigantesque placé juste au milieu 
du fond... 

(0)n porte aussi d'adorables vestes en toiles 
de Jouy claires et éclatantes, que 
tachent, anomalie charmante, des revers de 
putois ou de zibeline ! Ces vestes sont de 
plus en plus lâches, et de basques inatten- 
dues, coquillées, repliées, plus longues der- 
rière que devant. Dans tous les tissus elles 
seront traitées de la même façon; de leurs 
basques accidentées tombent parfois une 
sorte de voile de tulle noir haut de o m. 25, 
qui vient, sait-on pourquoi? protester contre 
le scandale de nos robes trop décolletées... 
symbole charmant, avouez-le. 

|T e soir nos jupes se dégagent de plus en 
plus, mais nos corsages se voilent par 
contre vers les épaules, non seulement de 
tulle mais parfois de renards, ces renards 
d'une contrée inconnue et merveilleuse, où 
les habitants des forêts ont des toisons roses 
et bleu pâle. A la soirée des Mortigny au 
Théâtre des Arts, l'assistance gratin étalait 
dans les loges un scintillement digne d'un 
lundi à l'Opéra. N'est-ce pas adorable que 
ce grand col de crosses noires, arboré par 
une suprême élégante, sur un manteau — 
houppelande en brocart blanc? Le même 
soir une blonde et poétique artiste mondaine 
portait une sorte de mentonnière de perles 
et brillants, rattachée aux oreilles, et rete- 
nant juste sous le menton, un délicat pen- 
dentif de brillants... Voilà du nouveau, si 
tant est que nous renonçons aux colliers de 
chien; avec cette mentonnière nous nous 
croirons moins nues... l'illusion, c'est si 
beau ! 

NADA. 



2 86 




DEUX COSTUMES DE SPORT 

Coupe rationnelle, choix judicieux des étoffes et des 
coloris, telles sont les bases de l'élégance sportive. 



Modèle JAMES g£ C° 



287 



EXPLICATION DES PLANCHES 



PI. I. — Manchons d'été pour la promenade, l'un est fait de fleurs de soie, l'autre brodé 
en laine. 

PI. II. — Cette robe de plein été est de mousseline imprimée rattrapée de place en place 
par des rubans de taffetas. 

PI. III. — Robe pour la mer faite d'une Veste de drap bleu sur une jupe de toile bise. 
Le chapeau est en toile cirée. 

PI. IV. — Deux robes de Dceuillet. L'une est en crépon de soie imprimé et brodé, l'autre 
est en lingerie. 

PL V. — Manteau de Doucel en soie moirée rattaché sur le côté par un boulon de passe- 
menterie portant trois glands de soie sur des ganses inégales. Un empiècement de soie claire est 
Visible sous le col. 

* 

PI. VI. — Robe de Paquin en crépon blanc brodé de bleu. 

PI. VII. — Manteau de drap de soie par Paul Poire t orné de broderie de couleur 
et doublé de satin. 

PI. VIII. — Robe d'après-midi de Redfern en tulle athénien, une plaque de Vrai corail 
retient la ceinture. 

PI. IX. — Robe de W'orlh pour les courses en damassé blanc. La tunique est en chiffon 
blanc, le corsage forme ceinture sur la tunique avec deux pans rattachés dans le dos. 



PI. X. — Petite robe de Chéruit pour l'après-midi en crêpe romain. La ceinture est en 
faille gris argent. 

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Imp. G. Kadar. Lucien Yogel, Directeur-Gérant. 






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V 



A maison où Flore passe l'été n'est pas loin de Paris. 

Elle se trouve dans un petit vallon aux lignes légères, 
qu'anime un frêle cours d'eau ; et, de la terrasse, on voit 
un couvent où sonnait encore, voici quelques années, une 
cloche janséniste. 

De cette maison, où elle vit depuis l'enfance, Flore est 
maintenant l'hôtesse. Elle y vient s'installer dès le début de 
juillet, et, avant que ses amis, ses relations, aient quitté 
Paris, elle organise là des réceptions qui sont courues. 

On y fait bonne chère, et les allées du jardin sont com- 
binées de telle sorte que les apartés y sont pratiques et 
sans danger. L'hospitalière propriété de Flore a facilité 
plus d'un début d'aventure. Souvent les dîners s'y donnent 
par petites tables, sous un quinconce de tilleuls dont les 
fleurs mûres tombent sur les nappes en tournoyant à la 
façon des parachutes. De douces petites lampes roses y 
caressent faiblement les joues des femmes, et les rapides 

289 




notes du cyba- 
lum tzigane y 
pointillent l'om- 
bre comme mille 
étoiles sonores. 
C'est là que l'on 
vide langoureu- 
sement les cup.s 
au chablis , et 
que l'on écrase, 
sur leur lit de 
sucre, les fraises 
énormes; là qu'on 
lit, à l'heure où 
le chant de la 
chouette com- 
mence, dans les yeux gagnés par le plaisir, les vagues 
paroles de promesse. Passé minuit, les autos viennent 
gronder dans la cour, et l'on regagne Paris, frileusement 
rapprochés au fond de la voiture, coupant dans la course 
les odeurs touffues que dégagent, allant vers les Halles, 
les chars remplis des maraîchers. 

Plus tard, en Août et Septembre, il faut s'efforcer à 
être invité par la charmante Frédérique. 

Là, on vient avec sa malle et son domestique. C'est au 
fond de la Lorraine, dans un château gigantesque, où il fait 
délicieusement frais. On peut, de sa fenêtre, qui semble 
percée dans un matelas de lierre, jeter la bande de son 
journal, roulée en boulette, sur le miroir terni des douves. 
On y est très peu surveillé. On a le loisir d'aller lire, 
dans la forêt, quelques volumes de Saint-Simon ou des 



290 



mémoires d'outre-tombe (l'été, on a le temps!) Presque 
chaque jour, vers le soir, paraissent les officiers de la 
garnison voisine qui trouvent là un billard, de la bonne 
eau-de-vie, et des flirts chastes. 

On peut aussi aller passer quelques jours, armé de 
courage, chez la très noble Bertile. 

Ergaste n'y partait point, jadis, sans emporter une petite 
malle de provisions ; et il cachait au fond de son armoire, der- 
rière les faux-cols et les cravates, des boîtes de conserves et des 
pots de marmelade. Aussi, vers dix heures du matin, et après 
minuit, se rendait-on chez Ergaste, où l'on dégustait les 
prunes de Tanrade et les jambons de Ferrari avec la gour- 
mandise de personnes réduites au veau fibreux et aux hari- 
cots racornis que l'on distribue chichement chez Bertile. 
Mais, durant ces repas faméliques, chaque convive a derrière 
soi un laquais en 
culotte ; et, par- 
tout, il y a des 
couronnes, jus- 
que là où le roi, 
dit-on, n'allait 
pas en voiture. 
D'autres «vil- 
légiaturistes » 
préfèrent à la 
miteuse pompe 
de Bertile le sim- 
ple et souriant 
accueil que l'on 
reçoit chez Mi- 
randa. 




291 



La villa de Miranda est toute petite, et quand les bruits 
du jour se sont tus, on entend parfois, le soir, le son du 
piano sur lequel rêve la fille du voisin. Mais Miranda est 
jeune, belle, et tous ceux qui vont chez elle sont amoureux de 
sa jeunesse, de sa beauté. Elle porte des « déshabillés » 
qui font qu'elle ressemble à une fée, à une nymphe, à une 
reine. Et reine aussi est sa cuisinière. Tu ne saurais imaginer, 
lecteur, quels repas on fait chez Miranda! Chaque plat est 
un tangible miracle; et à toute heure du jour, on te donnera, 
si tu la demandes, une des innombrables boissons glacées 
qui font, de l'office, un tabernacle rempli de liquides trésors. 

Oui, chez Miranda tu goûteras le plaisir de vivre. Tout 
le monde te sourira : les accortes servantes, les filles du vil- 
lage et Miranda elle-même, qui est pareille à une pêche, 
et qui semble avoir pris pour elle tout le soleil de l'espalier 1 

J.-L. Vaudoyer. 





Chère Madame, 



r^'EST très amusant : on y déjeune à merveille, on y goûte 
aussi bien qu'à la place Vendôme, et l'on y porte le cos- 
tume le plus charmant du monde. Je sais bien qu'il y a des 
ombres au tableau : d'abord il faut se lever de bonne heure ; 
ensuite, en dépit des autos, il faut marcher — oh ! pas 
beaucoup, rassurez-vous, — et parfois dans des chemins mal 
entretenus ; enfin il peut arriver qu'à la chasse on soit 
mouillée par une ondée... En revanche on y gagne le droit 
de dire le lendemain, en visite : « Qu'est-ce que 
vous avez fait hier, ma chère? Moi, je chassais 
en Bourgogne... » Et cela marque très bien, je 
vous assure. Au total, croyez-m'en, la chasse est 
un plaisir de choix. 

Mais, dites-vous, c'est difficile... Eh bien, 




293 



pas du tout. Certes, jadis, il était malaisé de remplir son 
carnier, — au temps où Ton chassait encore « devant soi » . 
On partait au fin matin, à l'heure où la rosée brille encore 
sur le gazon et où la vie est légère comme une robe de 
tulle ; on marchait longuement dans les champs ; on ne tuait 
quelques perdreaux qu'après en avoir approché plusieurs 
compagnies grâce à des ruses d'apaches, et il fallait mon- 
trer de l'adresse pour mettre un lièvre dans la gibecière 
du porte-carnier... Mais ces temps-là sont passés. A 
présent il suffira que vous attendiez, confortablement 
installée, que le troupeau discipliné des bouquins et des 
hases s'avance vers vous : les rabatteurs sont là pour 
servir à quelque chose, n'est-ce-pas? Grâce à leurs soins, 
les faisans à leur tour marcheront en bataillons serrés sur 
la ligne des chasseurs; c'est un magni- 
fique spectacle que ce pas de charge. 
Mais ne craignez pas pour votre vie : à 
distance congrue, ces aimables bêtes 
prendront leur vol; élevées à grands frais, 




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294 



elles savent ce que le devoir leur impose. A ce moment, 
vous épaulerez et vous tirerez en l'air, par prudence, à 
cause des rabatteurs. Peu importe que vous touchiez ou 
non votre but : soyez tranquille, vous n'en trouverez ni 
plus ni moins de gibier dans la bourriche que préparera 
pour vous le garde chef. 

Et en somme il est bien clair que la qualité la plus essen- 
tielle, pour une tireuse, c'est de n'avoir pas peur des coups 
de feu. J'ai connu une charmante jeune femme qui ne 
se pouvait tenir, à chaque décharge, de se boucher les 
oreilles des deux poings : cela ne laissait pas de lui rendre 
difficile le sport de la chasse. Comme c'était une personne 
énergique, elle parvint à se corriger en fréquentant les tirs 
de la foire de Neuilly; elle fait aujourd'hui l'un des prin- 
cipaux ornements de nos battues... 




295 




Chère Madame, ne prenez pas ce que 
je dis tout à fait au pied de la lettre. Il 
ne vous suffira pas, vous le devinez, d'en- 
tendre sans frémir le fracas de cet ins- 
trument redoutable et catapultueux qu'on 
appelle un fusil de dame pour être une 
chasseresse accomplie, et vous sentez qu'il 
vous faudra d'autres qualités encore. 

Et d'abord pensez-vous chasser comme 
il convient si vous n'avez point d'appétit? 
Rien de plus attristant, je vous en avertis, 
qu'une sportswoman qui déjeune mal, à 
qui les sandwichs font peur, et qui ne 
s'entend pas à vider proprement 
quelques verres de porto. Et si, 

grâce à Dieu, les mines trop pâles ne sont plus à 
la mode, même au bal, songez qu'elles sont lugu- 
bres à la campagne, chère Madame, je vous prie. 
Autre qualité nécessaire : entendre sans souf- 
frir visiblement les plus interminables histoires de 
chasse. Souvenez-vous que vous devez écouter 
sans bâiller, même le plus petit coup, ces mes- 
sieurs échanger leurs vues sur l'acclimatation des 
lièvres de Bohême et l'élevage des faisans de 
Mongolie, et cela dans le temps que vous rêve- 
riez le plus volontiers à votre prochaine robe ou 
au tendre mérite de votre spirituel ami. 

Enfin — et surtout — il y a le costume... 
Ah! chère Madame, qui saura chanter la 
beauté des costumes de chasse? Il en est qui, si 
vous avez tant d'esprit que d'être brune, vous 




296 




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feront pareille à ces romantiques jeunes 
femmes qu'a célébrées Woodnorth qui 
laissent les hommes pâles à jamais. 
Blonde (et vous l'êtes, je présume, selon 
la règle), c'est près de leur rude tissu 
que vos cheveux prendront tout leur 
prix. Rousse, le marron de votre homespun 
vous rendra tout entière de la couleur 
qu'ont les feuilles à l'automne. Seriez- 
vous châtaine? qu'à cela ne tienne : 
teignez-vous... On ne décrit pas des habits 
pour chasser. Je voudrais seulement atti- 
rer votre attention sur quelques points 
importants. 

Et j'entends premièrement que l'étoffe 
de votre costume soit 

rude et solide pour résister aux ronces, 

chaude pour protéger du froid, et serrée 

pour qu'à l'occasion vous ne soyez pas 

trop mouillée par la pluie. Car il convient 

qu'un costume de sport soit rustique, 

même ne le dût-on jamais revêtir que pour 

aller au Bois. 

Secondement il faudra que votre jupe 

soit plissée ou fendue sur le côté, très 

courte aussi, parce 

qu'il est nécessaire 

que vous puissiez 

courir, franchir une 

haie, ou sauter un 

fossé. Et même si 





297 





vous n'avez qu'à suivre des allées ratissées, 
du moins faut-il que vous soyez vêtue 
pour, au besoin, le pouvoir faire. 

Troisièmement, votre chapeau et vos 
bottines. Le premier sera conçu de telle 
sorte qu'il puisse supporter sans trop souf- 
frir les injures du ciel. Pour les 
secondes, il faudra que, les ayant 
aux pieds, vous 
puissiez mar- 
cher; je n'en dirai 
pas plus : c'est là 
tout un programme, 
en efïet. 

Et quant au reste, 
chère Madame, voyez 
vous-même, puisque je 
suis au bout de la 
page... A propos, n'ou- 
bliez pas votre fusil. 
Jacques Boulenger. 








amazone: 



« Aujourd'hui nos amazones portent une large casquette 
à gland, des manches bouffantes, une ample jupe flottant 
au gré du zéphir. Montées sur leurs coursiers légers, elles 
daignent s'arrêter parfois devant lé perron de Tortoni ou, 
pour se conformer à la mode, font halte sous les fenêtres 
du club des jockeïs. Mais bientôt, gagnant les Champs- 
Elysées, on les voit qui s'élancent, cravache au poing, à 
travers les solitudes du Bois de Boulogne afin d'assister aux 
exploits et paris de nos modernes sportsmen. » 

Ainsi parlait un chroniqueur d'autrefois, à l'époque des 
triomphes hippiques de lord Seymour et de Monsieur de 
Normandie, au temps où « en pantalons de nankin et bottes 
vernies, avec l'habit de cheval, les éperons et la petite 
canne à pomme d'or», les fashionables s'en venaient chaque 
soir jeter un coup d'œil chez Franconi. Années divertissantes 
entre toutes que ces premières années d'engouement sportif. 
Quelles attitudes avantageuses ils ont donc ces gentlemen- 
rider de la monarchie de Juillet, avec leurs toques enfoncées 
jusqu'aux yeux et leurs florissants colliers de barbe, surtout 
quelle mine désinvolte, quelles allures pimpantes et garçon- 



299 




nières cliez ces amazones contemporaines du 
roi-citoyen! Enfin, comme déjà tout cela paraît 
loin! Sauf à l'occasion du Mardi gras, je ne vois 
pas en efifet que nous rencontrions beaucoup de 
belles dames chevauchant le long des boulevards 
et les allées du Bois ont insensiblement perdu 
leur aspect solitaire. On a de même abandonné 
les manches bouffantes et la casquette à gland — 
il faut en prendre notre parti — et les jupes s' en- 
volant « au gré du zéphir » ne sont plus davan- 
tage au goût du jour. 

En 1913, on porte une amazone de drap un 
peu lourd, grise, noire ou bleue, parfois gros vert. Encore 
faut-il qu'on ne s'aperçoive qu'au soleil de ces deux der- 
nières couleurs tant elles doivent être foncées. On y joint 
des bottes vernies, un haut-de-forme et tout cela, si clas- 
sique et si simple que cela puisse 
être, n'est pas mal. On a droit cepen- 
dant d'y apporter quelque fantaisie 
en adoptant par exemple l'amazone 
à carreaux sur laquelle se détache un 
mouchoir de soie aux couleurs écla- 
tantes et que l'on complète par un 
chapeau rond noir et gris. J'opterais, 
ce me semble, pour le gris et j'en dirais 
autant du haut-de-forme qui, fort élé- 
gant en soie noire, n'a pas non plus 
mauvaise grâce lorsqu'il est de nuance 
claire. Enfin, si j'étais Monsieur de 
la Palisse, je conseillerais de renon- 
cer une fois pour toutes au petit 




3oo 




voile gaze de voltigeant, décidément passé de mode, non 
moins qu'au feutre empanaché, cher à Walter Scott et 
aux jeunes personnes romanesques. De même, je conseillerais 
de porter les cheveux très 
serrés autour du chef. 
Une grosse tête ne fut 
jamais un objet de séduc- 
tion, mais à cheval autant 
dire tout de suite que 
c'est un cauchemar. D'au- 
cunes tordent leurs che- > 
veux, les relèvent en M 
dégageant la nuque et les 
emprisonnent sous le cha- 
peau. Pourtant — affaire de goût personnel — je garde 
pour les chignons bas une secrète préférence et quant 
aux cheveux nattés en queue de postillon, c'est un usage 
dont j'abandonnerais défi- 
nitivement le privilège à 
Mlle Carmen de Remire- 
mont, des Folies d'Antin, 
laquelle depuis peu s'ap- 
plique à promener aux 
Poteaux un quadrupède 
docile et centenaire. 

Voici donc pour la 
tenue de ville. Ailleurs, 
libre à vous de donner 
cours à votre imagination. Nonobstant — ceci dit entre 
nous — je persisterais à laisser de côté brandebourgs et 
passementeries; mais si la tenue la plus ordinaire est, 




3oi 



comme vous le savez, l'amazone kaki avec les bottes jaunes 
et le canotier, il me semble que d'autres combinaisons auraient 
bien également leur saveur. Au lieu du kaki on pourrait 
de la sorte arborer le gris poussière avec un col de velours 
vert bouteille, ou ventre de biche ou bleu de roi. Les che- 
viotes de nuances mélangées sont de même charmantes et 
rien n'empêche que les revers de votre jaquette laissent 
percevoir un gilet blanc ou souris enrayée, cheveu de la 
reine, ardoise, etc. Q- ue diriez-vous, je vous le demande, 
d'une amazone bleu gendarme, collet de velours vin de 
Bordeaux, ou encore d'une jupe vert myrte, d'une jaquette 
pain brûlé, d'un gilet « marié de village » en toile bleue semée 
de fleurettes? 

Enfin certaine aimable créature, laquelle m'honore de 
sa confiance, a bien voulu me 
révéler ses projets pour le mois 
d'août qui vient. Figurez-vous une 
culotte, une veste, une jupe en 
tissu croisé blanc, sorte de tussor 
à grains un peu frustes et ne 
déformant pas. La jupe très courte 
en forme de tablier, les bottes de 
daim blanc et le chapeau rond fait 
du même tissu et donnant légè- 
rement l'impression d'un casque 
colonial. Figurez -vous aussi le 
même costume en toile écrue avec 
bottes jaunes ou bien encore la 
veste de tussor et la jupe bleu 
marin. 

Il va de soi qu'en pareil cas 





3o2 



la seule chemise possible est la chemise d'homme avec 
boutons de nacre, s'arrêtant juste aux reins, la seule cra- 
vate mettable le plastron de piqué blanc, qu'il importe de 
ne point la fixer par autre chose que par une simple épingle 
de nourrice en or, qu'une voilette n'a pas le sens commum, 
que votre stick ne doit point ressembler à un bâton de 
chef d'orchestre (arrangez-vous) et que si par hasard vous 
aviez le malheur d'exhiber la moindre perle ou pierrerie, 
vous seriez une femme qui vraiment a bien peu souci de 
sa gloire. 

Equipées de la sorte, il ne vous reste plus, Mesdames, 
qu'à monter à cheval. Il en est parmi vous, je le sais, qui 
montent pour leur plaisir et qui aiment ça pour de bon ; 
mais il en est d'autres aussi qui se bornent à monter par 
genre et sont très malheureuses une fois 
juchées sur un quadrupède. Avec les 
premières, inutile, Messieurs, de vous 
mettre en frais d'imagination, ces dames 
sont toutes à la science équestre et ne 
vous répondront invariablement .que par 
monosyllabes; quant aux autres, libre à 
vous de leur conter fleurette, mais j'évi- 
terais à votre place de leur dire en manière 
de compliment que « ce matin leur cheval 
est un peu vif, un peu vert », car aussitôt 
elles changeront de couleur et seront 
prises d'une atroce envie de pleurer. 
J'en connais également qui montent par 
réclame, celles-ci de plus en plus nom- 
breuses et préférant en général le pas 
au trot. Autres signes distinctifs : beau- 





3o3 



coup de rouge aux pommettes, beaucoup de noir aux yeux 
et de fausses perles en guise de boucles d'oreilles. Neuf fois 
sur dix elles exhibent un animal répondant au nom de Kroumir 
ou de Sultan. Un écuyer les accompagne, morne et silencieux, 
ou bien un petit jeune homme, fraîchement échappé de sa 
pension, qu'elles traitent comme la boue de leurs bottes. 
Surtout n'oublions pas les femmes qui montent pour leur 
santé, celles-là redoutables entre mille, galopant à tombeau 
ouvert, esquintant leurs bêtes et bousculant sans pitié 
vieillards et enfants. Une telle monte pour maigrir, telle 
autre pour engraisser et naturellement qu'au bout d'un mois 
la première devient obèse et la seconde étique. 

Enfin j'ai ouï dire qu'il en est de nos jours qui montent 
à califourchon; mais là j'avoue mon incompétence et j'ignore 
quelles tenues singulières on peut bien adopter en pareille 
posture. 

Roger BOUTET DE M.ONVEL. 






/ > 



^. TOICI une mode nouvelle, un luxueux martyre, une rare 
douleur; les femmes s'y soumettront cependant de bonne 
grâce et feront même sans rechigner le petit voyage qu'il 
faut accomplir pour aller trouver au loin l'artificieux 
bourreau. 

Car c'est en Angleterre, nous dit-on, que travaille ce 
raffiné plein de sauvagerie qui, sur des visages féminins, 
collabore avec le Créateur et ajoute, à une beauté impar- 
faite, le caractère et le style qui lui pouvait manquer. 

Mesdames, il s'agit de vos sourcils. Flaubert les 



3o5 




comparait à deux arcs de triomphe 
sous lesquel un double soleil se cou- 
che; pour les poètes chinois ils res- 
semblent à une hirondelle dans son vol. 
Mais, ces nobles arcs de triomphe, cette 
volante hirondelle, se détachent parfois, 
sur le tendre ciel des fronts, d'une 
façon qui pourrait être plus en 
harmonie avec les autres traits de la figure. Buffon l'a écrit 
dans son Histoire Naturelle, à la page 288 du tome IV : 

« après les yeux, les parties du visage 
qui contribuent à marquer la physio- 
nomie sont les sourcils ». Aussi quelle 
désolation, jusqu'à hier sans remède, 
lorsque ces importants, ces capitaux 
sourcils contredisent, par le défaut 
de leur courbe, ce qu'exprimerait 
si victorieusement, sans eux, un 
regard ravissant, un ineffable sourire ! 
« Corrigeons la Nature I » s'est dit le 
génial inventeur anglais. Et, ayant conçu, il installa 
et ouvrit un atelier-laboratoire. 

Maniant avec une patience de 
Danaïde les plus minutieux outils, cet 
homme, d'abord, enlève, des visages qui 
se confient à lui, les sourcils mal placés ; 
puis, avec une mystérieuse matière, 
dont il garde le secret, il peint, sur ce 
visage nu, de nouveaux sourcils, à 
l'exact endroit où ils auraient dû être. 
Ce travail est fait de telle sorte qu'on 





3o6 




ne le peut soupçonner et, grâce à lui, 
la femme la plus exigeante, la plus 
chimérique peut réaliser son idéal de 
beauté. 

Car toutes, celles au cœur 
sincère et celles à l'âme fausse, au 
moins une fois dans leur vie, ne 
seront pas contentes de ces sourcils 

qui, pour les unes, cachent ce qu'elles voudraient dire, 
et, pour les autres, avouent ce qu'elles voudraient cacher. 

Voici un visage où tout est majesté, 
calme et domination; la bouche à l'air 
ferme et volontaire, le nez à l'impé- 
rieux aquilin, l'œil aux profondeurs 
sévères : seuls dans ce visage de Judith, 
les sourcils remontent vers les tempes, 
de l'air le plus malin et le plus éveillé; 
de vrais sourcils pour Lisette, dans 
le répertoire. Ces sourcils gâtent la 
vie de la fière Judith et privent de 

toute efficacité son pouvoir d'enchaîner. Elle lait changer 
ses sourcils; on lui en met de noirs et longs, un peu rap- 
prochés, comme ceux d'Othello et du 
commandant Marchand, et Judith n'a 
plus, alors, qu'à paraître pour régner. 

Cette autre a un tendre ovale : 
bouche fine et douce, nez discret aux 
ailes sages, regard plein d'un innocent 
azur; les sourcils sont aussi innocents, 
aussi fins, aussi sages que la bouche, 
le nez et le regard; aussi la malheu- 





3oj 



reuse propriétaire de ce tendre ovale est-elle, dans l'existence, 
sans protection et sans défense. Combien de fois ne fut-elle 
pas victime de ce faible cœur que décèlent si bien ses sourcils ! 
Quelques séances chez le spécialiste, et la brebis, dorénavant, 
échappera aux loups. Grâce au masque étroit et fallacieux 
qu'on lui aura peint au dessus des yeux, et qui voudra dire 
dédain, cruauté, sang-froid, elle pourra éviter les pièges 
qu'on ne pensera plus à lui tendre, trompé qu'on sera par 
d'aussi significatifs sourcils. 

Enfin les femmes qui n'ont aucune expression, ni de 
duperie ni de franchise, pourront faire succéder sur leur 
visage, si leur courage est à répétition, tous les sentiments 
qui, selon l'usage, doivent se succéder dans un cœur que 
l'amour cherche, trouve, approche, assiège, et finalement, 
vainct. Aussi faut-il que l'artiste es sourcils soit non seulement 
un dessinateur averti, mais encore un éprouvé psychologue, 
et qu'il ait à la disposition de ses clients des jeux de sourcils 
plus ou moins étendus selon que le temps fait, défait, ou, 
au contraire, trahit, et rend aussi, la force de résistance 
d'un cœur, qui facile aux surprises, pourrait se laisser 
prendre trop tôt, et dirait « oui » alors que les sourcils, 
au dessus des yeux consultants, répéteraient dans leur muet et 
fixe langage : « Mais, Monsieur, à quoi pensez-vous! Non, non, 
non ! » 

Galaor. 




LA MODE ET LE BON TON 



CE Q.UI NE SE FAIT PLUS... 



TD ien de ce qui se fait jusqu'à présent, 
si nous parlons de l'élite des femmes, 
car parmi ces dernières il y a celles qui 
sont élégantes, suivant la mode dans ce 
qu'elle a de plus nouveau et de plus 
saillant, et il y a les autres, allant au- 
devant de ce qui se fera, s'ingéniant 
même avec le couturier à créer la 
mode de demain. 

(f~c sont celles-là qui ne voudront plus de 
ceintures odalisques sur leurs robes 
de l'automne, pas plus que des manteaux 
bridés du bas; celles-là encore, qui ne sau- 
tilleront plus comme les moineaux parisiens, 
les chevilles réunies dans une jupe trop 
étroite, mais qui, au contraire, porteront 
des robes à volants s'amplifiant du bas. 
Ce sont elles qui ne s'affubleront plus du 
petit sac, mais n'emporteront que le joli 
nécessaire d'or enrichi de pierreries. Elles 
ne donneront plus l'impression d'un Botti- 
celli mais plutôt d'un Goya ou d'une Cctsti- 
gllOîie à l'heure du succès. 

T eurs chapeaux s'agrandiront, mais elles 
s'en réserveront de tous petits, co- 
casses et inattendus, pour le jour où 



toutes les autres en arboreront d'immenses. 
Leurs souliers ne seront plus courts et 
carrés du bout ; elles dédaigneront de 
plus en plus le bas noir. 

IRlles se lasseront des dessous collants 

que dessine le maillot de soie, comme 

elles se lassent, dès à présent, des longs 

enveloppements entièrement en fourrure. 

Algérie et Tunis ne semblent plus leur 
seul objectif; d'autres contrées et 
d'autres époques occuperont leur idéal. 
Sera-ce la Chine, le Japon ou la Perse? 

\7ous croyez sans doute, à l'heure où 
vous confiez au fourreur la garde de 
vos riches toisons, que maigre sera pour 
l'hiver prochain votre volumineux tam- 
bourin ; vous le regardez avec pitié, es- 
comptant déjà tout le surplus qu'il vous 
faudra donner pour l'augmenter. . . attendez 
et ne dites rien. Votre surprise sera grande, 
quand au retour, à l'automne, vous ne 
trouverez presque rien de la mode en l'état 
où vous l'aurez laissée, pas plus les four- 
rures que le reste. Pourvu que cette mé- 
tamorphose ne s'étende pas jusqu'aux gens ! 



CE QUI SE FERA... 



lT\)es tissus merveilleux inspirés de l'Inde, 
pour les réunions à tralala, ils seront 
portés en longs fourreaux dorés ou fanés 
comme les voiles de Thaïs, mais riches 
toujours de leurs dessins ou de leurs bro- 
deries lourdes. 



| es tissus unis seront souples et brillants 
comme une eau reflétant le soleil ou 
les arbres ; ils seront drapés en paniers de 
la Pompadour, ou enroulés comme les 
voiles grecs, mais ne tomberont jamais 
simples et droits, parce que la mode qui 



3oo, 



vient à nous, apporte en son bagage mille 
complications de garnitures. Nous repren- 
drons à l'école romantique ses volants et 
ses berthes, tandis que les toiles de Win- 
terhalter inspireront plus d'un de nos 
atours. 

j[ es effilés soyeux, les passementeries et 
les tulles brodés, dont 1880 s'affubla, 
nous montreront que la roue éternelle ne 
s'est pas arrêtée de tourner ; aussi ce sera 
pour nous une leçon, car nous mettrons 
alors précieusement de côté toutes les 
splendeurs exquises des dernières saisons 
en attendant que la fantaisie les rappelle 
comme nouveauté sensationnelle... d'ici 
quelques mois. 

| e satin sera devenu un tissu à loul faire, 
et nous trotterons menu, dès le matin, 
ainsi vêtues. Le tulle nous donnera toutes 
les garnitures de nos robes et de nos 
chapeaux, sans parler de la fourrure qu'il 
envolantera. 

Nos dessous redeviendront mousseux et 
flous, se laissant voir au moindre mouve- 
ment de la jupe ; les pieds seront pointus 



et fins; la jambe habillée de dentelle et 
de mousseline de soie, même au cœur de 
l'hiver. 

IDetits chapeaux et petits manchons 
allongés en forme de mirlitons ; bijoux 
partout et à toute heure; visage fardé jus- 
qu'à l'impertinence, rappelant les masques 
joyeux de Mrs Stanhope par Raynolds, 
et de Louise-Henriette de Lorraine par 
Nattier. 

Comme ces figures inoubliables, nous 
aimerons les fleurs artificielles, qui cour- 
ront en girandoles sur nos têtes et sur 
nos robes, sans que pour cela nous soyons 
en falbalas du soir ; mais non, simple- 
ment à l'heure du thé, au coin du feu, 
ou l'après-midi, quand il nous plaît de 
sortir, jolie sans l'ombre de spleen dans 
les yeux. 

T^Tous ne serons pas langoureuses et 
tendres ; nous serons d'humeur gaie, 
rieuses et bons garçons... le plus sûr 
moyen encore pour rester une femme 
exquise et désirable ! 

NADA. 



% + + + @ 




PETITS PANIERS 



1H) IENTOT, vendanges seront faites : 
hâtons-nous de causer paniers. 



"^^T «*o<îi 



Déjà l'allée de groseillers n'est plus 
bordée que de buissons creux, 
et du fond du verger les petits 
visages hâlés des poires épient 
la main qui les 
viendra cueil- 
lir... Un choc 
sourd vous a 
fait frissonner, 

tandis que, fuyant la fraîcheur du soir, vous quittiez votre 

banc préféré, celui d'où l'on découvre la campagne, à la 

lisière du parc. Ne vous retournez pas, c'est une pomme 

qui se suicide. A cette extrémité votre dédain la poussa : 

elle vous prenait pour Eve... 

Allons cueillir des fruits mûrs, c'est 

plaisir d'automne. Et pour notre récolte, 

préparons corbeilles et paniers. Un panier 

pourrait être la plus jolie chose du monde : 

l'osier fin, docile aux doigts qui le tressent, 

n'attend qu'un maître habile pour aller du 

galbe pur à l'arabesque capricieuse. L'osier 

fait ce qu'on veut, — il a même donné 

presque du génie, une fois, à M. André 

Theuriet, de l'Académie française. Et puis, 

est-ce que la vannerie, je vous le demande, 




3ii 




n'est pas le plus vieux des 
arts humains? Est-ce que le 
premier costume, lui-même, ne 
fut pas de feuillages tressés?... 
Oui, je sais bien que l'Ecri- 
ture affirme qu'ils cousirent ensem 
des feuilles de figuier. Qu'ils cou 
sirent . . . avec quoi ? avec i 
aiguilles ? avec quel fil ? Vous sentez 
bien qu'ils les tressèrent, n'est-ce pas ? 
Et je suis sûr que dès Je lendemain, 
au moment de gagner les champs 
qu'il devait dès lors cultiver à la 
sueur de son front, Adam se tressa 

de même un panier pour les œufs et les fruits de 
son déj euner solitaire . 

Oui, le geste du vannier a quelque chose 
d'instinctif. La première chose que sait faire un 
sauvage, après l'amour (et, mon Dieu ! peut-être 
avant) c'est une corbeille. Aussi paraît-il incom- 
préhensible qu'un art aussi facile, aussi fécond, 
soit demeuré en certains pays enlisé dans la 
routine au point de n'être qu'un vulgaire métier. 
C'est ce qu'il fallut constater chez nous jusqu'en 
ces derniers temps. Et je prévois, Madame, 
comme l'an dernier, vous nous confierez 
pour nos cueillettes des paniers 
lourds et disgracieux, dont les 
anses grossières nous laisseront 
des bleus aux doigts. 

Si vous n'aviez oublié un 





raffinement , sans doute 
imprévu, si vous aviez 
songé à montrer plus 
d'exigence à l'égard de 
votre vannier, ce villa- 
geois, soyez-en certaine, 
eût accompli quelque pro- 
grès. Mais vous ne lui 
avez rien demandé que 
des paniers, il a fait des 
paniers comme en fai- 
saient ses aïeux, sans 
ambition, sans fignolages. 
Il ne connaît point les vanneries hindoues, cet homme. Il 
ne sait pas qu'une corbeille n'a nullement besoin d'être 
épaisse et lourde pour être solide. Vous ne le lui avez pas 
appris. Vous vous êtes contentée de ce qu'on vous appor- 
tait... Ainsi, votre négligence a retardé l'épanouissement 
d'un art, et je me meurtrirai encore les mains, ce tantôt, 
en m' efforçant de porter sans faiblesse un gros panier brun 
où vos amies, avec des éclats de rire et l'esprit envahi 
de symboles, viendront déposer des fruits de 
pourpre et de bronze clair. 

Pourtant, on fait de très jolis paniers, à 
présent. Je ne parle pas des paniers de luxe, 
tels que cette corbeille doublée de satin vert, 
où dorment six grosses pelotes 
de laine soyeuse (vous les deviez, 
je crois, transformer en quelque 
merveille tricotée?) ni des pa- 
niers en moelle de rotin qui ont 



<"> 




5*3 



remplacé les cache-pots dans votre serre. Je parle des 
paniers d'usage. Un panier à œufs, un panier à fruits, la 
plus vulgaire corbeille d'osier peuvent devenir des objets 
charmants, si l'on prend la peine d'en méditer un peu 
la forme, les proportions, le lacis. L'osier teint, employé 
avec l'osier naturel, peut donner des combinaisons variées 
jusqu'à l'infini. Il y a aussi les garnitures qu'on peut ajouter, 
mais dont il convient de se montrer sobre. Ne serait-ce 
point une jolie amusette que de collaborer, durant quelques 
semaines, avec le vannier du village? Je ne dis pas qu'il 
en résulterait une renaissance de l'art provincial, — et après 
tout, faut-il souhaiter une renaissance de l'art provincial? 
Il n'est que trop facile de prévoir qu'elle aurait des consé- 
quences terrifiantes ; ce seraient dans les moindres hameaux 
des expositions, des salons, des concours, des discours, des 
palmes académiques et des chevaliers de la Légion d'honneur. 
Nos villégiatures s'en trouveraient bouleversées. Craignons 
de provoquer, par un apostolat trop zélé, une émulation aussi 
féconde en cataclysmes. Mais, si c'est possible, éveillons le 
sens du goût dans l'âme de notre vannier, et suscitons 
quelque ingéniosité dans son esprit. Une jolie corbeille ne 
doit pas être plus difficile à tresser qu'un panier quelconque, 
et ce sont là des choses qu'il nous appartient d'embellir. 

Emile Sedeyn. 






PETIT MANUEL DE LA CORRESPONDANCE 

LE ET 



L'Ecriture. — H y a quelques années, on se moquait ingénu- 
ment des pattes de mouches des lettres de femme, les écritures 
féminines étaient, en effet, minuscules... 

Mais tout est changé aujourd'hui. Nous avons plus 
de panache, plus d'allure et nos missives reproduisent les 
écritures gigantesques du XVII e siècle. Que n'ont-elles adopté 
leur tour délicat et charmant! 

Mme de Se vigne, Mme de Main tenon croiraient 
reconnaître la calligraphie de leurs contemporaines dans 
les immenses libellés de nos mondaines. La taille de 
l'écriture est couramment de 5 à 10 millimètres de haut 
par lettre et cette 

dimension est sou- '/ y ^ u^^ ^ £ m 
vent dépassée. S 

Les lettres de Mlle Polaire. 



&fr-t^)'t 



3i5 



Mme Lefèvre des Loges ont de 12 à i5 millimètres pour 
les minuscules, de 2 5 à 3o millimètres pour les majuscules 
et ce gracieux exemple est partout suivi. Mme la Comtesse 

^C^^y^^chz^a^ZJÛL^^ André de Fouquières. 

Henry Houssaye utilise une charmante écriture régulière, 
ordonnée aux jambages militairement alignés. Mlle Cécile 
Sorel, c'est la grâce impétueuse et l'envolée lyrique... On 
ne connaît que Mlle Polaire qui ait gardé une écriture 
microscopique, à peine haute de deux millimètres, et presque 
aussi menue que sa taille de guêpe... 

Papier à lettres : Format. — De pareilles écritures exigent des 
formats monumentaux. Finis les petits poulets, les madrigaux 
et les rondels! Le format courant à i5o à 200 millimètres de 
haut sur 90 ou i3o millimètres de large. C'est très respec- 
table. La 

_ TT TT oblong, très 

Comtesse Henry Houssaye. 

allongé 
ayant 175 à 220 millimètres de largeur sur une hauteur 
de i5o millimètres. Ces grandes feuilles sont pliées, en 
deux seulement, et insérées dans l'enveloppe longue, 
fermée sur le côté. 

3i6 





Quelques Parisiennes, Mme Cauche de Lacoste, 
par exemple, emploient des papiers pelure de très grand 
format, 2Ôo à 280 millimètres de haut sur 180 à 220 mil- 
limètres de large. Il faut ensuite plier ces feuillets trois fois 
dans le sens de la hauteur et les insérer dans une enve- 
loppe longue ayant juste la largeur désirée; c'est une mode 
anglaise qui n'est point sans chic. 

Variétés 
de papier. — 

L r a éprouv7 f*"- ^#4^*^ ^ ■ _ 

aujourd'hui ^^ grtï^JEP"/ A ^^^^^>C_i^^^^ 

les bristols 

massifs et 

les cartons • y 

épais; les pa- ^JU^l^S /&— ^2%^ ^^Z 

piers min- -, n , , T 

11 Mme Cauche de Lacoste. 

ces, les feuil- 
lets pelure sont seuls recherchés. Il n'y a plus guère 
que M.. Paul Vérola pour rester fidèle aux styles anciens 
et envoyer des missives pesant au mois 60 grammes. Il 
faut bien aimer ses amis pour consentir à de tels frais de 
port. 

Toutes les fantaisies sont permises dans le choix du 
papier, à condition de rester dans une note discrète. Les 
papiers " sang de bœuf ", " pain brûlé ", parfois conseillés, 
sont parures de chambrière. 





Mlle Cécile Sorel. 



3x 7 



On ne voit plus guère aujourd'hui sur les écritoires chics 
que des papiers de teintes atténuées descendant la gamme 
des mauves, des gris, des bleus pâles, des verts ou remontant 
les accords des marrons, des pailles, des crèmes. Le blanc 




Mme Lefèvre des Loges. 



lui-même, que l'on réservait pour la sévère correspondance 
d'affaires, conquiert ses titres de noblesse et nombre de 
jolies femmes l'ont adopté. Comme type de " grain " les 
japons, les vélins, les toiles, les crépons, les vergés sont 
les plus prisés. 

On décore ces variétés de papier de noms pompeux : 
Vélin royal Duchesse Anne, Marquis, Toile Impériale, Reine Didon, les 
Yioleïïes, Feuilles d'automne, Pensées fugitives, les Frimas, Premières 
Neiges, Myosotis, Cyclamen, Toile Marie-Louise, Trianon, Pompadour, 
Batiste des Flandres, Pelure Celtique... Mais tout cela, c'est de la 
littérature... 

L'enveloppe doit être au moins opaque ou, mieux, dou- 
blée, à l'intérieur, de papier de couleur pour la rendre 
absolument impénétrable aux rayons lumineux et aux curio- 
sités autrement pénétrantes de la domesticité. Le format 
très allongé, s'ouvrant sur le côté est le plus à la mode. 

Par genre, certaines élégantes recherchent les feuilles de 
papier, grand format, employées au XVII e siècle avant l'appa- 

3i8 



rition de l'enveloppe. On plie la missive en trois ou en six, 
on fait rentrer les deux bouts l'un dans l'autre et un admirable 
cachet de cire assure ensuite l'inviolabilité de la correspon- 
dance. Les raffinées utilisent pour ces lettres sans enve- 
loppes du papier de format de 270 millimètres. On peut 
même, au lieu de cacheter, coller le pli sur un côté comme 
Mme la baronne d'Haintereau. Ce curieux papier s'appelle 
du ' ' miralettres " . 

Les jolies femmes paresseuses — il y en a encore quel- 
ques-unes — rie s'embarrassent point de ces subtilités et 
adoptent les cartes-lettres, les cartes-correspondances ou les 
cartes-postales. 

Des cartes postales, fi-donc!... A moins que vous n'utili- 
siez en voyage des cartes illustrées il est défendu de songer à 
ces ridicules cartons. Notre bonne politesse française pros- 
crit également la carte-correspondance et la carte-lettre lors- 
que l'on écrit à son supérieur ou à une femme. L'étiquette 
exige que l'on utilise une feuille de papier double. 

Les cartes de correspondance se taillent en papier- 
carton assez résistant, les coins sont arrondis et dorés. 

Les cartes-lettres n'ont qu'une excuse : on les envoie 
à Paris comme pneumatiques. 

Pierre de TrÉviÈres. 

(A suivre.) 




■ EXPLICATION DES PLANCHES 



PI. I. — La jeune femme de gauche parle une robe de toile garnie de tulle; les trois fillettes 
sont Vêtues de toile avec fichus en foulard; la personne assise est en robe de crêpe de Chine; 
le médaillon, qui retient les plis du manteau en Voile de soie, est en ivoire incrusté; dans le fond 
une robe en lingerie et une autre en mousseline olissée avec tunique en dentelle et boléro en salin. 



PL II. — Costume d'equitatwn pour petite fille en corkscre^. Une jugulaire maintient le 
chapeau fait de quatre pièces de Velours. 

* 

PL III. — Robe de garden-parly en mousseline de soie plissée. 

PL IV. — Tailleur de Doucel en serge. Le smoking à col de Velours s'ouvre sur un gilet 
en linon. La guimpe est en dentelle blanche. 

PL V. — Robe de Paquin en cretonne à fleurs, garnie d'une ceinture de satin noir. 
PL VI. — Chapeau simule de Paul Poire t. 

PL VII. — Robe de Redfern pour l'été en tulle de soie athénien rouge et blanc. Boucle 
de corail à la ceinture. 

* 

PL VIII. — Cette robe de Worth est en taffetas à trois Volants Voilés de chiffon noir 
et bordés de Vrai Chantilly. 

PL IX. — Tailleur de Chéruit, pour la promenade, en pique de soie avec la blouse en mous- 
seline. 

PL X. — Robe de Dceuillel en Velours, avec ceinture de moire. La collerette est en linon. 
Imp. G. Kadar. Lucien Yogel, Directeur-Gérant. 




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LES GITES DES MANŒUVRES 




ES manœuves instruisent l'armée; du moins on 
le dit ; en tout cas elles sont un divertissement 
bien précieux à la campagne. On va voir les 
troupes ; au besoin on les gêne ; c'est que les 
Français ont le goût des choses militaires. Un 
de mes amis qui est officier d'artillerie remarquait aux 
manœuvres de Poitou une famille nombreuse qui ne man- 
quait pas d'errer aux alentours de sa batterie. Il fonça sur 
ces admirateurs: « Qu'est-ce que vous f. .. là? dit-il. F... le 




camp ! » Le soir il campait près d'un château ; il était 
recommandé aux B . . . , qui l'habitaient. Il fut invité et arriva, 
tout fleuri de politesse. C'étaient ses curieux du matin... 

A la ville, on se débarrasse des hommes à loger en les 
envoyant à des aubergistes. Mais, à la campagne, il n'en 
va pas ainsi. On reçoit les officiers à table et on les installe 
pour le mieux. Ils repartent à l'aube... Ces hasards font 
des dîners charmants. Car il n'y a rien de si agréable que 
des gens qui se voient pour la première fois. Les inconnus 
ne peuvent manquer d'être aimables, ou tout au moins 
plaisants ; et la vraie difficulté est d'assembler des amis de 
vingt ans, bien dévoués et bien sûrs, sans qu'ils se disent 
aussitôt les choses les plus désagréables. 

On se plaît à imaginer de surprenantes rencontres, et 
toute la littérature romanesque en est remplie. Une jeune 
femme ennuyée aperçoit sur la route, sous la pluie, un offi- 
cier qui chemine. Elle l'envoie chercher : il se trouve qu'il 
sert dans le régiment du mari. Voilà une comédie de 
Sedaine. — On peut supposer que le caprice des choses 
remette en présence, après vingt ans, des amoureux qui se 
sont haïs, ou qu'il fasse naître en un jour un nouvel amour. 




On peut supposer... Mais à vrai dire il n'arrive rien de 
tout cela. On sait pourtant qu'il pourrait advenir quelque 
chose. Chacun examine avec curiosité ces visages nou- 
veaux et étrangers : car chaque être est une curieuse énigme. 
On en parle trois jours, et on les oublie. On a reçu tout 
simplement des hommes très fatigués, et qui avaient terri- 
blement sommeil. Faut-il l'avouer? Beaucoup m'ont confié 
qu'ils préféraient une botte de paille dans une grange, où 
ils dormaient à poings fermés. Aussi ne saurait-on trop 
engager les personnes romanesques à rêver à leurs hôtes 
avant de les avoir reçus. C'est le plus sûr. C'est sous les 
traits d'un soldat, et un billet de logement à la main, 
qu'Almaviva essaya d'entrer chez Bartholo. Songez à lui, 
Rosine, derrière vos jalousies. 

La conversation a un tour classique, et laisse peu de 
place à l'imprévu. La maîtresse de la maison est encadrée 
de deux officiers supérieurs. Ils font l'éloge de la propriété, 
de la vue, des bois et du dîner. Chacun renchérit, et cela 
dure le temps de servir le potage et le poisson. L'entrée 
est généralement occupée par la liste des relations com- 
munes. L'un des officiers prend alors un avantage sur l'autre: 



3 2 3 




c'est celui qui a été en 
garnison dans le pays : 
il peut parler des chas- 
ses. Il n'évoquera les 
scandales qu'avec pru- 
dence. Cependant le 
rôti est apporté; pour 
rétablir l'équilibre, la 
maîtresse de la mai- 
son aborde un sujet 
d'ordre général : l'armée noire, l'aviation militaire, la loi de 
trois ans. Ses deux voisins prennent un air à la fois pro- 
fond, cordial et discret; il faut les prier un peu; puis ils 
se mettent à parler, à argumenter, à se quereller; et dans 
ce vacarme la fin du dîner arrive heureusement La soirée 
est courte. 

Cependant, au village voisin, à l'heure où le jour 
se perd dans la naissante nuit, les rues sont remplies 
de tumulte. Le bleu des capotes paraît à peine dans 
l'ombre des murs 
et du crépuscule. 
Mais çà et là des 
feux roses jettent 
des lueurs, et de 
grandes fumées 
s'élèvent sur le 
ciel couleur de 
rose. 

Henry BlDOU. 



M.% 






FOURRURES 

ET 

CHAPEAUX DE FOURRURES 



ttL est temps, ma bien chère, de songer 
aux fourrures. Certainement, répondez- 
vous, j'y pense. Bientôt, au fond des 
coffres, mes royales zibelines, mon précieux 
renard noir, le modeste opossum lui-même 
qui, passé au brou de noix me fut vendu 
sous le nom fallacieux de skungs véritable, vont rejeter 
leur triple linceul de papier de soie, les poudres savantes 
et insecticides qui les endormirent de leur sommeil d'été. 
Ne sais-je point leur prix? Pour les conquérir, des 
chasseurs intrépides s'enfoncèrent dans les solitudes 
glacées et connurent l'ivresse de la lutte et de la vic- 
toire dans îa liberté absolue, au sein de la nature. 
C'est même ainsi qu'aux premiers siècles, les Russes, 
pénétrant dans les déserts que l'Antiquité appelait le Pays 
des Ténèbres pour y chasser la zibeline, 
finirent par découvrir et conquérir toute 
l'Asie septentrionale. 

Ne nous emballons pas, ma mie, et 
revenons à nos moutons. Avez-vous les 
fourrures qu'il vous faut cet hiver? Voilà 
que je vous ennuie. Vous me demandez 
avec impatience si d'infaillibles Vieux 
Majors nous ont prédit d'exceptionnels 




3 3 5 







frimas. Candeur! Candeur! Ne savons-nous pas que 
les femmes ne portent pas des fourrures pour se tenir 
au chaud. Cela ne se fit qu'aux temps préhistoriques. 
Non, mais nous voyez-vous portant des peaux de 
bêtes à la façon de nos premiers parents ! D'abord, 
il n'y a pas plus de froid qu'il n'y a de chaleur. On 
l'a redit cent fois, les saisons n'ont plus de raison 
d'être. N'empêche, naïve enfant, malgré vos zibelines, 
vos hermines et votre skungs, vous ne possédez rien 
si vous ne pouvez, cet hiver, exhiber à vos amies, 
pâlissantes de rage, un col volumineux tout au moins, 
ou d'importants parements de Glouton. Quoi, vous pré- 
tendez qu'aucun zoologiste jamais n'a désigné un sem- 
blable animal? Je vous répondrai, moi, que les trappeurs 
de la rue de la Paix ont su le découvrir eux-mêmes, parmi 
les quatre cents espèces diverses d'animaux capables de nous 
parer. 

Donc, pas un mot. Vous porterez du Glouton, recon- 
naissable à sa fourrure d'un fauve sombre au milieu, éclairée 
sur les bords. 

Ayez aussi du Chinchilla en masse. A défaut de nou- 
veauté, il offrira ce mérite d'être, pour cette année, la plus 



3a6 



chère fourrure. Du Skungs encore, mais du 
skungs argentin, s'il vous plaît, comme le 
Tango ; skungs de trois couleurs, en dé- 
licat hommage à la réclame intensive qu'en 
France on consacre à ses compatriotes. 
Quelques bêtes dites puantes, civette, 
putois produiront aussi bon efîet. Maître 
Goupil enfin, le vieux renard lui-même, a 
essayé, pour vous mieux charmer, de se 
teindre, comme feu Jézabel, d'orange, de 
rose, de bleu pâle, ou bien de gris. Il 
détrône le renard gris véritable, sot per- 
sonnage au surplus, qui ne 
sut pas durer. 

De tout ceci, suivant 
l'humeur, les circonstances, 
vous pourrez vous composer 
les habituels manteaux, en- 
veloppants et souples. Pour- 
tant, et pour aller 




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du sévère au char- 
mant, du délicat au 
magnifique, il siéra 
de vous revêtir de 
velours, à l'air d'opulence étoufEée, 
aux beaux reflets chauds et sourds 
de brocarts où serpentent des ruis- 
seaux de lumière. Vous les borderez 
de hautes bandes droites que vous 
festonnerez et incrusterez de ces 
précieuses fourrures. 



^27 



Quant à vos étoles, faites-moi 
le plaisir de les envoyer tenir 
compagnie aux châles de cache- 
mire. Elles sont presque autant 
démodées. En leur lieu et place, 
inspirez-vous du costume des chanoines pour 
vous faire, à leur ressemblance, des camails 
pointus, tout de fourrures travaillées en mo- 
saïques, ou bien des fichus à la génoise dont 
la pointe, uniformément, sera rejetée sur l'é- 
paule gauche et non autrement. 

Etes-vous longue, enfin, souple, élancée, 
vous pouvez revêtir encore des robes entières 
faites de fourrures souples; en breischwantz 
surtout, puisqu'il se drape, tel le satin. 

Au xvi e siècle, d'Aubigné nous parle d'une 
ville assiégée, dans laquelle se fit remarquer, 
parmi les plus braves, une dame qui, tenant 

d'une main un manchon rouge, une 
hallebarde de l'autre, se mêla au com- 
bat et fit merveille. Vous n'auriez pu, 
l'année passée, accomplir de semblables 
prouesses avec vos manchons semblables 
à des tapis de pied. Ramenez-les, s'il 
vous plaît, à des dimensions plus nor- 
males, taillés en forme dé sacs, allongés 
en olive, précieusement travaillés et 
assemblés, toujours en mosaïque ; ils ne 
réchaufferont pas moins vos mains déli- 
cates et fines. 

Vos chapeaux, enfin, se tailleront 





3 2 8 



aussi dans ces fourrures nouvelles. Ils seront à la fois 
grands, petits et moyens. Tiares, bonnets, toques russes, 
tartares, mandchoues, samoyèdes, hauts-de-forme pelucheux 
de la Restauration, leur aspect imprévu vous étonnera 
peut-être. Vous vous ferez une raison et attendrez avec 
patience que des formes harmonieuses et raisonnables 
succèdent à de bizarres et absurdes ajustements de même 
que, après un jour de pluie et d'orage, vient presque tou- 
jours un ciel serein. 

E LIANTE. 




MJNCHONS ÏÏOVrEÀUX 




Hermine et 

cocarde 
de plumes 
d'autruche 



ni -Txr-^\ // 










y y 



\5é~£j&s 



Tissu d'argent et hermine 
et gland en fade et turquoise 



Renard blanc 
et Velours brodé 





Velours citron M Hermine 

garni roses et renard § et doublure de brocart 




LES VERRES 








A plus fragile des ma- 
tières qu'il soit don- 
né à l'homme de pétrir, 
et sans doute celle qui per- 
mettrait à sa fantaisie d'im- 
mobiliser ses plus capricieuses 
imaginations, s'il voulait con- 
sentir encore — comme jadis, 
ces fastueux Vénitiens, dont le 

r sentiment du luxe dépassa de beau- 
coup ce que les autres peuples civi- 
lisés tentèrent après eux — à créer, 
sans autre souci que de satisfaire sa 
verve, ses rêves les plus fantasques, et 
sans préoccupation d'utilité, de nécessité... 
Le tort des artisans modernes, c'est d'être 
aveuglément tourmentés par le besoin de 
trouver une destination à leurs ouvrages. 
Leurs maîtres n'avaient point cette han- 
tise, si leurs œuvres ont traversé les 
années, ils n'en semblent point respon- 
sables; ils travaillaient sans autre désir 



33i 




que de formuler, dans le plus dur métal 
comme dans la pâte la plus délicate, les 
conceptions qui occupaient leur esprit. 

Le verre paraît avoir fourni les 
exemples de ce qui peut être créé 
de plus impratique, de moins né- 
cessaire, de plus charmant, de 
plus éblouissant, de plus fou. Et 
c'est à Venise, du sol étroit d'un des îlots perdus 
sur les lagunes, que d'obscurs artisans dévorés par 
la flamme des foyers, soufflèrent, de leurs larges 
poumons desséchés, ces bulles irisées pareilles aux 
sphères chargées de toutes les nuances du prisme 
que les enfants font grossir à l'extrémité d'une 
pipe de terre. 

Pendant de longues années, la fantaisie des ouvriers 
de Murano fut en léthargie, le goût semblait mort. La 

Révolution et les grandes guerres 
impériales avaient rompu le fil fragile 
et miroitant de la production du 
rouge îlot que la fumée des chemi- 
nées, l'haleine des 
fours avaient, pen- 
dant plusieurs siè- 
cles rendu si ful- 





ôli 



^-— ~~^ r gurant sur l'eau pâle. De- 

J KO. puis vingt ans, nous avons 

\^ y assisté à la renaissance du 

goût. Ceci ne veut pas dire 
que le monde entier ait été touché par la 
grâce et que ce qui fut créé depuis près 
d'un quart de siècle échappe aux critiques, 
loin de là! Mais de considérables efforts 
ont été tentés. Une grande émulation 
s'est emparée des artistes. Ils consentent 
plus se spécialiser uniquement dans un art, une 
branche de l'art, et comprennent, enfin, que leurs 
prédécesseurs n'ont été grands que parce qu'ils ne 
limitaient point leurs connaissances et leurs efforts. 
Un peintre n'était pas uniquement portraitiste ou paysagiste; 
il avait, sans doute, ses prédilections, mais, dans ses 
ouvrages, donnait l'impression de pouvoir se renou- 
veler indéfiniment. Ils étaient, tous, presque tou- 
jours, décorateurs-nés. On retrouve leur goût pour 
ce qui est enjolivement, mise 
en scène dans leurs tableaux 
les plus restreints et jusque 
sur les toiles les plus mys- 





333 




tiques. Carpaccio, Mantegna, Bellini font 
de leurs chérubins des musiciens placés 
au milieu des guirlandes de fleurs et de 
fruits, sous des portiques de marbre. La 
Vierge et les Saints deviennent des souve- 
rains auxquels on rend hommage, et l'étable 
de la Nativité resplendit de ses pilastres de 
porphyre, de ses corniches de sarrancolin 
et de ses balustres dorés. 

On comprend, au voisinage de maîtres 
de cette sorte, que les plus simples ouvriers 
aient eu, sinon du génie, du moins infiniment 
de goût et l'amour du beau. 

Nous ne sommes pas revenus encore à 
une période comparable à celles du quinzième 
et du dix-septième siècle à Venise; nous avons 
atteint de nouvelles apogées et 
ne devons point mépriser notre 
siècle. S'il n'a plus Titien ou Véronèse, s'il 
ne sait plus décorer ses plafonds de ciels au 
milieux desquels triomphe la belle dogaresse, 
il a fait passer sur nos têtes, en plein ciel 
véritable, au cœur de l'éther, la noire, bour- 
donnante et humaine abeille de l'aéroplane. 
Un peintre, charmant entre tous, M. Geor- 
ges Barbier, s'est laissé tenter par la magie 
que les anciennes verreries vénitiennes exer- 
cent sur cette délicate sensibilité que recè- 
lent les artistes, et qui est comme leur 
parfum, — même lorsque leurs œuvres ne 
la laissent point percer, ni prévoir au public. 





334 





M.. Georges Barbier fut remar- 
qué, dès sa première exposition, 
pour l'originalité de ses aqua- 
relles, leur modernisme imprégné 
de réminiscences, tantôt grec- 
ques, tantôt du dix -huitième 
siècle ou de la Renaissance même, 
qui lui ajoutent un piquant bien particulier. 
L'influence de l'art oriental, les miniatures 
persanes, les estampes japonaises ont égale- 
ment projeté sur l'art de ce jeune homme 
leurs radieuses colorations et leur naïveté finie. 
Comme illustrateur, M. Georges Barbier 
est un décorateur exquis. Ses compositions ont 
vivement collaboré à la transformation des modes actuelles. 
Les verres de Venise, qu'il exposa galerie Manzi, ont 
gardé tout son modernisme avec son respect et son penchant 
pour ce qui est archaïque. On y retrouve l'âme des vieux 
artisans de Murano tant éprise de mirages, ensoleillée par 
les couchants sur la lagune et les fastes 
de la République. Plus tard, on recher- 
chera ces spécimens d'un art quasi 
défunt, auquel un jeune peintre de io,i3, 
d'un goût ardent et inquiet, qui s'en 
était allé rêver entre le Rialto et Saint- 
Georges -Majeur, rendit sa lumière, 
avec l'aide de ces survivants des glo- 
rieux artisans de l'île rouge, qui flambe 
encore et fume au-dessus de l'eau morte. 

Albert Flament. 




335 




L'ART DE FAIRE LES LIVREES 

pOMMENT combiner la tenue de ses gens? Question des 
plus épineuses! Il messierait au suprême degré de com- 
mettre quelques confusions. Votre valet de pied n'hésiterait 
pas une seconde à vous rendre ses bottes si vous lui don- 
niez l'habit réservé au valet de chambre ! Si enfin vous 
appartenez à une famille noble ou de vieille bourgeoisie, 
vous ne pouvez costumer votre personnel qu'à vos cou- 
leurs, c'est-à-dire à celles de votre blason. Pour beaucoup, 
les difficultés qui commencent là sont insurmontables. Dieu 
vous garde surtout d'aller fouiller dans quelques vieux 
traités sur « l'art de bâtir livrées », qu'il soit du héraut 
Sicile, du R. Père Menés trier, ou du plus récent M. de 
Saint-Epain, vous n'y comprendriez goutte. 

L'art de bâtir livrées s'est transformé et approprié aux 
nécessités de la vie moderne. Suivant trois ou quatre 
règles très simples il vous est loisible de mettre à votre 
maison des livrées à vos couleurs toutes aussi héraldiques 



336 




que celles que pouvaient avoir les sui- 
vants de votre aïeul sous Louis XIV, ou 
sous saint Louis. 

Les couleurs héraldiques sont trop vives 
pour les costumes actuels et ne peuvent se supporter 
dans la rue. L'or se remplace par le mastic, l'argent 
par le gris, le gueules par le marron, l'azur par le 
gros bleu, le sinople par le gros vert, le pourpre, qui 
est rarissime, par le violet très foncé; quant au sable, 
qui est noir, il n'offre pas de difficultés. 

Le vêtement principal de la livrée, habit-veste, redingote, 
dolman, doit être de la couleur du champ du blason. Les 
passepoils et la culotte de la couleur de la pièce prin- 
cipale du blason. Mais souvent on met la 
culotte blanche ou noire ; plus simplement 
même on la remplace par le pantalon qui sera 
de la couleur du vêtement ou noir. La livrée 
du prince de Ligne est mastic à passepoils 
rouges, car ses armes sont : d'or à la bande de 
gueules. 

Lorsque dans un écusson il se trouve trois 
couleurs, les cols et les parements devront être 
de la troisième couleur. Ainsi la comtesse de 
La Fare, dont les armes sont d'azur à trois 
flambaux d'or allumés de gueules, vêtira ses valets 
d'un habit-veste gros bleu avec passepoils jau- 
nes, cols et parements en velours rouge, cu- 
lotte de satin ou velours jaune. 
Les gilets se font rayés ou 
mouchetés des deux couleurs 
principales du blason. Parfois 




33 7 



même ils représentent assez exactement les armoiries. Ainsi 
le prince de Monaco a pour armes fuselé d'argent et de gueules; 
les gilets de ses gens sont losanges blancs et rouges. 

Les boutons sont toujours en métal aux armes. Deux 
théories se partagent les héraldistes : les uns décrètent que si 
le champ de l'écu est de couleur, les boutons, comme les ga- 
lons, doivent être argent; si le champ de l'écu est d'or ou d'ar- 
gent, qui sont les deux métaux héraldiques, ils doivent être 
d'or. La seconde théorie, plus simple, suivie couramment con- 
siste à mettre les boutons et ga- 
lons d'or lorsque, dans le blason, 
figure de l'or, et argent si c'est 
de l'argent que l'on y voit. 

Les aiguillettes que l'on 
donne quelquefois aux grooms, 




| au^ui>y, i\ . 



338 



valets de chambre et valets de pied, sont d'or ou d'argent, 
ou bien en soie de la deuxième couleur de l'écu. 

Le premier personnage de la maison est le concierge. 
Ce digne et important fonctionnaire a le choix entre les deux 
vêtements : l'habit-veste croisé laissant un peu apercevoir le 
gilet à l'échancrure, ou la redingote longue, croisée ou non. 
Imitant les portiers de Vienne et de Pétersbourg, on 
adopte de plus en plus la redingote dite russe ornée sur la 
poitrine de larges galons. Le portier a le pantalon avec pas- 
sepoil ou bande, et une casquette en drap galonnée. 

L'habit- veste croisé, orné de boutons de métal, de 
passe-poils est la caractéristique du valet de chambre. 
Il s'accompagne du gilet de cou- 
leur, de la culotte en satin, 
soie ou velours de couleur, ou 
bien noir et bas blancs. Les 
livrées noires et celles de deuil 
exigent les bas noirs. Si le dé- 
mocratique pantalon remplace 
la culotte il est relevé d'un 
passepoil de couleur. 

Au groom est dévolu le 
dolman agrémenté ou non de 
brandebourgs et de pattes d'é- 
paules, ou la tunique à un ou 
deux rangs de boutons métal- 
liques, avec la culotte. Le polo 
à bouton d'or ou d'argent ou la 
casquette de drap à visière 
doivent être de la couleur du 
dolman. 




33 9 



Le valet de pied se reconnaît à la redingote courte, en 
général non croisée, avec passepoils, la culotte blanche en 
peau avec la botte à retroussis. 

Le cocher a le monopole de la redingote longue croisée 
avec passepoils. Il a le choix entre le pantalon ou la culotte 
avec bottes à retroussis. Son chef, tout comme celui du valet de 
pied, s'orne d'un tube en feutre mat ou ciré, ou même en 
peluche, qui peut être orné d'un galon de métal et de la 
cocarde aux couleurs des armes. 

Les postillons, devenus très rares, se vêtent aux cou- 
leurs renversées. Ainsi le cocher du comte Potocki est bleu 
avec des passepoils jaunes, les postillons ont la veste jaune 
avec le plastron, le col, les parements bleus. 

Nous voici enfin arrivé au personnage important de la 
domesticité du xx e siècle : le chauffeur ! Le dolman, avec 
ou sans brandebourgs, ou la tunique régnent en maîtres. 
Pantalon orné d'un passepoil, si M. le chauffeur veut bien le 
permettre, ou la culotte Accompagnée soit des bandes alpines, 
de molletières, ou de leggins en étoffe, ce qui est le copur- 
chic. La casquette rigide en drap avec visière de cuir se 
relève d'une gourmette de métal. 

Telles sont les livrées dites d'extérieur, les livrées de 
galas et celles d'intérieur feront l'objet de notre seconde étude. 

Baron du Roure de Paulin. 






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DES FRUITS 
DANS LA MAISON 



|TNE maison sans fleurs est 
une femme sans sourire. 



Je porte trop d'amour 

à ces passagères, hôtes 
charmants que chaque saison renouvelle, 
pour oser rien leur comparer. Mais ne se heurte-t- 
on pas ici au préjugé qui confère, on ne sait 
pourquoi, un caractère d'art et de noblesse à 
certains objets, en le déniant à d'autres? Il n'est 
plaisir plus aristocratique, et plus simple cepen- 
dant, que de vivre parmi les fleurs. Pour- 
quoi n'accorder pas aux fruits le même honneur? 
Leur beauté ne le cède point à celle dont ils 
sont nés. 

Quelques-uns ont accès déjà dans son salon: 
monnaies du pape, physalis, asperges, houx, 
poivre, chardons, euca- 
lyptus, pommes de pin. 
Mais la plupart, sous 

prétexte qu'ils rassasient notre soif 

ou notre faim, sont relégués dans de 

sombres placards, dans le buffet de 

la salle à manger ou de l'office. 

Ces condamnés à mort subissent 

un temps d'incarcération; privés de 

la lumière à laquelle ils doivent 




341 



tout, ils n'apparaissent qu'au moment où 
ils vont être immolés. Qui d'entre nous, 
à la fin d'un dîner, n'a souffert comme 
d'un sacrilège de voir couper en morceaux 
quelque mûre chair que l'œil aurait aimé 
contempler longuement? 

Réclamons pour les fruits une hos- 
pitalité meilleure : qu'ils ne se montrent 
plus à l'heure seule des repas. Ne con- 
testons pas leur noblesse et sachons les 
utiliser comme d'admirables éléments dé- 
coratifs. La corolle est frêle, elle passe : 
le fruit reste. Il n'a sans doute pas la 
mobilité des pétales, ni leur parfum, ni 
leur vie, mais, comme eux, il possède le 
luxe des couleurs et, plus qu'eux, une 
beauté qui s'adresse aux mains et qui 
dure, une beauté plastique par le volume, 
la forme, la matière. Une fleur n'est 
qu'apparence; le fruit a un rôle sculptural. 

Il est deux façons de concevoir un intérieur : comme 
un tout immuable, immobile, définitif, ou bien, au contraire, 
vivant, participant des états d'âme 
et des saisons. Cette dernière con- 
ception n'est-elle pas la vraie? L'ha- 
bitude émousse les sensations et nous 
finirions par vivre en aveugles si, de 
même que nos pensées, le décor 
familier ne se renouvelait. Combien 
sont enfermés chez eux comme dans 
leurs tombeaux ! 





fel^A^ y 



342 



Que nous posions sur notre cheminée 
une capsule de pavot, une gerbe de maïs sor- 
tant des manufactures de Sèvres, une courge 
en bronze japonais, nous l'admettons volon- 
tiers, mais beaucoup hésiteraient à orner 
leur salon d'aubergines, d'oranges ou d'a- 
nanas, vivants encore et fraîchement déta- 
chés de leurs branches. Voilà pourtant de 
somptueux bibelots dont la nature est pro- 
digue et qu'aucune industrie n'égalera en 
splendeur : ils éblouiraient l'appartement de 
leur éclat et, presque sans dépense, sitôt 
que nous en serions las, pourraient faire 
place à d'autres, nous demandant comme 
grâce dernière de réjouir notre palais après 
avoir orné notre maison. 

Ne poussons pas le dilettantisme jusqu'à 
réclamer droit de cité pour les espèces trop 
vite périssables : ce serait une dangereuse 

audace de décorer notre salon de to- 
mates ou de raisins Aussi a-t-on songé 
déjà aux modèles artificiels, fidèles co- 
pies, mais dont la vie est retirée. Pré- 
férons-leur les fruits vrais que de solides 
enveloppes protègent de la corruption 
et dont l'éclat et le grain sont inimi- 
tables. Quels grès flammés ou quelles 
porcelaines égaleront la beauté d'un 
concombre, d'une coloquinte ou d'une 
aubergine ? Existe-t-il de plus beaux 
vases? Ils tuent par leur richesse les 





343 



objets environnants. Et comme la hardiesse des coloris les 
désigne à nos intérieurs modernes. Pour les fruits et pour 
les fleurs, il est une mode aussi : les temps pâles sont 
passés. L'Orient sévit de toutes parts. Et les fruits aux 
lueurs d'incendie, aux patines de sang, de bronze, d'or et 
de soleil s'accorderont à merveille avec nos papiers peints 
et nos tentures. 

Regardez ces bananes à la peau tannée, ces oranges et 
ces citrons ruisselants, ces grenades pourpres, brûlées par 
la chaleur, ces pommes luisantes, comme ils animent la 
cheminée de marbre blanc sur laquelle ils furent simplement 
posés, ou le panier d'argent ou la corbeille japonaise; aux 
angles d'une encognure, voici les solides noix de coco, les 
ananas hérissés d'écaillés, les aubergines d'un violet profond. 
Et quel effet magnifique feront, disposés dans un péristyle, 
à la place des vases traditionnels, les majestueux potirons, 
orgueil de nos 

C'est ainsi 
est proche où, 
d'offrir des 
aimée, l'adora- 
tera des fruits, 
chaste et plus 
core. 




crémeries ! 
que le temps 
non content 
fleurs à la bien- 
teur lui por- 
présent moins 
symbolique en- 
Claude - Roger 
Marx. 






CE QU'IL FAUT ] 

FUMER 
J 

ET COMMENT 
L 





T^UMEZ-VOUS, mon cher?... Tout, indifféremment, pipe, 
cigare, cigarette ? Le tout sans ordre, ni méthode, je 
présume, au hasard de l'inspiration ? — Quelle barbarie ! — 
Vous êtes poète, Monsieur, je vois ça d'ici. Vous ne savez 
pas fumer, assurément. Fumer c'est un art, jeune homme, 
comme aimer et boire. Vous ne lisez pas De l'amour avec 
les petites dames du Palais de Glace, n'est-ce pas ? Pas plus, 
je suis sûr, que vous ne buvez du champagne avant de 
déjeuner, ou de l'armagnac après les huîtres. Aimer et boire 
ont leurs règles, fumer aussi. De quel droit les méconnaî triez- 
vous? Il faut adopter aux différentes heures de la journée, 
à vos diverses occupations, un pétun spécial. Vous devez 
fumer avec décence, comme vous mangez, sans porter — fi ! 
— les mets à votre bouche en usant de la pointe de votre 
couteau, ou de vos doigts, ainsi que font les malappris et 
les Allemands. Ne vous tenez pas quitte non plus d'ignorer 
les principes de l'art de fumer en vous disant que c'est votre 
bon plaisir. Il n'y a pas de bon plaisir qui tienne, Monsieur. 



345 



Ou bien, vous n'avez pas de monde, comme on dit; et dans 
ce cas d'ailleurs, vous ne lisez pas Le Bon Ton, et ce n'est pas 
pour vous que j'écris. 

Je ne laisserai donc à votre libre arbitre toute licence 
que dans le choix de vos tabacs. Vous avez renoncé, je pense, 
depuis que vous avez quitté les façons un peu sottes de nos 
collégiens férus de snobisme, à ces affreux feuillages desséchés 
que, sous le nom de tabac, vend la régie américaine. C'est 
le mal de cœur assuré pour tous vos voisins. — Encore que 
parfois fantaisiste, notre tabagie nationale a son mérite. Pré- 
férez, Monsieur, préférez le robuste et sérieux arôme de 
notre caporal ordinaire, dans ses degrés variés; il est aux 
autres tabacs ce qu'un bourgogne généreux est au Cham- 
pagne, ce coco épileptique : le seul fumable, le seul égal à soi- 
même, et qui ne lasse pas. C'est la norme. 
En dehors, vous tomberez dans les herbages 
macérés, dans des mixtures exotiques. 

Dès le réveil, une cigarette a du 
bon pour chasser les vapeurs trou- 
bles de la nuit, redresser le cheveu 
défait, déboiser, si j'ose dire, le 
palais : vivifier un homme, enfin. 
La cigarette est une amie com- 
mode : on se brouille, on se 
reprend, on se quitte à nouveau. 
Elle est là, prête à votre caprice, 
et combien docile ! Etes -vous 
chagrin , triste , ennuyé ? Vous 
faut-il un maintien, une attitude, 
éconduire un créancier, éloigner 
une amie qui a fait son temps 




346 




et cessé de plaire ? Entrez-vous 
au bar tout seul, sous vingt regards 
braqués? Faites-vous les 
cent pas, sur le terrain, 
tandis que vos amis ti- 
rent les places au sort, 
ou flambent les ar- 
mes, le pied de grue, 
en en attendant une, en espé- 
rant l'heure du berger? — 
Une cigarette. — Vous voilà un homme 
comme un autre, un homme qui se pro- 
mène en fumant au lieu d'être le monsieur qui se fait poser 
un lapin, l'air inquiet. La cigarette sauve tout. Vous 
portez donc dans un étui très simple et de bon goût 
(pas trop voyant) votre provision pour votre service 
personnel. Ne manquez pas toutefois d'y joindre, pour 
les dames, à l'occasion, quelques Khédives ou 
Analas à bout doré : oifririez-vous sans rougir 
votre noir caporal à des dames. Vous ne 
comptez pas des cantinières, dans vos amies. 
— D'ailleurs, qui vous empêche, 
vous-même, d'en flamber une ? — 
Le tabac blond, qui vient d'Orient, 
vous y reporte, en rêve. Suivez le fil 
de ses bleues volutes. Fermez les 
yeux : vous voilà turc, arabisant, 
mammamouchi. La Corne d'or, les 
Eaux Douces d'Asie, des femmes 
voilées, des minarets, un caïque... 
Voilà le vaporeux paradis dont le 



347 




tabac jaune vous ouvre les portes. Alors, fermez la vôtre, 
endossez quelque gandourah soyeuse et bariolée, coiffez une 
calotte à gland, et, les pieds nus dans vos babouches, 
abandonnez-vous sur un moelleux divan, aux mérites d'un 
authentique tabac de là-bas. Jetez votre cigarette, bourrez 
une fine et longue pipe d'écume et d'ambre avec les fils très 
secs du pétun que votre ami du quai d'Orsay — on a 
toujours un ami aux Affaires Etrangères, n'est-ce pas? — 
fait venir exprès, par la Valise. Condamnez votre appar- 
tement. Je vous laisse... 

r 

Emile Henriot. 

(A suivre.) 





Robe d'après-midi en charmeuse, garnie en perles mates 

Modèle Zimmermann 



349 




Des ceintures ? Oui certainement, mais 
disposées différemment qu'elles ne l'étaient 
au printemps dernier ; c'est plutôt la robe 
elle-même dont le tissu est drapé de telle 
façon qu'il simule une haute ceinture serrant 
les reins. En tous cas la taille descend de 
plus en plus. Large et ne formant qu'une 
ligne droite avec les hanches, elle affecte 
une allure si libre et si peu moderne qu'elle 
nous surprend tout d'abord, évoquant "le 
beau visage turc ou les dames grecques, 
coquettes et riantes, bavardant, coiffées 
d'une écharpe soyeuse. 

Nos jupes resteront bridées et courtes, 
et les chemises de dentelles retomberont à 
plaisir sur les jupes de velours ou de 
fourrure; mais, détail à retenir, la partie de 
la jupe qui se serre sous la dentelle aura 
sa couleur et sera faite de soie légère au 
lieu d'être comme la robe même. 

La ligne généralement adoptée des cor- 
sages est, pour le jour, un grand pli plat 
décolletant à peine et laissant échapper 
un col de fourrure arrondi par derrière. 

Bords de jupes et de jaquettes en loutre 
se chevaucheront, parce qu'aucune jupe. 



LA MODE 

ET LE 
BON TON 



pas plus qu'aucune jaquette, ne voudra 
s'embourgeoiser d'une fermeture prévue; 
croisées sur l'épaule, drapées sur la hanche, 
l'une et l'autre seront ce que nous avons vu 
de plus difficile à exécuter depuis très 
longtemps. 

Plaignons celles qui s'habillent chez 
elles ! 

N'ai-je pas vu venir à moi, chez le grand 
couturier, une petite robe charmante d'in- 
génuité : En serge bleue, extrêmement 
simple par devant, avec la taille bien à sa 
place et uiv petit col d'hermine entourant 
pudiquement le cou ; mais voilà que, 
lorsqu'elle se retourne, je crois à une hallu- 
cination... La ceinture fiche le camp 
jusqu'au-dessous des genoux, pour faire 
faire à la jupe un retroussé bizarre ; et le 
corsage, transformé en boléro, boutonné 
tout le long du dos, se décolle complète- 
ment du corps comme si la place vide était 
consacrée à des réserves... Si ce n'est pas 
là une combinaison digne de Foottit, j'y 
perds la raison vraiment! 

Le même thème, exploité en peluche 
grise à carreaux, avait, je vous jure, une 



35o 



élégance à nulle autre pareille, comme du 
reste tous les modèles de Chéruit qui a 
réalisé cette question plus que difficile de 
modernisme gris allié au goût des draperies 
antiques. 

La fantaisie de la robe d'après-midi 
n'aura pas de borne. Les jaquettes n'auront 
parfois rien de commun avec les jupes; 
les vestes, très courtes, s'écourteront davan- 
tage encore par devant, où deux petits 
pans de ceinture se noueront cocassement, 
laissant la blouse claire paraître comme aux 
costumes des débardeurs; et, bien au-dessus 
de la taille, deux minuscules poches déri- 
soires seront placées là... Personne ne 
vous dira pourquoi. 

Nous n'aurons pas plus d'ampleur que 
durant la saison dernière, parce que diffici- 
lement nous abandonnerons cet enroule- 
ment des jambes qui fait si bien voir que 
nous sommes bien faites, et puis le dandi- 
nement que cette tenue amène semble 
d'un attrait si féminin, si félin, que nous 
ne prenons pas la peine de réfléchir et de 
nous dire que dans les volants et la crino- 
line nous retrouverions un charme très 
différent, mais un charme tout de même. 

Poiret, en nous proposant la crinoline sait 
très bien que la généralité de ses clientes ne 
l'adoptera pas tout de suite, mais, comme 
tout ce qu'il crée, c'est, pour l'histoire de 
la toilette, d'un intérêt capital. Nous y vien- 
drons indubitablement et, sans doute, dans 
pas très longtemps. 

Les modèles qu'il nous en montre sont- 
ils seulement modernisés et bien mis à notre 
portée ? 

Mais je vois tant de femmes faire la 
moue à cet appel que je n'insiste pas et 
leur parlerai alors des modèles de Paquin 
et de Worth si précieusement travaillés 
qu'ils m'ont ravie. Ces velours plus suaves 
qu'un voile, ces tissus laineux et taillés 
comme des puzzles, tout cela si admirable- 
ment féminin que j'en ai gardé une impres- 
sion d'oeuvre d'art, et tout ce que nous 



devons à ces maisons de couture françaises 
dépasse de plusieurs degrés l'étiage tech- 
nique de la couture. Je pourrais ici apporter 
à ce sujet ce qu'Oscar Wilde disait de 
Miss Mary Morris sur ses travaux à l'ai- 
guille, « Elle a une connaissance approfon- 
die de son art. Son sentiment de la beauté 
est aussi rare que fin, son talent est tout à 
fait remarquable. » 

Notre admiration ira grandissant devant 
les manteaux dont jamais, si ce n'est du 
temps de Véronèse, la splendeur ne fut 
atteinte. Non seulement ils sont de tissus 
merveilleux et enrichis des plus belles 
fourrures, mais les doublures vont, cet hiver, 
jouer leur rôle en vedette. On les verra, 
même lorsque le vêtement sera fermé, 
parce que l'ampleur, en cascadant, laissera 
surprendre, claire et façonnée, riche de 
grands dessins le plus souvent, toute sa 
précieuse élégance 

Ne choisissez pas vos chapeaux trop 
petits, tendance excessive pour la plupart 
en ce début d'automne, mais malgré l'abon- 
dance des chapeaux de velours noir, n'hé- 
sitez pas, par contre, aies avoir ainsi. C'est 
seyant, élégant et harmonieux en diable. 

Les coiffures montent en tournoyant avec 
une abondance à laquelle peut seul pour- 
voir le Léonard de notre choix. 

Belles et alertes, nous le serons malgré 
tout; pour parfaire à notre beauté, non 
seulement nous suivrons une hygiène admi- 
rable mais, de plus, nous inventerons un 
soin nouveau, précieux autant que rare : le 
bain de cire..! C'est la plus illustre et la 
plus belle de nos comtesses françaises qui 
le mit à la mode voici quelque temps. Aussi, 
y a-t-il grand émoi parmi toutes les femmes 
à l'annonce de cette moderne Jouvence et, 
ne riez pas, c'est là une réelle chance de 
Beauté de plus, comme tous les procédés 
inventés de nos jours qui eussent rendu 
sans doute éternelles Diane et Ninon? 

NADA. 



35 1 



EXPLICATION DES PLANCHES 

PI. I. — Costumes de travestis de différentes époques et de fantaisie. 

PL IL — Blouse de chasse en toile sur une jupe en irishhùeed. 

PL III. — Robe de crêpe de Chine Voilée de deux tuniques de Voile liberty. 

PL IV. — Robe de Paquin. C'est un fourreau à damiers noirs et blancs en drap, garni 
de satin noir. Le petit mantelet est en étoffe pareille. 



PL V. — Robe du soir de Paul Poire t, en satin liberty blanc et noir brodé de roses 
de perles. 

* 

PL VI. — Robe de Redfern en charmeuse brochée, Voilée d'une petite tunique en tulle. 
A la ceinture, une rose en Velours. 

* 

PL VII. — Tailleur du matin de "Worth, en Velours de laine havane garni de putois. 
Le gilet est en Velours de laine canari, brodé ton sur ton. 

PL VIII. — Robe de garden-parfy de Chéruit en marcelline garnie de linon et de 
Valenciennes. 

PL IX. — Cette robe de Dceuillet est faite d'un fourreau drapé en Velours souple et d'une 
tunique de tulle brodée de fourrures. Le corsage est en tulle avec des pointes de broderie de 
diamants retenues dans un effet de ceinture. 

* 

PL X. — Costume tailleur de Douce t, en Velours garni de fourrure au col, aux manches et 
au bas de la jupe. Le gilet est en grosse soie brochée. 

Imp. G. Kadar. Lucien Yogel, Directeur-Gérant. 




LES TRAVESlkNS LE PARC 



Gazrtte du Bon Ion. — N° u 



■^U^ 




PUIS-JE ENTRER? 

Costume de cliasse 



Gazette du Bon Ton. — N° u 



Septembre 1913. — PI. Il 




LA JEUNE MAMAN • 

LoDe 'de jaraiM pour iautonine 



Gazelle du Bon 7 ont — /V° 11 



Septembre iqi5. — PL 111 




AU JARDIN DES HESPERIDES 

Tailleur de Paquin pour l'automne 



Gazelle du Bon Ton. — N" 11 



Septembre iqi3. — PI. IY 




LAQUELLE ? 

Lobe de soirée de Paul Poiret 




MES INVITES N'ARRIVENT PAS 

Robe ue soirée de R'ed£eni 



Gazette du Bon Ton. — 7V° u 



Septembre iqi3. — PI. YI 




T ailleur élégant de AVortîi 



r. n~ J„ V„„ T,.„ — A/o ,, 



S.nwmkr. ,^,1 P/ V M 




Lobe de garden paréy de Cnéruit 



/- it . ^/., r?..„ *T,._ î\7o 



c l i ._.? t>; i/-;// 




LA MARE AUX BICHE! 

Robe du soir de Dœuillei 



Gazette du Bon Ton. — N" ji 



Septembre igi3. — PI. IX 




LA SOURIS 

Cosiuine tailleur de Don cet 



Gazelle du Bon Ton. — N° // 



Septembre 191 3. — PL X 



\gX jj* jfU. jjt *U *Jt *{* *J* jf * «J» *Jt iî* jj» Jjt *J» »t« Jjc *tt Jj» *|* jjt jj» *Ic *I* *Ji jj«. jjt Jjt Jj* *Jc jït Jbt *tt *J* »I» ofip 



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4- 



ART ET DÉCORATION 



EST AUX CHOSES DE L'ART 



CE QUE 



LA GAZETTE DU BON TON 



EST AUX CHOSES DE L'ÉLÉGANCE 



* 
* 

+ 

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^gC »J» '*t r *!|!»' , | r, i c «Je »Je >jj* »J* »|c -yje r|c VJ* » JW »Jr »|c *Jr vjjr >l<r Vjj» vjr tfye r J* r Je >Jv » Jr yjr *Jr *Jr ■»Jr»Jc»Jr»Jr »Jr Jfé 




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DE LA MODE 



QUAND vient l'automne, l'homme qui est vraiment digne 
de ce nom — je veux dire l'homme qui s'intéresse aux 
femmes — se demande non sans angoisse : « Comment 
vont-elles être habillées ? M'apparaîtront-elles en esclaves 
persanes, ou bien en marquises du dix-huitième siècle ? 
Ressembleront-elles aux grisettes de Louis -Philippe ou aux 
caillettes du Second Empire ? Comment seront celles que 
je vais évidemment adorer ? Problème troublant ! » 

Les préoccupations sociales ont, comme chacun sait, 
une influence profonde sur les changements de la mode. 
Nul n'ignore que la France a retrouvé, depuis quelques 
mois, son énergie. Chacun a célébré ce réveil de l'esprit 
national. La femme ne pouvait rester indifférente à ce 
mouvement de patriotisme. S'il ne lui est pas permis de 



353 




porter les armes, elle risque du moins 
son existence en donnant au pays des 
enfants. Les élégantes n'avaient jamais eu 
le souci d'avoir l'apparence d'une mater- 
nité prochaine. Cédant au 
souffle régénérateur qui a 
secoué l'apathie de la patrie, 
elles promènent dans les rues 
et dans les 
salons les 
promesses 
fallacieuses 
de nais- 




sances immi- 
nentes. Naguère, 
elles étaient im- 
matérielles. Elles 
n'avaient pas de 
corps. C'était l'é- 
poque des intellectuelles. Au- 
jourd'hui elles ont l'orgueil de 
pouvoir donner à la France 
des soldats. Le couturier doit 
leur donner l'aspect de celle qui sera bientôt 
mère. Il y parvient sans efïort et, dans les grands 
magasins, on vend l'accessoire qui donne cette 
ligne spéciale et consolante. Jean- Jacques Rous- 




354 



seau avait mis à la mode le genre nourrice. C'est une révo- 
lution du même genre qui vient de s'accomplir dans l'art 
de la robe. Il ne sera pas sans intérêt d'examiner, dans 
quelques mois, si le nombre des naissances a réellement 
augmenté. C'est peu propable. 

Il ne faut pas croire cependant que ces 
hautes pensées aient conduit les élégantes 
à se montrer plus pudiques. Sans doute, 
elles cacheront leurs jambes. Le devant 
de la jupe sera peut-être fendu ou relevé ; 
mais, du moins, 
un volant ca- 
chera les mol- 
lets. Ce sera 
moins brutal. 
On tend à ré- 
véler plus qu'à 
étaler. Les pré- 
cautions hypo- 
crites apparais- 
sent et nous de- 
vons nous en 
réjouir. Il est bon qu'un écrivain 
ne puisse pas dire nettement 
tout ce qu'il pense : il est obligé 
ainsi de trouver des phrases 
ingénieuses. De même, le cou- 
turier qui se contentait de rap- 
procher des tons violents doit 
chercher des harmonies. Il est 
probable que la gamme des 





355 



rouges sera très demandée. On ira du rouge ancien au 
corail tendre. Le choix de cette couleur est encore un 
signe de santé. Pour la supporter, il faut être en pos- 
session d'un solide équilibre. Les nuances du vert, au 
contraire, ne charment, paraît-il, que les tempéraments un 
peu morbides. Donc félicitons-nous des ten- 
dances que nous apercevons dans la mode : 
elles nous démontrent que les femmes se 
détournent résolument de tout 
ce qui trouble et peut affaiblir 
une nation. 

Certains estimeront qu'elles 
ne sont pas dans leur bon sens, 
parce qu'elles vont porter, pen- 
dant la froide saison, les cor- 
sages les plus légers. Elles auront 
volontiers des jupes de velours, 
mais des corsages presque trans- 
parents. On se hâtera de dire : 
— Elles sont folles ! 
Admirons au contraire la 
sagesse de ces femmes qui s'en- 
traînent à subir les basses tem- 
pératures. Elles veulent que les 
rigueurs de l'hiver n'aient pas 
de prise sur elles. Cet été, elles 
avaient des chapeaux de velours 
pour défier la chaleur. Aujour- 
d'hui, elles ne seront qu'à demi 
vêtues pour prouver à l'univers qu'elles ne se 
soucient pas de la neige. Les matrones de 





356 



Sparte auraient-elles eu un tel courage ? 
C'est pourtant ce que vont faire les Pari- 
siennes en 1913 ! Et, si leurs corsages 
de ville doivent être si légers, que seront 
leurs robes de soirée? Il semble 
les décrire, il suffira de 
célèbre refrain : 



que, pour 
murmurer un 




« C'est un n'en ! Un souffle ! Un n'en ! » 

J'ai vu des médecins qui contem- 
plaient, non sans intérêt, les nouvelles 
créations des couturiers, et ils leur ex- 
primaient toute leur gratitude : 

— Grâce à vous, disaient-ils, nous 
devrons prodiguer nos soins aux belles qui 
seront toutes atteintes de rhumes, de bron- 
chites, de rhumatismes. 

Et ces docteurs se frottaient les mains 
parce qu'ils entrevoyaient de gros béné- 
fices. Cependant, pour éviter les maladies, il n'est rien tel 
que de s'endurcir. Ces femmes, qui paraissent frivoles, se 
préoccupent, au contraire, de nous préparer des générations 
fortes. Elles consentent à souffrir pour être vigoureuses. 

Elles n'iront pas cependant jusqu'à l'austérité. Leurs 
costumes n'auront pas une sécheresse rationnelle. Elles n'au- 
ront plus les vastes bijoux qui font songer à l'Orient; mais 
les robes du soir seront perlées et ornées de pierreries. 

Et j'ai demandé à l'artiste : 

— La femme sera-t-elle belle cette année? 
Il m'a répondu : 

— La femme est belle toujours. Elle adopte des modes 



35 7 




contradictoires et ne cesse pas de nous char- 
mer. Cependant, il y a, cette année, un péril. 
Nous ne pouvons nous dissimuler que les 
élégantes seront très nues. Si les arrangements 
les plus bizarres peuvent convenir à presque 
toutes les femmes, l'état de nature ne sied 
qu'à quelques-unes. Elles le savent bien. 
Mme X... vous confie que Mme Z... nous 
offrira un lamentable spectacle, si elle nous 
révèle sa maigreur; et Mme Z... vous annonce 
qu'il sera pénible d'avoir sous les yeux l'em- 
bonpoint de Mme X... Et Mme X... et 
Mme Z... ont parfaitement raison toutes 
les deux. 

— Monsieur, lui ai-je dit, votre pessi- 
misme me choque. Je sais bien que votre 
profession vous oblige à voir un grand nombre 
de femmes et à établir certaines règles de la 
beauté. Mais il faut considérer que des élégantes, qui 
sont peu vêtues, ne gardent pas l'immobilité de vos mo- 
dèles. N'oubliez pas qu'elles remuent, marchent, se pen- 
chent, sourient, dansent. Elles ne résisteraient peut-être 
pas à un examen attentif et sérieux; mais leur grâce 
et leur souplesse nous donneront certainement l'illusion 
nécessaire. Et d'ailleurs, guand une femme a l'audace 
de se dévêtir, nous sommes enclins à croire qu'elle est 
parfaite. Nous n'admettons pas qu'elle prenne une telle 
résolution sans être sûre de sa beauté. Mais ne discutons 
pas. Nous la proclamons harmonieuse. Les femmes qui 
suivront la mode bénéficieront de ce préjugé, et leur 
adresse fera le reste. Il y a l'art de la présentation. Elles 



358 



sauront mettre en valeur les plus fâcheuses académies. 
D'ailleurs la mode ne les obligera pas à un tel effort, et 
nous ne verrons d'elles, l'après-midi et le soir, que les 
bustes. 

— L'après-midi aussi? interroge l'artiste. 

Je dus lui apprendre que le costume tailleur ne perdrait 
jamais tout à fait ses droits. Mais il n'aime guère ces toilettes 
un peu masculines. Je le consolai en lui vantant la duvetine 
qui est très douce au toucher. 

— On la portera beaucoup? 

— Beaucoup ! 

Il fit un signe d'approbation, et ses mains semblaient 
déjà caresser cette étofïe. 

NOZIÈRE. 





FOURRURES 
D'HIER ET D'AUJOURD'HUI 



ADIS, jadis, pendant ces époques obscures qui 
commencent à l'âge des cavernes pour finir 
à peu près vers la moitié du consulat de 
M. Fallières, la fourrure était constituée 
essentiellement de peaux de bêtes préparées 
dont on recouvrait les manteaux, extérieurement ou 
intérieurement. Le but de ces parures était de pro- 




36o 



s 




téger du froid. Cette conception antédilu- 
vienne bonne en effet pour les femmes d'alors, 
si naïves, ferait aujourd'hui sourire une midi- 
nette. La fourrure est bien toujours fabriquée 
avec la peau des bêtes sauvages. JMais si on 
la pose encore sur des manteaux, il est bien 
entendu que c'est à titre tout à fait excep- 
tionnel et superflu, et sans que cela l'engage 
pour ainsi dire à rien d'autre. De préférence, 
elle hante les chapeaux — et même, plus étroi- 
tement, les chevelures sur lesquelles elle s'enroule, 
comme un bandeau, — les corsages, les jupes, 
les tuniques, les manches, tous les endroits qui 
paraissaient naguères les plus inaccessibles, les plus 
fous. Son idéal était de marier sa riche gravité 
à la grâce impondérable des mousselines, son rêve 
était d'éclore, comme un fruit mûr contraignant une tige 
lasse, au bas d'un nuage de tulle, de paraître 
tantôt une chenille rampant le long d'un fil 
de la vierge, tantôt une rose tombée au milieu 
d'une toile d'araignée, tout ce que vous vou- 
drez d'absurde, d'ingénieux, d'attirant, de 
saugrenu, d'adorable. Elle y a réussi. 



Déjà, on avait tout tenté pour la délivrer de 
ce poids, qui était en elle comme le souvenir 
désobligeant de son origine bestiale. On l'avait 
soumise à des massages savants, on l'avait tra- 
vaillée, poncée, amenuisée, usée, on avait adouci 
sa rudesse native, rompu sa sotte roideur; elle 



36 1 





était de- 
souple 
me apprivoi- 
tait plus en 
puis dire, son 
len éclatant et 
fleur suprême, 
avec la grâce 
étoffes les plus mol- 
statues vivantes 
n'étaient plus des 
les, des manchons, 
dieuses et cependant tangibles de ces manchons, de ces 
étoles, de ces manteaux. On les froissait comme des lettres 
d'amour qui ont cessé de plaire, pour un 

peu on en eût essuyé ses larmes. 

Mais ce n'était point encore 

assez. 



venue 
et com- 
sée. Il ne res- 
elle que, si je 
duvet, son pol- 
caressant, sa 
Elle se drapait 
insinuante des 
les autour des jolies 
qu'elle habillait. Ce 
manteaux, des éto- 
mais les ombres ra- 





A X# 



Il fallait obtenir d'elle une 
soumission plus complète, une 
ductilité plus rare. Il fal- 
lait en faire quelque chose , 
de nouveau. On y est 
arrivé 

Aujourd'hui la four- 
rure ne se peut, sur un 
vêtement, distinguer de ce qui 
l'entoure, la soutient ou la 
nuance qu'après une véritable 
initiation. Où commence- t-elle ? 



36 2 




où finit-elle? Mystère. D'une parure est-elle l'essentiel ou 
simplement la surcharge, l'ornement ? achève-t-elle de son 
paraphe velouté la ligne déliée de la robe, de l'écharpe? 
Ou bien serait-ce au contraire autour d'elle que 
s'enroule l'arabesque indiscernable de tant de 
tulle chatoyant ? Bien fin qui le dirait au 
premier regard ! Ce ne sont que transitions 
délicates, passages subtils, emmêlements, traits 
soudain interrompus, plus loin repris, toutes les 
grâces d'une géométrie compliquée qui joue à 
la nature. Mais tout son agrément réside là, 
précisément, dans ces indécisions, dans ces 
surprises savoureuses. Il faut en quelque sorte 
que vous sentiez sa présence sans pouvoir 
déterminer où elle se trouve. Il 
faut que vous la deviniez riche 
(très riche), précieuse, rare, mais 
que d'abord vous l'ayez un peu 
perdue au milieu de l'enchevê- 
trement des matières moins 
délicates qui la débordent, l'enserrent... 
et la font valoir. Il faut que vous don- 
niez votre langue au chat, au chat fourré. 





Suprême élégance ! Et combien plus dandy, 
combien de meilleur ton que la formule 
ancienne où lourdement, pesamment, indis- 
crètement, notre compagne mettait sur elle 
tout ce qu'elle possédait, en tas, comme un 
barbare en fuite emportant son butin ! Et on 
savait ainsi ce que ( mot horrible ! ) valait 



363 




une femme. Comme c'était brutal, vrai- 
ment, et sot, et cynique ! Aujourd'hui, 
on ne sait plus. Il a peut-être fallu un 
régime de skungs pour obtenir cette toute 
petite bordure de rien du tout et trois 
portées de zibeline pour ce col minus- 
cule, pour ce bonnet d'enfant — ou de 
doge. La moindre petite femme qui passe 
et qui sort d'une auto au mois a trouvé 
un Carnegie dans sa corbeille de noces. 
On ne s'y reconnaît plus. C'est délicieux. 
Mais au moins, madame, on voit que 
vous avez du goût. C'est tout ce que 
vous voulez, n'est-ce-pas. 

Francis de MlOMANDRE. 



£' 



P 



Ég»M 






LES MANTEAUX 



I 



L faut l'avouer : le pardessus est un vêtement bien inté- 
ressant car il prête à la fantaisie. Hélas ! il en est peu. 
Comment jugeriez-vous un gentleman qui ne craindrait pas 
d'exhiber un frac à queue d'aronde, par 
exemple, alors qu'il est si évidemment né- 
cessaire de n'en porter qu'à queue de pie? 
Fort mal, apparemment. Et, bien que les 
règles soient moins étroitement fixées pour 
le veston que pour l'habit (je l'accorde), 
j imagine que personne ne vous approuverait 
de paraître en « complet sac » dans le temps 
qu'il sied d'être vu sous un veston cintré, 
ni même de faire découdre le bas de la cou- 
ture dorsale de votre veste, au moment où il 
convient justement que vous n'ayez aucune 
fente au derrière. L'habit, je l'ai dit ailleurs, 
ressemble à la tragédie classique : on n'y 
triomphe que par la noblesse du style et 





365 



la profondeur des sentiments. Mais le veston se 
pourrait comparer à ces comédies d'aujourd'hui, 
lesquelles sont si uniformément construites sur le 
même modèle qu'il faut bien croire que la moindre 
originalité leur serait néfaste. En sorte que ce 
n'est guère que dans nos costumes de sport qu'il 
nous est permis de prouver quelque lyrisme, et un 
peu aussi dans nos pardessus. 

Encore faut-il ici s'entendre, et distinguer le 
pardessus du paletot, non moins que considérer les cir- 
constances, discerner les heures du jour et tenir 
compte des saisons. Il va de soi, en efïet, que l'on 
ne saurait porter en hiver les mêmes étoffes que l'on 
porte en été; mais non plus les mêmes formes. Et 
ne vous faut-il point un paletot pour l'automne et 
un paletot pour l'hiver? N'aurez-vous point une 
pelisse de soirée et une pelisse d'auto? Mettrez - 
vous, pour aller au théâtre, le même pardessus 
que pour prendre le thé place Vendôme? Vous 
revêtirez-vous d'un manteau semblable pour aller 
au Bois, le matin, et pour vous rendre au golf? 
Serez-vous couvert pareillement pour monter à 
cheval et assister au coursing? Vous passerez-vous 
de caoutchoucs et de surtouts ? Vous priverez- 
vous d'une pèlerine? Pour le tennis, pour les 
poules à l'épée, n'aurez-vous pas besoin d'un man- 
teau-peignoir blanc?.:. C'est ainsi que la diversité 
du manteau est infinie. Pour n'en indiquer ici que 
les formes les plus essentielles, je dirai qu'il vous 
faut une pelisse de soirée, une pelisse pour l'auto 
et pour la campagne, un pardessus pour le soir, 

366 




un pardessus pour l'après-midi, un manteau 
pour le sport et le voyage (je suis modeste), et deux 
pardessus d'été, l'un clair, l'autre « habillé » , — 
sans compter, bien entendu, tous les divers man- 
teaux qui vous deviendront nécessaires si vous 
chassez, si vous êtes sportsman, ou si vous 
habitez plus ou moins aux champs, ni, d'autre 
part, les caoutchoucs, pour l'hiver (fourré), pour 
l'été (simple gabardine), pour monter à cheval, etc. 
Ce n'est là, naturellement, que le strict néces- 
saire et ce que commande la plus élémentaire 
décence, il n'est pas besoin de le rappeler. 

On concevra que je ne saurais traiter en quel- 
ques lignes, qui me restent, d'un sujet si vaste. 
Je me bornerai donc à dire quelques mots du prin- 
cipal de nos manteaux qui est celui d'après-midi. 

Pour son étoffe, choisissez la ratine (à dis- 
tinguer du montagnac, s. v. p.), et bleue : tout est 
bleu, cet hiver. Point d'une importance considé- 
rable, sur lequel j'appelle votre attention : que 
sous aucun prétexte votre pardessus n'atteigne le 
genou; il doit s'arrêter nettement au-dessus; quant 
à la dépasser... Mais je ne veux pas vous faire 
l'injure de croire que vous seriez capable de porter 
un pardessus d'après-midi qui dépasse le genou. 
La forme sera croisée et ample, ou bien cintrée et 
boutonnée à un seul rang de boutons (cachés 
naturellement) : je conseille la forme cintrée (car 
vous êtes mince, naturellement); en ce cas, la jupe 
ne doit pas faire cloche et s'évaser sous les hanches, 
mais au contraire être fort étroite ; il faut que 





36/ 



votre vêtement semble presque un peu étriqué. Pas de 
parements aux manches, faut-il le dire? Le premier bouton 
ne se boutonne pas, mais il doit pouvoir se boutonner : si 
vous avez un tailleur qui vous fait de fausses boutonnières 
ou d'ailleurs quoi que ce soit de faux, il vous faut en 
changer sur-le-champ. Le second bouton à un centimètre 
environ au-dessus du sternum, non plus bas. Le revers 
roulant : je veux dire que le pli n'en doit pas avoir été 
marqué au fer. Enfin, les manches étroites de l'épaule au 
poignet, et non pas en pattes d'éléphant, ce qui est le genre 
le plus déplorable, comme chacun sait... Ainsi fait, vous 
pourrez vous montrer tous les jours de onze heures à sept 
heures et demie; c'est déjà quelque chose. 

Jacques BouLENGER. 




FETICHES 



j ES femmes ont une façon charmante d'anoblir leurs 
péchés mignons et de glorifier leurs petits travers. 
L "entêtement" masculin devient la "volonté" féminine 
et notre indigne fatuité se mue en divine coquetterie. Nous, 
nous sommes superstitieux; les femmes sont fétichistes. Il 
y a une nuance... 

Nous avons la crainte du vendredi, la haine du nombre 
i3. Dieu! que cela est commun ! Les femmes croient à 
1 influence du sel renversé, au rôle des chevaux pie, des 
miroirs brisés. C'est bien plus distingué... 

Nous portons sur nous d'humbles sous percés 
— ce qui paraît bien la plus horrible manière d'être 
soupaxétiïkux... Les dames dédaignent ces billons et 
garnissent leurs réticules, leur sacs, leurs étagères 
de petits bibelots coûteux et rares. A la bonne heure! 
Voici un fétichisme intelligent! 

Entourer son bras de cercles métalliques où 
brille la silhouette d'un poisson de jade, quel chic 
suprême..! Porter à la cheville quelque symbole 
hardi et incompréhensible, voilà qui con- 
fère de l'originalité... 

Et puis, dans chaque coin du salon, 
doit briller toute la petite ménagerie 
cabalistique. Car il y a des animaux 

36 9 







héraldiques et des bêtes porte- 
bonheur. Ce ne sont pas tou- 
jours les mêmes. 

Les grenouilles de jade sont 

actuellement passées de mode, 

mais l'éléphant tient bon . . . 

Petits éléphants de malachite, 

d'onyx ou de lapis -iazuli avec la, devise 

spirituelle (?) « Je ne trompe jamais »... 

Le hibou n'est demandé que par les esprits forts, 
et l'araignée, même errante sur un réseau de brillants, 
séduit peu nos peureuses Parisiennes. 

Mais voici une nouvelle venue qui, d'emblée, con- 
quiert nos faveurs : c'est la coccinelle ou bête à bon Dieu. 
Les coccinelles vagabondent actuellement sur les broches, 
les bracelets et les bagues des belles. 

Comme breloque, les fétiches-rébus plaisent beaucoup 
aujourd'hui. Cela vous permet des attitudes de dames de 
lettres... Sur une petite plaquette d'or des notes de mu- 
sique inscrivent en poussière de rubis « A la do ré». 

Et cela rappelle la délicieuse épi- 
taphe qu'un poète badin composa, au 
XVIII e siècle, pour la tombe future d'un 
aimable galantin que Mlle Miré, du 
ballet de l'Opéra, accablait de ses 
faveurs renouvelées : mi, ré, la, mi, la 
« Miré l'a mis là ». En musique, c'est 
charmant. 

Aujourd'hui, nos anagrammes sont, 
hélas ! un peu moins spirituelles ; voyez 
ce médaillon : un cygne de diamant nage 

370 






au-dessus de ces mots : « de bonheur » 
Cygne de bonheur, Signe de bonheur... 
Vous avez compris ? Ah ! il faut y 
mettre un peu de complaisance. 

Notre année 1913 ayant la bonne 
fortune de posséder le nombre fati- 
dique, les joailliers en ont largement 
profité et l'on ne compte plus les bijoux 
où les deux derniers chiffres sont mis 

en vedette. Il y a même un médaillon qui porte cette invo- 
cation « 13... or de mon cœur ». C'est peut-être pousser an 
peu loin le fétichisme. 

Enfin, reproduite avec une générosité inouïe en 
un style mathématique précis, voici le vers célèbre 
« Car je t'aime encore, aujourd'hui plus qu'hier et moins que 
demain ». Les indications plus et moins sont représentées 
graphiquement en signes algébriques : -f- et — , cernés 
d'émeraude. Il paraît que l'on comprend mieux ainsi. 
Quelles sont ces indications nébuleuses qui par- 
sèment cette plaquette ornée, au centre, d'un cœur 
de saphir? Lisez en revenant chaque fois au cœur central, 
comme vous le conseillent des fléchettes de brillants, et 
vous obtenez cette formule : « Si ton cœur est à mon cœur comme 
mon cœur est à ton cœur, nos deux cœurs 
alors ne font plus qu'un cœur... » Mon 
Dieu, comme l'amour est compliqué. . . 
Ailleurs, admirez les guis aux 
boules de perle fine, les muguets, 
les petits cadenas en forme de cœur 
— à qui la clef? — et les petits 
cochons... 





3 7 x 





Un immense point 

d'interrogation brille — 

en opales irisées — sur 

un ovale d'or. C'est un 

fétiche précieux, assure- 

t-on. 

Autres fétiches appré- 
ciés : voici l'étoile de rubis 

dans un cercle de brillants, 

voici enfin la main italienne 

dressée contre la jûMura 
avec le geste classique, le pouce et les deux 
doigts du milieu repliés. Ces "porte-bon- 
heur" ne dédaignent pas l'aide avisée des pierres précieuses 
et des perles. A la bonne heure... A toutes les breloques art- 
nouveau combien je préférerais — si j'étais femme — ces 
colliers d'ambre rose, ces parures aux gemmes rares, aux 
émaux royaux. 

Le plus joli fétiche pour une mondaine, c'est encore un 
collier ou une gourmette de perles. Et quel tremblant émoi: 

examiner chaque matin si votre 

chance dure et si x^ïS "^X ^ es perles aux 

pâles orients ne / M; meurent point 

encore sur la peau GË satinée des gor- 

ges. 

P. de TrÉVIÈRES. 





LE GANT 



ANS une opérette célèbre et second empire, on dispute 
pour connaître quelle des deux parures, la botte ou le 
gant, dénote l'homme vraiment habillé. 
La question ne se pose plus aujourd'hui. 
Alors qu'on apporte dans le choix, le 
dessin des chaussures, les plus subtils 
raffinements, il est 
rare de voir un dan- 
dy méditant devant 
la boîte où sont cou- 
chés ses chevreaux 
alpins et ses daims 
d'Ecosse. 





3 7 3 





On ne sait plus assortir le gant 
à un vêtement, à un état d'âme. Il 
est pis encore. On ne sait plus 
assortir le gant à la main. Où est 
le temps que les mains d'un Brum- 
mel faisaient vivre cinq ouvriers, 
où ce prince avait un artiste pour 
chaque doigt et eût impitoyable- 
ment changé de fournisseur au cas 
où le spécialiste des annulaires se 
fût permis de tailler la parure des 
majeurs? Quel élégant, quelle co- 
quette se préoccupe aujourd'hui de son pouce 
un peu fort ou de son auriculaire touché par 
l'arthritisme? On choisit hâtivement le hasardeux 
cinq et demi, le sept un quart approximatif. On 
illlIHPP 9 l'élit de teinte neutre, on le chausse négligem- 
ment sans prendre garde au pli qui déshonore la phalange, 
au bâillement gauchissant sur la paume, au surcroît de 
peau qui, prolongeant le doigt, vous donne l'air d'user 
l'arroi démodé de quelque frère aîné. 

...Et cependant! Que de jolies choses seraient 
possibles ! Quoi de plus charmant, de 
plus expressif, de plus per- 
sonnel que la main où notre 
plan de vie est « réglé ligne 
à ligne ». De même que les 
traits sur notre épi- 
derme disent l'ave- 
nir, les coutures du 
suède ou du cha- 





-n-A Q. G i<c 



3 7 4 




mois devraient révéler notre 
souci et, rien qu'à la façon 
dont s'entrecroisent les pi- 
qûres au-dessus de notre 
ongle, on nous connaîtrait, si 
î dire, sur le bout des doigts. 
Qui nous apportera la renaissance 
gant? Pour accoutumer dès le bas 
âge nos fils et nos filles à vêtir leur 
main, une heureuse initiative ornerait leurs 
premières mitaines de ces grelots qui dan- 
sent aux hochets. Afin que cette jeune 
étourdie ne libère point ses mains pendant 
le voyage, on inscrirait sur son gant itinéraire 
et conseils de route. Voilà pour l'utilitaire. Au 
point de vue strictement futile et, partant, de 
première nécessité, que de charmantes innova- 
tions : gants en peau de crocodile pour cueillir 
des roses, gants brodés et pailletés, à man- 
chettes de tulle et de dentelles. 

Pour Sévigné moderne, gants noirs qui « sur le 
vierge papier que sa blancheur défend », risqueraient une 
opposition munichoise. 
Gants à ongles teints, gants à 
orner de lanières, gants de toile 
lavable, précieux au verger, gants 
pour la pêche, gants pour le bain 
et la montagne, pour l'entr'acte 
et le concerto. 

La fantaisie se donnerait plus 
librement carrière. Les étoffes de 






3 7 5 





toutes trames , les 
doublures de toutes 
nuances offriraient 
mille gammes pré- 
cieuses, s'harmonise- 
raient avec la jaquette, 
le corsage, le crépus- 
cule, l'aurore, le triom- 
phe, le dépit, répondraient aux plus secrets mou- 
vements de l'âme, aux surprises incessantes de 
l'ambiance, du décor. Dans la paume du dextre 
vous aurez soin, monsieur, que votre chinre se 
détache en gros relief. L'impertinent que vous 
souffletterez sans témoins ne saura nier l'outrage. 
Il n'osera plus aborder la femme que vous aimez ni contester 
vos goûts littéraires. Arbitres féminins et masculins d'au- 



jourd'hui, à 
rôle et les 
de toute im- 
l'on vous 
que, au dou- 
l'expression, 
relever le 




vous la pa- 
actes. Il est 
portance que 
défie pour 
ble sens de 
vous puissiez 
gant. 

René Blum. 






&.A. 



»ous le ca: 



^'EST une manifestation encore du réveil national. Pour 
alléger les jeunes soldats d'une part de leur fardeau, les 
Dames vont prendre du service. L'an dernier (sans doute 
elles tiraient au sort ?) elles arboraient à leurs chapeaux des 
rubans de conscrits. Il faut bien penser que le conseil de 
révision leur fut favorable, puisqu'elles vont se montrer, 
cette année, casque en tête. 

Ainsi s'accusera la persistance de leur goût pour le 
Directoire, dont elles renouvellent l'une après l'autre les 
fantaisies vestimentaires. Car les Belles de l'an VII aussi 
portèrent le casque! Les victoires de Bonaparte en Egypte 
avivaient chez elles les sentiments romains dont on faisait 
grand usage sur les théâtres, dans les livres et dans les 
ateliers de peinture. Le casque semblait symboliser toutes 
les vertus guerrières, celles des ra- 
visseurs des Sabines, comme celles 
des trois Horaca ou celles de Bél/saire. 
Il tenait lieu de vêtement aux héros 

Xde David. Il en tint lieu — ou à 
peu près — aux Merveilleuses. 
Si Bonaparte, à son retour, les 





X J 77 





trouva habillées de voiles peut-être 
un peu transparents, toutes du 
moins étaient vertueusement cas- 
quées. On leur voyait la jambe : 
on ne leur voyait plus les cheveux. 
Plus besoin de soubrette! Madame 
se levait toute coiffée; d'un coup de poing 
martial elle s'emboîtait un casque jusqu'à la 
nuque; d'un nœud de ruban elle se l'assujettissait sous le 
menton et, en route ! Venait-on la demander ? on ne répondait 
plus : — Madame est sortie, mais : — Madame est en guerre. 
Le champ de bataille, c'était le 

Palais-Royal, les ^fflfc ^P^k Tuneries > Tivoli. 

Là se jugeaient M Br «^S^-Y ^ es d ern i er s pro- 
grès des fournis- ^|j il IT^Zj seurs militaires. 
On se montrait /Hp^ & ^* ^ es dations de 
Leroy, grand mai- V fc^ tre ès-armes dé- 
fensives. L'élé- gance en transpa- 
raissait à la façon dont il! dégageait, seule, l'oreille droite, 
et laissait glisser sur la nuque une fine mèche ondulée, der- 
nier vestige d'un régime de coiffure abhorré. 

Avec sa courte visière et son fond de taffetas, ce casque, 
ajusté sur le crâne, ressemblait à peu près aux 
casquettes de nos jockeys. D'ailleurs, ce fut aussi la 
mode, en ces temps de continuels va-et- 
vient diplomatiques, d'imiter les toques 
des coureurs, les chapeaux des courriers 
ou des postillons. Les bruits de guerre 
s'apaisaient-ils? On prenait des allures 
d'armistice; on faisait des concessions; 
ce n'était plus que demi-titus, demi- 





3 7 8 




fichus, demi-bottes... demi-casques. 
Le canon tonnait-il à nouveau? On 
s'affichait plus guerriers que jamais. 
« Au casque de Bellone on ajou- 
tait le panache du dieu des com- 
bats ». Ainsi s'ouvrit le règne — 
un long règne dans la dynastie des coiffures! 
— du Casque à la Mmerte. On crut que les 
Merveilleuses n'en démordraient pas. Tant d'insistance à se 
placer sous les auspices de la Sagesse fait croire qu'elles 
voulaient donner le change aux médisants : on ne pourrait 




plus prétendre 
quait souvent 
casque 



1 



Un jour 
où ce casque 
nier pompier. 




qu'il y man- 
un clou, à leur 

vint pourtant 
devint du der- 
On avait tant 
rier ses formes 
.par n'en plus 



cherché à va- 
qu'il finissait 

avoir. Horreur ! il « dégénérait » en chapeau ! Encore que ce 
chapeau £ûtàla Victoire, il fallut célébrer les funérailles du casque. 
Il ressuscite aujourd'hui, et précisément les soins 
nouveaux apportés à l'organisation du Musée de 
l'Armée vont procurer à nos modistes de précieuses 
inspirations. Les spirituels croquis de 
Guy-Arnoux montrent ici qu'il n'est pas 
de casque, horrible sur une tête masculine, 
qui ne puisse fournir le motif d'une inven- 
tion charmante. Et, sans doute, le Minis- 
tère de la Guerre renoncera-t-il aux exhi- 
bitions coûteuses et inélégantes par les- 





3 79 



quelles il prétendait nous imposer le goût des uniformes 
réséda et des bourguignottes. Désormais ce sont les Dames 
qui se chargeront de lancer les idées nouvelles pour la 
tenue des troupes. Le public choisira sur leurs têtes entre 
le shako premier Empire, le tromblon Louis - Philippe, 
l'armet de Don Quichotte ou le morion à la Henri IV, mis 
à la mode du jour. Les armures d'Extrême-Orient elles- 
mêmes ne seront pas oubliées, et je gage que plus d'une 
modiste saura tirer parti des curieux casques japonais de 
fer battu qui, naguère, figuraient à la vente du Docteur 
Mène. 

Mais, question angoissante, nos Élégantes renonceront- 
elles, comme les Merveilleuses, à leurs cheveux? 



L'une — uniquement animée, 
pas, de sentiments patriotiques 
prête au sacrifice. L'autre hé- 
la contrarions pas. Elle a (si 
son idée de 
tête. Elle 
plus beau 
une femme 
celui de sa 
« Casque d'é- 
« Casque 
des surnoms 
plus vieux 
rions du Mu- 
valides. 




n'en doutons 
— s'affirme 
site ... Ne 
j'ose dire) 
derrière la 
songe que le 
casque pour 
est encore 
chevelure. . . 
bène » et 
d'or » sont 
poétiques 
que les mo- 
sée des In- 

Paul Cornu. 




&>{©X@X©X©X©X©X©X©X@X©X©X©X© < 




X LA MODE ET LE BON TON X 




®! 



@x@x@x©x@x®x©x@x©x@x@x@&@x® s 



Pomme chaque année à pareille époque, 
nous croyons en des revirements com- 
plets de la mode; nous nous imaginons 
que la robe, commandée il y a trois mois, 
est désuète et indigne même du goûter 
intime et nous sommes, jusqu'à notre 
définitive rentrée à Paris, dans une sorte 
de statu (fUO. Cela se renouvelle périodi- 
quement, comme si, en Parisienne avisée, 
nous ne savions pas très précisément que 
rien, mais absolument rien, n'est changé. 
Il faut, à une mode, plus de temps que 
celui d'une saison pour s'implanter; du 
reste, je n'en connais pas une seule qui 
nous ait fait ''coucou", et cela depuis 
que le monde est monde. 



e suis donc allée aux Courses dès mon re- 
tour à Paris et, comme vous, j'ai été non 
pas déçue, parce que ce que j'y ai vu 
est exquis, mais seulement surprise de 
constater, qu'en somme, rien n'est complè- 
tement différent. Les femmes affirment de 
plus en plus, c'est vrai, cette silhouette de 
chien assis, avec leur simili-crinoline au 
milieu des jupes, ce qui est un achemine- 
ment vers d'autres transformations, mais 
nous sommes dans une période d'évo- 



lution, surtout, et c'est cela qui se sent 
en tout. 

Qi je prends les manteaux, je les verrai, 
comme formes, presque semblables à 
ce qu'ils furent la saison dernière, à quelques 
exceptions près, exceptions dont je par- 
lerai, soyez-en sûres. Les jaquettes, seules, 
ont ajouté un charme de plus à leur nombre 
extrêmement varié, en adoptant la longue 
jaquette russe dont notre enfance habillait 
Michel Strogoff. Elle est russe en effet, 
cette grande veste bien fermée, ne laissant 
plus s'envoler les légèretés plissées des 
linons et des tulles ; sa ceinture basse 
nous reporte tout à fait au pays d'Anna 
Karénine. A côté de ceci, par les plus 
grands froids, nous admirerons des svel- 
tesses qui n'auront pas voulu dissimuler 
leurs formes et qui porteront des amours 
de vestons à la Watteau, découpés, lacés, 
fendus sur les hanches, d'un aspect par- 
ticulièrement mutin, corrigé par la somp- 
tuosité d'un col et de parements très beaux. 

^"^e qui doit nous ravir plus que tout, 
c'est la grâce très moderne des cos- 
tumes trotteurs, si nombreux, si variés. 



38 1 



Chaque jour nous en signale un nouveau, 
bizarre, simple ou très excentrique : ils sont 
légion, mettant le ventre en avant, déta- 
chant nos vestes du dos et ménageant à 
la jambe et au pied (le gauche ou le 
droit) une porte de sortie. 

Sur beaucoup d'entre eux, on jette les 
renards naturels... c'était joli lorsque le 
costume était noir et que le chapeau 
s'assortissait au renard, mais ce n'est plus 
ça maintenant: toutes les femmes en ont, 
même les moins élégantes, et toutes, avec 
des costumes verts, rouille, ou gris... c'est 
très laid. 

Ipn revanche, les re- 
nards argentés et 
noirs sont chauds et 
toujours jolis, surtout 
que, cet hiver, on les 
monte très nouvelle- 
ment, disposés en fichu, 
une seule queue pour 
les deux, et on les pose 
de mille façons, en 
tous sens, sur les épau- 
les. Le chic, en tous 
cas, tâchez de l'attra- 
per, c'est qu'ils aient 
l'air de ficher le camp, 
de glisser des épaules. . . 
Vous ne serez pas dans 
le mouvement si vous ne 
portez pas vos renards 
de cette manière. 

IT^es étoles ? Nous 
n'en voyons plus, 
sinon sur des femmes 
économes qui tiennent 
à utiliser ce qu'elles 
ont ; mais les grandes 
coquettes chic leur 
préfèrent les fichus de 
fourrures ou les grands châles drapés et 
souples comme un velours . Croisé en avant, 




fichu ou châle dessine derrière une pointe 
réchauffant les reins. Quelques-uns même, 
en breischwantz, sont ourlés d'une ruche 
à la vieille. 

| a question des chapeaux est palpitante 
parce qu'une guerre se déclare de 
clientes à modistes ; les premières, trouvant 
le velours noir idéal au teint et aux 
cheveux, ne jurent plus que par chapeaux 
tout noirs, mais les secondes s'insurgent 
contre une mode qui ne nécessite plus que 
deux ou trois chapeaux par saison, pour 
chaque femme... O combien peu! Et les 
garnitures, dans ce cas, se réduisent à 
quelques paradis et quelques aigrettes ; on 
les transporte des chapeaux d'été sur ceux 
d'hiver... et voilà l'industrie du chapeau 
qui menace de péricliter. Aussi l'émoi est- 
il grand dans les ateliers de la rue de la 
Paix, où, cependant, spirituel et même rusé, 
le petit peuple des modistes a trouvé une 
solution que je vous soumets : faire des 
chapeaux sombres presque noirs mais jamais 
noirs, c'est-à-dire vert "cyprès", violet 
"évêque", "raisin de Corinthe", "bois 
brûlé", et gris noir, tous garnis de motifs 
assortis, devant accompagner des robes 
dont ils auront le ton ou, du moins, dans une 
même gamme. Chaque toilette, de cette 
façon, réclamera son chapeau. Vous le 
voyez, l'idée n'est pas sotte, et toutes les 
femmes l'adopteront lorsqu'elles verront, 
comme je les ai vus, ces adorables galurins 
aux petites plumes recroquevillées, aux 
paradis tombant d'un côté, alors que de 
l'autre, ils fusent éperdument vers les 
nuées. 

Et les grandes formes de fourrure, 
taupe ou breischwantz, bordées de zibeline, 
combien seyantes aux femmes moins 
jeunes, dont elles estompent les traits. . . 

(T^ ontinuez à porter vos gants sans bou- 
tons et très lâches, laissant, au travers 
de leur peau fine, deviner l'énormité des 



38s 



gemmes de vos bagues ; chaussez-vous dès 
le matin comme pour aller au bal, ayez 
toujours l'air de marcher sur des œufs, et 
lorsque, comme cela vous arrivera durant 
tous ces mois d'automne, vous vous dépla- 
cerez pour les chasses, emportez dix-sept 
costumes tailleurs, quinze robes de dîner, 
huit ou dix manteaux et deux douzaines de 



chapeaux... je rie ris pas; je vous traduis 
simplement ici ce qu'il est chic de faire, 
lorsqu'on tient à sa réputation de femme 
élégante, pas plus. 

Ah! ce n'est pas une sinécure, je le sais, 
mais que voulez-vous : "Dis-moi ton ba- 
gage et je te dirai qui tu es " . . . 

NADA. 




EXPLICATION DES PLANCHES 

PI. I. — Pardessus pour l'automne. L'un est de forme croisée, en ratine ; l'autre droit, est 
en monlagnac. 

PI. II. — Robe drapée pour le dîner, en charmeuse. Fichu de mousseline de soie. 

PL III. — Robe d'intérieur en Velours de soie et en crêpe de Chine avec garnitures en 
mousseline de soie. 

PL IV. — Manteau d'bii>er de Paul Poire l, en Velours de soie ciselé, brodé de skunks. 

PL V. — Cette robe de Redfern est en Velours noir. Les basses manches, le corsage très 
flou et le col sont en mousseline de soie blanche; un dahlia en laine orne la ceinture. 



PL VI. — Robe de Worth en charmeuse créponnée et en tulle, avec un collier de pierres 
bleues et Vertes. 

PL VII. — La forme de ce manteau de Cbéruil est celle des manteaux de la cavalerie 
espagnole. 11 est fait en ratine et est doublé en pareil, dans un autre ton. 



PL VIII. — Robe de taffetas de Dceuillet. La jupe se distingue par un mouvement de 
tunique bouillonnée et par des Volants brodés de métal argent. Le corsage, drapé, est retenu par 
des noeuds de Velours. 

PL IX. — Cette robe de Douce! est en charmeuse plissée, avec une large ceinture de satin 
souple. Le col, les manches et le bas de la jupe sont bordés de skunks. 



PL X. — Deux robes de Paquin. Dans l'une, un double Volant de tulle brodé d'argent 
retombe sur la robe en charmeuse. L'autre robe est en satin, avec un long Volant de tulle plissé 
sur lequel passe une grande bande en tulle noir, brodée de roses d'argent. 

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Imp. G. Kadar. Lucien Yogel, Directeur-Gérant. 




TIENS!.. DEJA DE RETOUR! 

Jr ardessus a après«miai 



Gazelle du Bon Ton. — - 7V° 12 



Octobre 191 3. — PL J 




COMMENT ME TROUVEZ - 

Robe drapée pour le dîner 



Gazette du Bon Ton. — 7V° 12 



Octobre 1913. — PI. Il 




LE VASE BRISE 

Robe «1 intérieur 



Gazelle du Bon Ton. — TV 3 12 



Octobre 191 3. — Pi IU 




>IEU ! QU'IL FAIT FROI 

Manteau d'fciivei* de Paul Poiret 



Gazelle du Bon Ton. — N" 12 



Octobre ioi3. — PL JY 




LA DERNIERE ROSE 

Robe a après-mioi de Recltern 



Gazette du Bon Ton. — 7V° 12 



Octobre 191 3. — PL Y 




TR'ACTE 



Lobe du soir de "Wort 



Gazette du Bon Ton. — JS" 12 



Octobre ioi3\ — PI Yl 




LE "MEET 



lanteau de 



Gazette du Bon Ton. — 7V° 12 



Octobre 19x3. — Pi TU 




LA SOIREE TOSCANE 



Fvobe d a 



ii de Oœuiilet 



Gazelle du Bon Ton. — N° 12 



Octobre 191 3. — PI. Ylll 



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! LE BEL OISEAU ! 

vooe d intérieur de Douce t 



Gazelle du Bon Ion. — N" 12 



Octobre 10 13.— PU IX 






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GEORGE 'BffR.DieR. ^3 



"VOICI DES FL. 
DES FEUILLES ET 



S, DES FRUITS, 
DES BRANCHES,,, 



Lobes au soir de Faquin 




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